Le FMI et la Banque mondiale accusés de creuser les inégalités dans le monde selon une ONG

0
94

Le FMI et la Banque mondiale accusés de creuser les inégalités dans le monde selon une ONG

Dans un rapport publié ce lundi, l’organisation non gouvernementale Oxfam a pointé du doigt les actions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Selon l’ONG, ces deux organisations pousseraient les pays bénéficiant de leur soutien à diminuer leur dette, en coupant dans leurs dépenses, augmentant ainsi les inégalités économiques.

Les inégalités de revenus ont progressé dans plus de 60% des pays actuellement sous programme d’aide du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), atteignant parfois les seuils d’alerte des Nations unies, selon un rapport publié lundi par l’ONG Oxfam.

Selon le rapport, 64 des 106 pays actuellement aidés par les institutions financières internationales (IFI) ont vu leurs inégalités augmenter sensiblement, étant même particulièrement élevées dans une quarantaine d’entre eux, dont le Ghana, le Honduras ou le Mozambique.

« Le FMI et la BM présentent la lutte contre les inégalités comme une priorité mais soutiennent dans le même temps des politiques qui l’augmentent. Les gens ordinaires souffrent toujours plus du fait des coupes budgétaires dans la santé, l’éducation ou les transports. Ce haut niveau d’hypocrisie doit cesser », a déclaré dans un communiqué la responsable d’Oxfam à Washington, Kate Donald.

Des pays étranglés par leur dette

Le FMI insiste régulièrement, lors de ses programmes, sur la nécessité pour les gouvernements de protéger les groupes les plus vulnérables au sein de leurs populations, alors que de son côté la mission première de la Banque mondiale reste de mettre fin à la pauvreté dans le monde. D’ailleurs, Oxfam a salué l’action de cette dernière « l’accord signé par la BM visant à réduire les inégalités, une première en 80 ans, est une décision historique. Mais si la Banque veut réellement agir en la matière, le premier test sera d’en faire une priorité pour ses prêts aux pays les plus pauvres », a ajouté Kate Donald.

L’augmentation de la dette publique, notamment du fait de la hausse des taux d’intérêts, réduit considérablement la capacité de ces pays à financer correctement la santé, l’éducation ou les protections sociales nécessaires pour réduire les inégalités.

Les dépenses publiques nécessaires pour soutenir les économies face à la pandémie puis aux chocs provoqués par l’inflation mondiale ou encore la guerre en Ukraine ont poussé les Etats à s’endetter, à un moment où les taux d’intérêts sont remontés, sous l’impulsion des banques centrales des principales économies, aux prises avec l’inflation. Un cocktail qui a augmenté significativement le service de la dette dans certains pays, incapables de faire dès lors face à leurs échéances, qui mobilisent parfois plus de la moitié de leur budget.

Les inégalités face aux soins mauvaises pour l’économie

Derrière la question éthique et politique de la lutte contre les inégalités se tient, de plus, un argument économique.

Lire aussiAccès aux soins : réduire les inégalités entre les femmes et les hommes rapporterait 1.000 milliards de dollars par an

 

Un rapport, auquel ont contribué la société suisse Ferring Pharmaceuticals (qui commercialise notamment des produits en gynécologie) et le McKinsey Health Institute, présenté à Davos en janvier a notamment alerté sur le coût des inégalités d’accès aux soins. Selon le texte de 42 pages, si les femmes vivent plus longtemps que les hommes, leur qualité de vie est moins bonne, en raison d’une attention inégale accordée aux deux sexes par la recherche médicale et les traitements. L’étude a notamment examiné dans quelle mesure les traitements et diagnostics ont davantage profité aux hommes qu’aux femmes. Ainsi, les inhalateurs pour l’asthme sont plus efficaces sur les hommes que les femmes, affirme-t-il. En outre, des recherches antérieures ont montré que les femmes sont diagnostiquées plus tard que les hommes pour 700 maladies différentes.

Combler cet écart permettrait de stimuler l’économie mondiale de 1.000 milliards de dollars (920 milliards d’euros) par an d’ici 2040, ajoute-t-il. En effet, selon le rapport, chaque dollar américain investi dans la santé des femmes rapporterait en retour trois dollars de croissance, cela s’expliquant en partie par le retour de femmes malades sur le marché du travail. Par exemple, remédier aux inégalités liées à l’endométriose et à la ménopause – qui touchent uniquement les femmes et ont longtemps été considérées comme peu étudiées – pourrait contribuer à hauteur de 130 milliards de dollars au PIB (Produit intérieur brut) mondial d’ici 2040.

L’aide aux pays en développement discuté mardi

Conscients de tous ces arguments, le FMI et la Banque mondiale devraient se pencher sur l’aide aux pays en développement, en particulier ceux qui sont actuellement en situation de crise de la dette ou qui risquent d’y tomber, lors de leurs réunions annuelles qui se dérouleront toute la semaine à Washington.

Et pour cause, les négociations entre créditeurs et pays endettés patinent dans un certain nombre de cas, retardant d’autant la mise en place de plans d’aide par le FMI, et la mise à disposition des fonds. « C’est tout particulièrement problématique pour de nombreux pays qui vont faire face à un roulement de leur dette exprimée en euros et qui arrivent à échéance en 2024. Sans relâchement des conditions de financement au niveau mondial, cela peut devenir un vrai problème », estimait ainsi Clemence Landers, chercheuse pour le Center for Global Development (CGD), lors d’une conférence de presse téléphonique jeudi.

A noter aussi, « le problème de fond est que les Chinois ne sont pas nécessairement d’accord entre eux sur la marche à suivre. Et ils n’ont pas une vision précise de ce qu’ils ont prêté et à qui, du fait de la multiplicité des acteurs », a souligné auprès de l’AFP une source proche du dossier.

 

Le FMI et la BM vont discuter du financement de la lutte contre le changement climatique

Outre la question de la dette, les deux organisations devraient discuter du financement de la lutte contre le changement climatique. « Il y a un besoin évident d’améliorer rapidement l’accès à l’air et l’eau propres ainsi qu’à l’énergie mais nous ne réduirons pas la pauvreté sans une vision d’ensemble, et la première étape est d’ouvrir le scope de la Banque pour répondre à ce besoin et ainsi créer un monde sans pauvreté sur une planète vivable », a répété, lors d’une conférence de presse en ligne en fin de semaine, le président de la BM, Ajay Banga.

Apporter des financements reste un point central pour aider à la transition énergétique et à la préparation face aux effets du réchauffement climatique des pays en développement ou les moins avancés. Ce sont en effet des milliers de milliards de dollars qui sont nécessaires en la matière et, tant du côté du FMI que de la BM, les choses sont claires : jamais les institutions n’auront la possibilité de couvrir l’ensemble des moyens.

Mais ce n’est pas qu’une question de moyens, estimait mercredi Rachel Kyte, professeur spécialisé en politique climatique à l’Université d’Oxford, pour qui « il est nécessaire d’avoir une forte collaboration » entre FMI, BM et banques régionales de développement « au niveau des pays. Cela passe (notamment) par une rationalisation des procédures et processus ».

 

(Avec AFP)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici