Le chemin de Montpellier ne mène pas à Rome

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Le chemin de Montpellier ne mène pas à Rome

Le rideau est tombé, la boucle est bouclée, hérauts et héros auréolés d’euros se dispersent déjà chacun dans les wagons de l’histoire après avoir été convoqués au « banquet de Montpellier ». Je n’aurai pas tort si j’écris « Mens-Pour-Lier » au lieu de Montpellier. Avec charme et fracas, le maire de Montpellier a déclaré urbi et orbi que sa ville est la « Capitale » du Nouveau Sommet Afrique-France. La nouveauté dans cette « danse des mots », semble-t-il, c’est le fait qu’à la place des Chefs d’Etat africains, ce sont les représentants de la société civile qui ont été conviés au « banquet de l’euro ». J’ai préféré « représentants » à la place de la « jeunesse » parce qu’à Montpellier, dans cette foule bigarrée, jeunes et vieux se sont frottés et ont fricoté à la chaudière de la « macronie ».

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, mes propos ne se situent pas dans l’éternelle conjecture de l’afro-pessimisme poursuivi dans le jute éjaculatoire de l’afro-optimisme parce que s’il y a une philosophie à enseigner sur le continent, celle de l’action vaudra mieux que celle du discours. Or, les ténors de l’afro-pessimisme et ceux de l’afro-optimisme sont bien des frelons de la philosophie du discours derrière leurs ratiocinations rébarbatives qui se perdent en chemin, chaque jour comme une trainée de poudre. Justement, à « Mens-Pour-Lier », ils se sont croisés par euros interposés. D’ores et déjà et dans les dédales de cette bataille de catéchistes, il y a deux prétentions qui m’interpellent et je crois que c’est ici qu’a été bétonné le piège de ce Nouveau Sommet Afrique-France. Ces prétentions autrement appelées camouflets portent sur les paradigmes politiques, l’économie et la marche des sociétés africaines.

Le camouflet des paradigmes : Qu’est-ce qui a été mis en avant à Montpellier ? Les déambulations synallagmatiques des fiancés de la circonstance à la tribune du « chaud » ? Pas si sûr. Ce qui a été plus vanté, c’est le concept en vogue, celui de Nouveau Sommet Afrique-France. Comme il est trompeur, ronflant, et bedonnant ! La philosophie de la consolation se satisferait du fait que l’on ait passé « Afrique » avant la « France » et cela suffirait à faire tomber dans l’oubli, les stigmates de la « France-Afrique ». Les Bob Denard ou Jacques Faucard ont toujours existé sous des variants divers comme le virus delta de la COVID 19. Comme elle est cruelle, la « danse des mots » ! Ce n’est pas l’Afrique-France qui fera reposer en paix dans sa tombe, le cadavre de l’histoire africaine qui continue de réclamer justice.

Par-ailleurs, quand je parle de prétentions, cela se comprend dans toute la logomachie de son acception définitionnelle. Nouveau Sommet France-Afrique pour quoi faire ? Le qualificatif nouveau ne signifie pas « rupture ». Cela veut dire tout simplement que la chose se poursuit mais autrement. Le cadavre qu’on conduit au cimetière par le pousse-pousse et celui qu’on y amène en jet privé, ont pour dénominateur commun, d’être tous des cadavres, des corps sans vie. Qu’on convoque au Sommet Afrique-France, des dirigeants africains, qu’on y invite seulement des représentants de la société civile voire des groupes armés, la question de « l’être politique » qui tient « l’être sociétal » du continent ne trouve pas de cette manière, des débuts de solutions. Des exemples pour illustrer mes propos. On nous a ressassé au banquet de « Mens-Pour-Lier » que seules la jeunesse et la société civile ont été conviées parce que la nouvelle politique française consiste à ne plus jouer les discs raillés de la classe politique africaine très vieillotte. C’est encore une preuve que la « danse des mots » est cruelle. Qu’on ne me dise pas que le Général « Kaka », les colonels GOITA et DOUMBOUYA sont plus vieux que Macron. Ce sera un mensonge cousu de fil blanc. Et pourtant, bien avant eux, l’Afrique a connu de très jeunes présidents comme David Dacko, Mouammar Kadhafi, Idris Deby Itno, Hosni Moubarak, Etienne Yassingbé Eyadéma, Omar Bongo, Dénis Sassou Nguésso, Paul Biya pour ne citer que ces cas. Ils ont tous fini par devenir des « demi-dieux ». Des fils de Présidents comme Fort Eyédéma, Ali Bongo ont succédé à leurs pères dans ces conditions et se convainquent qu’ils finiront leur vie au pouvoir sans se faire jaunir les dents.

Partant, tant qu’on continuera à raisonner en terme d’« Afrique-France » ou de « France-Afrique », pianoter sur le critère d’âge pour croire à un changement en Afrique, ne sera que de la simple prestidigitation, une affabulation digne de la caverne. Tous les Etats africains souffrent d’une hernie qui leur est identique et caractérielle : Absence de projets de développement valables et durables. En Afrique, on aime travailler plus pour la politique que pour l’administration. Ici, l’administration peut être publique ou privée. On aime travailler plus pour l’homme que pour la société. Cela a naturellement deux fâcheuses conséquences. Primo, lorsque les régimes sont instables comme on le voit dans plusieurs pays, les projets de développements évoluent à vau-l’eau. Secundo, lorsque les régimes sont inamovibles, les projets de développements s’atrophient sous l’effet de la prédation.

En clair, le Nouveau Sommet Afrique-France est le prolongement de la position de Monsieur Macron sur l’histoire africaine via l’actualité algérienne. Puisque l’histoire de lAfrique de la période postindépendance a été forgée sur des « rentes mémorielles » qui rendent la France responsable de tous les maux du continent, le Nouveau Sommet Afrique-France se veut une sorte d’exutoire opportun pour le sacrifice du « bouc émissaire ». Le vieux démon du conflit intergénérationnel a été ramené à la vie pour le besoin de la cause et l’on a oublié tous, les déclarations saugrenues de Monsieur Macron sur la gestion de la planification familiale en Afrique parce que beaucoup ont mordu à l’hameçon du parricide politique. Mais le paternalisme revient par la grande porte lorsque c’est l’autre qui nous invite à changer nos manières de voir et d’agir.

Le camouflet de l’économie : Le monde des affaires sur ce continent est en effervescence depuis le retour de la Russie. Ce retour a, à la fois accentué la « danse des mots » et la « danse des maux ». Lassé des idylles françaises, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faudra se tourner vers la Russie qui prônerait et propose un partenariat « gagnant-gagnant ». A preuve, le pays de Poutine livre des armes et signes des contrats miniers sans opposer jeunesse et vieillesse. Cela dérange bien les intérêts français sur le continent parce que la politique internationale n’accepte pas la polyandrie en conformité avec la Bible qui affirme qu’on ne peut pas servir deux maîtres à la fois. La France a été et est mise à rude concurrence et les laboratoires de pensée sont sollicités pour trouver des solutions à la crise de la politique française en Afrique. C’est dans ce contexte que le Nouveau Sommet Afrique-France a été pensé. Nombreux ont été les frelons qui ont été les convives d’honneur de cette valse. Le sommet de Montpellier revêt un double avantage pour Emmanuel Macron et son gouvernail. Premièrement, il a été une opportunité pour ses « vrais » initiateurs de tourner les énergies nouvelles et vivantes qui crient justice et changement en Afrique contre l’apostasie des Chefs d’Etats africains qui pratiquent désormais ou qui veulent pratiquer la polyandrie politique. Deuxièmement, face au vent de la contestation qui souffle sur le continent africain contre la politique étrangère française, il fallait mettre en place un système qui permettra de détecter les cellules totipotentes de la contestation. Par-delà les discours démonstratifs, les présentations des visions qui ont été applaudis majestueusement par tous, la jeune élite a donné l’occasion aux laboratoires politiques de l’Hexagone de mieux penser la politique africaine pour les années à venir.  Ce n’est pas parce que l’équipe de Barcelone est en crise que le staff dirigeant fera recours aux supporters du Real de Madrid pour prendre leurs conseils en vue du classico. Aussi, est-il important que ceux qui se gargarisent de la présence russe, comprennent une fois pour toutes que les loups ne se dévorent pas entre eux. Ce qu’on n’oublie, c’est que les vraies affaires sont celles qui durent dans le temps et dans l’espace. Le modèle russe est favorable à la culture des « hommes forts ». Il est très difficile de déloger les « hommes forts » du pouvoir lorsqu’ils servent bien les intérêts de leur maître. Rêver du changement et de l’alternance avec la Russie, c’est preuve d’un infantilisme d’un autre siècle. Tout porte à croire que sur le continent africain, nous nous prélassons bien dans notre position de « dominés ». Si tel est le cas, l’on affirmera aisément que par le passé, nous étions dominés contre notre gré par la France. Aujourd’hui, nous acceptons de nous laisser dominés par la Russie. Demain, nous sauterons dans les bras d’une autre puissance qui nous courtisera comme de simples filles de joie.

Odilon Maurice OUAKPO

Diplômé en Relations Internationales et Diplomatie

Diplômé en Droit Public des Secteurs Stratégiques et des Affaires

 

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