L’Afrique centrale sur des sables mouvants

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L’Afrique centrale sur des sables mouvants.

Les États-Unis d’Amérique (USA), puissance impériale, retrouvent leur rôle de gendarme du monde pour le contrôle de leur zone d’influence en Afrique centrale. La recomposition géostratégique politique et économique est en marche sous l’impulsion des Américains, l’oncle Sam.

Face à la décadence de la France en Afrique noire, à la montée en puissance de la présence de la Fédération de Russie à travers la milice Wagner dans ces contrées, les États-Unis d’Amérique veulent à tout prix contrer les Russes en s’assurant une victoire militaire et politique en République de la Centrafrique (RCA), ce qui semble impossible à obtenir pour l’instant avec la guerre en Ukraine.

La République de la Centrafrique base attitrée de la milice Wagner en Afrique centrale est en proie ces deux derniers mois à un regain de tension sécuritaire avec des combats opposant le gouvernement de monsieur Faustin-Archange Touadéra aux milices armées de l’opposition centrafricaine.

Des militaires américains sont arrivés sur le sol centrafricain, plus qu’il n’en faut pour assurer la sécurité d’une ambassade. Un contact a été établi avec l’opposition centrafricaine du CPC (Coalition des patriotes pour le changement) de l’ex-Président François Bozizé qui est au Tchad. La Coalition des patriotes pour le changement (CPC) est un mouvement armé centrafricain hostile au pouvoir en place à Bangui. Cette coalition de l’opposition armée, qui sert de tête de pont aux Américains, bombarde les positions gouvernementales et la milice Wagner avec de drones occasionnant au passage beaucoup de dégâts tant en vies humaines qu’en infrastructures.

Il y a lieu de noter que bien que dans la boucle de redistribution de cartes en RCA, monsieur François Bozizé n’a pas la confiance des intervenants occidentaux pour assurer une transition politique.

Certains officiers de l’armée centrafricaine, bien qu’à l’état embryonnaire, demandent le départ de la milice Wagner car ils sont en désaccord avec cette dernière à cause des exactions contre les populations civiles dignes des crimes contre l’humanité que perpétue cette milice.

La stratégie américaine en RCA est l’accélération du processus de démantèlement de la milice Wagner qualifiée d’organisation terroriste et du délitement du pouvoir de monsieur Faustin-Archange Touadéra qui se mue en dictateur en voulant changer la Constitution centrafricaine pour se maintenir au pouvoir, foulant ainsi les principes démocratiques nécessaires à la stabilité politique dans un pays. Stopper la progression de la milice Wagner en RCA revient aussi à empêcher la déstabilisation du Tchad et du Cameroun, pays dans lesquels cette milice veut s’implanter.

Ayant récemment indexé le Rwanda avec le M23 comme les agresseurs dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), les Américains veulent également empêcher la déstabilisation par un front Nord de la RDC à partir de la ville de Zongo (située en RDC) qui est en face de la ville de Bangui en RCA. La ville de Zongo est désormais reliée à Bangui avec un Bac qui est maintenant opérationnel sous l’impulsion de monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Est-ce une malédiction pour le Président de la RDC qui n’est entouré que des voisins belliqueux ?

En République démocratique du Congo, monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo vit une crise de légitimité, une situation difficile entre l’amour de sa base politique de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) et la détestation farouche des autres opposants à son régime. Les raisons sont multiples à savoir son manque de leadership interne, son passé sulfureux en Belgique, ses amitiés troubles, un gouvernement pléthorique, une gestion calamiteuse des deniers publics, un enrichissement fulgurant illicite, l’absence de résultats probants dans la guerre dans l’Est de la RDC, le délabrement du tissu social et économique, etc.

En cette période préélectorale, monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo n’a pas que des amis. La traîtrise de ses anciens collaborateurs et conseillers est en marche. Il y a lieu de craindre pour sa vie, une fin tragique qui plongerait la RDC dans un chaos indescriptible. Les difficultés de recensement des populations de l’Est de la RDC, zone de guerre, compromettent le déroulement d’une élection présidentielle libre et transparente. En cas de report de l’élection présidentielle du 20 décembre 2023, monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo apparaîtrait comme un dictateur. Ainsi, il donnerait raison à monsieur Paul Kagamé qui abhorre ce dernier et l’accuse de ne pas vouloir organiser l’élection présidentielle en instrumentalisant l’épineuse question de la guerre dans l’Est de la RDC dans laquelle le Rwanda est partie prenante avec son soutien aux M23. Mais hélas comme disait le général Trochu en janvier 1871 : « On ne peut faire deux choses à la fois : tenir un fusil d’une main et un bulletin de vote de l’autre ».

Monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo est pris en tenaille entre le Rwanda à l’Est de la RDC, la RCA au Nord et le Congo-Brazzaville à l’Ouest. Ce qui n’est pas négligeable, ce dernier bénéficie du soutien inconditionnel des États-Unis d’Amérique qui veulent toujours avoir accès aux richesses minières de la RDC.

Au niveau du leadership en Afrique centrale, monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo fait de l’ombre sur le plan international à monsieur Denis Sassou Nguesso notamment dans le dossier du Bassin du Congo détenu à 60 % par la RDC. Le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo non opérationnel de monsieur Denis Sassou Nguesso est un gouffre financier sans fond, contrôlé à 75% du projet par le secteur public, 23% par des ONG et seulement 2% par le secteur privé. Ainsi en l’absence du contrôle du secteur privé, la gestion de ce Fonds Bleu ne sera pas différente de celle du Fonds des générations futures dans lequel 14 milles milliards de francs CFA se sont évaporés soit au bas mot 23 milliards de dollars américains actuels.

L’échec du Président actuel de la RDC ne déplairait pas à monsieur Denis Sassou Nguesso pour une question d’ego ; ce dernier veut redorer son blason au niveau international et récupérer le leadership de l’Afrique centrale. Mais, la déstabilisation de la RDC peut mettre à mal le pouvoir de Brazzaville qui a en face la ville de Kinshasa peuplée de 15 628 000 d’habitants (2022).

Messieurs Denis Sassou Nguesso, Faustin-Archange Touadéra et Paul Kagamé font partie de l’opposition politique de la RDC à monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Comme le Roi des Belges Léopold II qui avait construit la Belgique qui ne possédait que des frites et du charbon avec les richesses de l’État libre du Congo, monsieur Paul Kagamé construit le Rwanda en se servant des richesses minières de l’Est de la RDC à savoir le coltan, l’or et autres.

Lors du 2ème sommet États-Unis-Afrique à Washington du 13 au 15 décembre 2022, monsieur Antony Blinken, le Secrétaire d’État des États-Unis, a signé avec la RDC et la Zambie pour la sécurisation et l’exploitation du cuivre de la Copperbelt et du cobalt. La Copperbelt est une région minière surtout riche en cuivre entre la province de Copperbelt en Zambie et l’ancienne province du Katanga en République démocratique du Congo. Le gouvernement américain et des partenaires privés à savoir Bill Gates pour Microsoft, Jeff Bezos pour Amazon et Richard Branson pour Virgin vont construire des usines pour la transformation du cuivre et du cobalt nécessaires à la transition écologique avec les énergies renouvelables. Ce cuivre autrefois était sous exploitation des sociétés chinoises qui contrôlaient le marché mondial, ce qui n’était pas du goût des États-Unis d’Amérique qui devaient s’approvisionner auprès des Chinois.

L’ordre mondial se recompose, la France perd son influence en Afrique noire et les États-Unis d’Amérique veulent réaffirmer leur hégémonie dans le monde en ne se privant pas des ressources naturelles que l’Afrique noire regorge.

La pression qu’exerce les États-Unis d’Amérique sur l’Afrique centrale n’a rien de naturel comme les sables mouvants. C’est la Realpolitik, une politique internationale basée sur des considérations de rapports de force et de l’intérêt national. Un nouvel ordre mondial économique et politique pointe.

« Ce n’est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, mais par le fer et par le sang. » disait Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de la Confédération d’Allemagne du Nord.

Cette citation est toujours d’actualité, car « La force prime le droit ».
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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