L’accord de coopération militaire Russie / RCA : encore un coup de délire de Touadéra

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Souvenez – vous !  C’était le 21 août 2018 à Moscou,  le président Touadéra par l’entremise de son  gouvernement représenté ce jour – là par Mme Marie – Noëlle Koyara avait engagé la République centrafricaine dans un accord de coopération militaire avec la Russie de Poutine. A ce sujet, Euronews avait révélé ce qui suit :

« C’est en marge de l’ouverture du forum militaire Armée 2018 qui se tient en Russie cette semaine que Moscou et Bangui ont conclu un accord de défense. Il prévoit notamment que des soldats de Centrafrique seront formés dans les écoles militaires de Russie. Cet accord « va contribuer à renforcer nos liens dans le domaine de la défense », a souligné le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, cité par les agences russes après la signature de l’accord avec son homologue centrafricaine Marie-Noëlle Koyara. La Centrafrique est vue « comme un partenaire prometteur sur le continent africain », a ajouté le ministre russe.

Les liens entre ces deux pays ont été mis en lumière récemment avec l’assassinat de trois journalistes russes fin juillet dans le nord de la Centrafrique. Orkhan Djemal, Alexandre Rastorgouïev et Kirill Radtchenko enquêtaient sur la présence dans le pays de mercenaires de la société russe Wagner.

L’implication croissante de la Russie en Centrafrique s’inscrit dans une stratégie de reconquête géopolitique et économique plus large du Kremlin sur le continent africain. Dans ce pays plongé dans un conflit politico-communautaire et confessionnel, Moscou a envoyé depuis le début de l’année 5 officiers militaires et 170 instructeurs civils, et a livré des armes à l’armée nationale après avoir obtenu une exemption à l’embargo de l’ONU. La Russie assure également la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra dont le conseiller à la sécurité est un Russe ».

Quelques jours plus tard, cet évènement combien important, dans la gestion de la sécurité de la République centrafricaine et du peuple centrafricain, qui intervient à un moment où le président Touadéra peine à restaurer l’autorité de l’Etat et l’ordre public et où plus de 85 % du territoire national est sous le contrôle des groupes armés,  ne cesse de susciter un sentiment de triomphalisme délirant et hilarant dans le camp du pouvoir de Bangui.

Fort de cet accord, des voix  du côté de la Tour de Pétroca s’élèvent de manière constante et concordante pour prôner la fin de la récréation, exiger à tous les groupes armés de déposer les armes sans condition et dans les meilleurs délais et de reconnaitre l’inviolabilité et l’intangibilité du territoire national, se vanter d’être un régime démocratique et pour balayer à la touche toute idée de la mise en place d’un éventuel gouvernement d’unité nationale. Des mots pleins de menace prononcés dans des tonalités graves, bellicistes et belliqueux, même si l’on n’a pas les moyens militaires, logistiques et financiers pour mener, tenir et gagner une guerre. Le reste se passe de tout commentaire : si vous n’obtempérez pas, les Russes seront lâchés, au nom de ce fameux accord de coopération militaire, contre vous. Du coup, disparait le dialogue permanent tant chanté pour céder la place à l’autoritarisme.

Ainsi donc, le régime de Touadéra et le gouvernement de son cher aîné Sarandji qui n’ont jamais été en mesure, depuis plus de deux années de gestion clanique et catastrophique du pays, de concevoir et mettre en œuvre une politique efficace et efficiente pour la défense du territoire national, la protection des biens et des personnes et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat, semblent trouver avec le partenaire russe la thérapie adéquate à leur maladie de sommeil, à leur propension à la politique du pilotage à vue et à leur esprit de fourberie. Alors, ils peuvent se permettre une certaine libéralité à la parole et  une certaine indépendance vis – à – vis des partenaires traditionnels de la République centrafricaine qui la portent à bout de bras financièrement depuis plus de 5 ans. Cela s’appelle tout simplement du délire politique. Délire politique ?

Si profane que soit l’étymologie en matière de psychopathologie moderne, elle n’en conserve pas moins un sens profond en ce qui concerne le délire : le latin delirium, de delirare, c’est proprement « sortir du sillon ». La terre évoque le réel et ses contraintes, le labour énonce le travail efficace et socialisé. S’en écarter, c’est délirer, être fou. Égarement de l’esprit, le délire offre aussi l’acception de rêve, d’enthousiasme, d’exaltation. Depuis qu’il est des hommes, et qui pensent, il en est qui délirent.

Tel est le cas depuis la nuit des temps de ces hommes qui refusent de labourer, de creuser, de fouiller, de bêcher et de ne laisser nulle place où la main ne passe et ne repasse. Jean de La Fontaine l’avait compris et en avait fait des contes ou des leçons de morale pour la société des hommes à venir. C’étaient « Le Laboureur et ses Enfants » et « La Cigale et la Fourmi », pour ne citer que ceux – là.

Malheureusement Touadéra et son cher aîné Sarandji qui sont tous les deux des professeurs d’université, qui ont récité ces contes quand ils étaient tout jeunes  à l’école primaire, n’en ont retenu aucune chose, n’ont aucune politique de stratégies de la défense et de la sécurité nationale, et n’ont aucune volonté politique et une vision ambitieuse pour la restauration de l’autorité de l’Etat. Cela ne saurait en être autrement tant s’ils en avaient tiré une quelconque morale de vie, ils ne se seraient pas versés dans ses envolées lyriques triomphalistes, auto-satisfaisantes et démagogiques, alors que rien n’est fait pour soutenir le secteur de la défense et de la sûreté nationale. Car, s’ils devaient en être ainsi, ils auraient tout simplement compris que ce n’est pas parce que l’on vient de signer un accord de coopération militaire  avec un pays que l’on peut mettre un terme par un coup de bâton magique à une crise qui dure depuis des années. Ils auraient essayé de comprendre pourquoi l’accord de défense avec la France n’avait pas été activé in illo tempore à la demande du président Bozizé, alors que les éléments de la Séléka étaient aux portes de Bangui. Ils auraient aussi compris la raison d’être de l’avertissement de Machiavel dans son livre « Le Prince » qui disait : « Un peuple conscient ne confie jamais sa sécurité à des personnes étrangères, fussent – elles compétentes. Un peuple conscient assume lui – même et seul sa sécurité ».

Ceci étant dit, ce triomphalisme ambiant qui règne dans le camp du pouvoir de Bangui, n’est pas du goût de tout le monde et suscite même des interrogations dans l’âme des centrafricains dont les vibrations intuitives ne sont pas encore corrompues devant ce spectacle de pure propagande et d’utilisation de l’armée centrafricaine comme un opium du peuple. Pour la simple raison que la procédure suivie en la matière et en l’espèce, c’est – à – dire celle qui a conduit à la signature de cet accord de coopération militaire, et dans un domaine aussi sensible qui est celui de la défense et de la sécurité nationale,  est loin d’être conforme aux dispositions constitutionnelles du 30 mars 2018.

En effet, même si l’article 32 de la constitution énonce que le pouvoir exécutif est composé du président de la République et du gouvernement et que l’article 33 lui confère l’entièreté de l’exercice du pouvoir de garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect  des Accords et Traités, leur ratification ou leur dénonciation ne peut intervenir qu’après autorisation du Parlement, en ce qui concerne notamment les traités de paix,  les traités de défense, les traités de commerce, etc. Ces dispositions ont été formellement consacrées en son article 91 par la constitution du 30 mars 2016 sur laquelle le mathématicien de Boy – Rabé a prêté solennellement serment.  Ce qui signifie tout simplement que l’accord de coopération militaire avec la Russie est nul et de nul effet, au regard des dispositions de l’article 94 de la constitution et ne peut contribuer un tant soit peu légalement au rétablissement de la sécurité nationale qui est un domaine vaste, transversal et interministériel. Ce qui suppose indubitablement pour que cet accord soit profitable à toute la République et au peuple centrafricain, en sus de la procédure évoquée ci-dessus, il aurait dû être le produit d’un travail de coopération et d’échanges entre plusieurs entités nationales dont le ministère des affaires étrangères, et ce, dans le cadre d’une politique globale de stratégies de défense et de sécurité nationale.

A ce sujet, le code de la défense en France est plus précis en ces termes : « La stratégie de sécurité nationale a pour objet d’identifier l’ensemble des menaces et des risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation, notamment en ce qui concerne la protection de la population, l’intégrité du territoire et la permanence des institutions de la République, et de déterminer les réponses que les pouvoirs publics doivent y apporter.  L’ensemble des politiques publiques concourt à la sécurité nationale.  La politique de défense a pour objet d’assurer l’intégrité du territoire et la protection de la population contre les agressions armées. Elle contribue à la lutte contre les autres menaces susceptibles de mettre en cause la sécurité nationale. Elle pourvoit au respect des alliances, des traités et des accords internationaux et participe, dans le cadre des traités européens en vigueur, à la politique européenne de sécurité et de défense commune. (Article L. 1111-1 du code de la Défense) ».

Contrairement à ce qui a été mentionné dans ce code, il apparait clairement et nettement que la procédure utilisée par Touadéra et son gouvernement par l’entremise de Mme Koyara ne peut que susciter de sérieuses interrogations sur les raisons ayant conduit à la signature de cet accord  de coopération militaire avec la Russie. A – t – il  été réellement négocié et  signé au nom et dans l’intérêt supérieur de la nation et du peuple centrafricain ? Si oui, pour quelles raisons, la procédure régulière et légale n’a –t – elle été scrupuleusement respectée ? N’a- t – il été plutôt négocié et  signé pour des intérêts personnels et étrangers à la cause de la nation ? N’est – il pas pour cette raison que les entités nationales, tels que le ministère des affaires étrangères et l’assemblée nationale, ont été délibérément ignorées ?

Affaire à suivre….. !

Jean – Paul Naïba

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