La mine centrafricaine de Ndassima, la vache à lait de Wagner en Afrique

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La mine centrafricaine de Ndassima, la vache à lait de Wagner en Afrique

Aza Boukhris
Un rapport d’enquête publié mardi 27 juin par l’ONG américaine The Sentry fournit des détails sur le plus important chantier minier de Wagner en Centrafrique, et sur les méthodes de prédation économique du groupe.
Après la mutinerie, samedi 24 juin, de Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, l’avenir de cette milice proche du Kremlin qui sert les intérêts russes en Afrique depuis 2017 reste incertain. Si le Ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré mardi que les « instructeurs » de Wagner continueraient d’apporter leur assistance en Afrique, notamment à la Centrafrique et au Mali, il n’a pas précisé si la gestion du groupe allait changer de main, ni si la poursuite de ces partenariats incluait le maintien des activités économiques du groupe. En effet, parallèlement à son assistance militaire, Wagner exploite plusieurs entreprises, notamment minières, dans les pays qu’il assiste. Un rapport d’enquête publié mardi 27 juin par l’ONG américaine The Sentry fournit ainsi des détails sur le plus important chantier minier de de Wagner en Centrafrique, et sur les méthodes de prédation économique du groupe.
Ndassima, située dans la préfecture de la Ouaka, au centre de la RCA, est la mine d’or centrafricaine au potentiel industriel le plus important. La valeur brute estimée du gisement atteindrait 2,8 milliards de dollars, selon un document du ministère des Mines. Cette zone dont les permis étaient auparavant détenus par la société canadienne Axmin, est passée en 2020 sous le contrôle de Midas Ressources, dans des conditions controversées, contestée par Axmin.

L’actionnariat …à Madagascar

La nature de Midas Ressources, entreprise de la nébuleuse Wagner, témoigne des pratiques d’affaires du groupe russe, adepte de l’opacité et de l’économie informelle. L’entreprise semble enregistrée en RCA mais n’apparait pas dans le registre du commerce centrafricain. L’actionnariat officiel de la boite est basé à Madagascar, bien qu’il semble s’agir d’une couverture. L’entreprise a bénéficié en Centrafrique d’un traitement de faveur, notamment au niveau fiscal et dans l’attribution de permis minier. Le site de l’entreprise fait apparaitre le numéro de téléphone d’un proche de Touadéra, le diamantaire William Wabem Ndede. Enfin Midas n’apparait pas dans les statistiques du ministère des mines, bien que l’entreprise soit en activité.
Le rapport de Sentry relève que Midas opère activement à Ndassima. L’ONG se base sur l’analyse de photos satellites datant de mai et juillet 2022 qui montrent l’installation sur le site d’unités de production industrielle. Les machines industrielles ont été acheminées en RCA via le réseau des entreprises de Wagner basées au Soudan, au Cameroun, à Madagascar ou en Russie, selon l’ONG.
L’exploitation de cette mine s’est accompagnée d’une campagne de terreur mise en place par Wagner pour dissuader les populations locales d’accéder à la zone et pour s’assurer le monopole de l’activité aurifère. L’ONG américaine qui a interrogé des soldats centrafricains et des miliciens assistant Wagner, évoque des opérations de « nettoyage » sur les chantiers miniers, au cours desquelles ordre est donné d’abattre toute âme qui vive. Une victime confirme ces allégations : « ils ont interdit à [quiconque] d’aller creuser à Ndassima. Avant cela, ils avaient tué quatre collecteurs qui possédaient plus de 200 millions de XAF [environ 329 000 dollars] et 50 kilogrammes d’or. Ils ont tout volé. Ensuite, ils ont mis le carburant sur les gens qui étaient attachés et ils ont mis le feu ».
Pour exploiter Ndassima, Midas emploie des travailleurs centrafricains dans des conditions indignes, selon les témoignages collectés par l’ONG. 300 mineurs auraient été recruté en septembre 2021 pour travailler dans l’exploitation minière de Ndassima. Ce groupe a été scindé en deux équipes, qui travaillent respectivement le jour et la nuit. Outre la faiblesse du salaire, les salariés se plaignent de traitements inhumain et dégradant, allant du passage à tabac au meurtre, en passant par le viol.
Outre cette exploitation localisée, Wagner s’est arrogé un monopole sur l’or et le diamant dans la zone autour de Ndassima. Le groupe a interdit la vente d’or et de diamant à d’autres acteurs que lui dans les zones sous son contrôle. Les collecteurs sont donc contraints de vendre leurs diamants et or exclusivement à Wagner, à un prix bien inférieur à celui du marché. Les sources interrogées par l’ONG évoquent un prix fixe de 16 000 FCFA par gramme d’or, en deçà des prix moyens compris entre 24 000 et 29 000 FCFA le gramme.
Vu l’investissement matériel et sécuritaire engagé par Wagner sur cette mine, il est peu probable que cette activité soit abandonnée. Reste à savoir si Prigozine parviendra à conserver ce magot, ou s’il devra le céder à des réseaux plus fidèles au Kremlin.
MondAfrique

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