Khartoum : et le président de la République Faustin Archange Touadéra décide de se jeter dans la gueule du loup

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C’est lors de la dernière mission conjointe UA-CEEAC-ONU, effectuée à Bangui du 8 au 10 janvier 2019, que le président de la République Faustin Archange Touadéra, candidat des pauvres et de la politique de la rupture qui avait promis au peuple centrafricain, pendant la campagne électorale, la sécurité, la défense de l’intégrité du territoire national et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat, mais qui depuis plus de deux années peine durement et fort étonnement à traduire en actes ces promesses, avait annoncé cette nouvelle à la grande surprise de tous.

“Aujourd’hui, à l’issue de nos échanges, la date des rencontres entre le Gouvernement et les groupes armés est fixée. Il s’agit du 24 janvier 2019 à Khartoum. Donc nous sommes déjà fixés”, a déclaré le mercredi 9 janvier, au Palais de la Renaissance, le Chef de l’Etat centrafricain, Faustin Archange Touadéra, lors d’un point de presse.

Une bien étrange annonce à la grande surprise de tous ses interlocuteurs du moment et  à l’issue d’une série de rencontres entre la délégation de haut niveau conduite par le Chef du Département des opérations de paix des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix, et le Commissaire de l’Union africaine à la paix et à la sécurité, Smail Chergui, et les plus hautes autorités de l’Etat, dont le Premier ministre, le Président de l’Assemblée Nationale et d’autres membres du Gouvernement, en présence du Chef de la MINUSCA, Parfait Onanga-Anyanga, du Secrétaire général de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), Adolphe Nahayo, et des ministres des Affaires étrangères des pays de la sous-région.

Une décision inattendue, étonnante voire même dérangeante, d’abord, tant ces différents partenaires sous – régionaux, régionaux et continentaux avaient conclu, lors d’une rencontre tenue en marge des travaux de l’assemblée générale de l’ONU, à New – York en septembre dernier, que les « participants ont  souligné que l’Initiative africaine devait rester l’unique cadre pour le processus de paix dans le pays. Ils ont également souligné que l’Initiative devrait être transformée en un processus global recevant le soutien et la légitimé de la population et tenant compte des dimensions nationales et régionales. Les participants ont invité les partenaires de la République centrafricaine à intégrer leurs contributions au processus politique global et à éviter la promotion d’initiatives parallèles. Pour que son succès soit assuré, les participants ont mis l’accent sur l’importance du rôle politique et de l’engagement au plus haut niveau de la région, à savoir les pays voisins, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, l’Union africaine ainsi que les Nations Unies, afin de promouvoir une paix et une stabilité durable en République centrafricaine ». Ensuite, tant les ministres français, en l’occurrence Jean – Yves Le Drian à la tête de la diplomatie  et  Florence Parly à la défense en avaient parlé et discuté de vives voix avec le président de la République comme seule voie de sortie possible de la crise sécuritaire. Enfin, tant Touadéra lui – même s’y était formellement engagé dans ses différentes rencontres et sorties officielles, devant le peuple centrafricain, la nation tout entière et devant la communauté internationale.

Ceci étant dit, cette annonce très surprenante a immédiatement suscité, selon de gentilles indiscrétions des participants à cette cérémonie du 9 janvier 2019, la réaction d’un éminent diplomate qui s’est étonné en ces termes : « Comment Touadéra peut – il prendre cette décision d’aller se jeter imprudemment dans la gueule du loup ? N’est – il pas devenu vraiment fou  tout d’un coup ? » Ces mots d’étonnement, teintés visiblement d’amertume et même de colère tempérée expliquent à eux seuls et de manière légitime les sérieuses inquiétudes jusqu’à ce jour contenues de la majorité des centrafricains et leur doute méthodique sur la tenue et l’issue de ce dialogue de Khartoum tant annoncé et tant chanté entre leur Gouvernement et les groupes armés.Et ce, pour la simple raison que de l’avis de tous, l’ennemi le plus dangereux du peuple centrafricain et l’agresseur patenté de la République centrafricaine n’est pas le Tchad, mais incontestablement le Soudan du président El – Béchir.

Une position justifiée et confirmée au moment où nous mettons sous presse par des informations en provenance de certaines représentations diplomatiques et de certains réseaux de renseignements et d’informations proches des institutions internationales. Ces sources affirment, en effet, que le Tchad et le peuple tchadien sont si liés à la République centrafricaine et au peuple centrafricain par des relations de liens historiques, socio -culturels, commerciaux et économiques que même s’il l’avait fait dans un passé récent et dont les plaies ne se sont pas cicatrisées, Déby non seulement n’est plus prêt à  recommencer une nouvelle aventure en Centrafrique, mais surtout fortement menacé au nord dans le Tibesti par plusieurs mouvements de rebellions visant à le destituer, apparait désormais comme le plus disposé à aider au retour de la paix chez son voisin Touadéra. Et c’est dans ce sens qu’il avait fait masser plus de 5.000 hommes courant fin décembre, un peu après sans rencontre avec le président Macron, dans le sud du Tchad pour parer à toute éventuelle attaque en partance du territoire centrafricain. De ce fait, accuser actuellement le Tchad d’œuvrer à la déstabilisation de la République centrafricaine ne serait que de la pure diversion et de la manipulation politico – politicienne.

Au rebours de la disponibilité du Tchad à travailler au retour de la paix et à la stabilité des institutions démocratiques en Centrafrique, le Soudan de El – Béchir, quant à lui, cherche plutôt à y mettre le feu, par l’entremise des Russes installés depuis des années dans ce pays et surtout avec la complicité active des mercenaires du Groupe Wagner à qui le président Touadéra a officiellement confié la charge de la gestion de sa sécurité et fait attribuer plusieurs concessions minières.

Comme Déby l’avait fait à l’époque de la Séléka, El – Béchir, sous sanctions onusiennes, reçoit régulièrement les seigneurs de guerre centrafricains au premier rang desquels Nourreldine Adam, le plus stratège, le plus lettré et le plus dangereux d’entre tous, nanti d’un puissant carnet d’adresses, avec un passé d’agent secret israélien et d’agent de sécurité en Arabie Saoudite, puis au Qatar, et leur donne de l’argent même s’il n’en a pas beaucoup pour son pays et son peuple qui meurt de faim et qui est dans la rue depuis plus d’un mois déjà pour appeler à son départ. Mieux, il leur offre et fait acheter ou livrer des armes POUR DESTABILISER LA RCA.

C’est le triste constat auquel sont parvenus tous les experts des Nations Unies, de la Minusca et des diplomates occidentaux qui ont confirmé dans leurs différents rapports de missions que toutes les armes saisies entre les mains des éléments de la Séléka sont immatriculées au Soudan et livrées par des Russes. Justement, ces Russes du Groupe Wagner qui assurent la protection du président de la République et dont la présence est signalée et certifiée dans toutes les zones sous contrôle du FPRC, de l’UPC et du MPC.

Et c’est au moyen de ces armes que les rebelles de l’UPC d’Ali Darass ont organisé, planifié et exécuté l’attaque de la ville de Bambari, le 10 janvier dernier, contraignant les organisateurs des festivités de la JM à prendre leurs jambes à leur cou et occasionnant ainsi la mort de plusieurs centrafricains. C’est toujours avec ces armes qu’un sniper a atteint d’une balle dans la tête le courageux policier qui allait à la rescousse d’un de ses collègues qui venait d’être touché. C’est avec ces mêmes armes données à des snipers postés dans des arbres plusieurs jours déjà qu’un plan de liquidation du président Touadéra aurait été soigneusement planifié et arrêté.

Aux dernières nouvelles, depuis l’annonce de la désignation de Khartoum comme lieu de la tenue du dialogue entre les groupes armés et le gouvernement, Nourreldine Adam et Arda Amkouma qui s’était évaporé dans la nature au lendemain de la reprise de la ville de Bria en 2015 par les troupes de la Sangaris, se trouveraient actuellement au Soudan. Avec leurs partenaires soudanais et russes, ils participeraient activement à l’organisation technique, financière, matérielle, logistique et sécuritaire de cette rencontre, avec tous les risques de peaux bananes à mettre sous les pieds de Ngrébada et sa délégation, dans un environnement qui leur sera totalement étranger et plein de belles surprises  et où les autres peuvent facilement  s’exprimer et se comprendre dans une langue hors de leur portée.

Comme les prophètes haïs, incompris et combattus par leurs contemporains, nous continuons d’assumer contre vents et marées notre devoir d’alerter et d’informer. Comme nous avons annoncé un peu plutôt avant les évènements de Bambari, nous venons de le faire peu avant la tenue du dialogue de Khartoum.

A bon entendeur, salut !

Jean – Paul Naïba

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