JUGEMENT DE SIX SAGES-FEMMES AU SENEGAL DANS L’AFFAIRE SOKHNA  : Un procès pour l’exemple !

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JUGEMENT DE SIX SAGES-FEMMES AU SENEGAL DANS L’AFFAIRE SOKHNA  : Un procès pour l’exemple !

L’affaire avait fait grand bruit et ému plus d’un au Sénégal et au-delà. Astou Sokhna, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est une jeune femme sénégalaise, âgée d’une trentaine d’années, décédée pour avoir attendu, dans de grandes souffrances pendant une vingtaine d’heures, la césarienne qu’elle réclamait.  Pour le gouvernement, la faute de ce drame est imputable à six sages-femmes de la structure sanitaire où la pauvre dame a rencontré la mort et cela de manière atroce. De ce fait, les six sages-femmes sont poursuivies pour non- assistance à personne en danger. Quatre d’entre elles ont été immédiatement écrouées dans la ville de Louga et deux sont en liberté provisoire. On peut ajouter à cela, le limogeage du directeur de l’hôpital où l’infortunée a rendu son dernier souffle. L’Alliance des syndicats autonomes de la santé (ASAS) n’a pas tardé à réagir. Pour elle, le gouvernement est allé trop vite en besogne, si fait qu’un arrêt de travail de 72 heures a été observé. Pour connaître les tenants et les aboutissants de l’affaire, l’ouverture d’un procès avait été annoncée pour le 27 avril dernier. Sitôt ouvert ce jour-là, le jugement a été renvoyé au 5 mai, à la demande de la partie civile qui souhaite s’imprégner davantage du dossier. Cette fois-ci était la bonne, puisque le procès a effectivement été entamé hier, jeudi 5 mai. Le dispositif sécuritaire était impressionnant. Ce  qui en dit long sur le caractère sensible et explosif de l’affaire. Visiblement, on peut faire le constat que le syndicat a sonné le rassemblement pour marquer sa solidarité et son soutien à de « vaillants travailleurs jetés délibérément en pâture à un lynchage médiatique, pour essayer de masquer en vain les tares du système dont il est le garant ».  

On peut souhaiter que ce jugement soit  un procès qui situera la responsabilité des sages-femmes poursuivies, mais aussi celle de l’Etat

 Au-delà du Sénégal qui a servi de théâtre à cette histoire douloureuse, c’est toute l’Afrique en général et l’Afrique au Sud du Sahara en particulier, qui est suspendue au déroulement et au verdict de ce procès. Et pour cause. Des femmes comme Astou Sokhna, qui perdent la vie en voulant donner la vie, sont une foultitude dans les maternités de Ouagadougou, de Bamako ou encore de Douala et l’on en oublie. Et dire que parfois, ces cas malheureux sont provoqués par des agents de santé indélicats, relève simplement d’une lapalissade. Seulement, on est en Afrique, continent où le nom d’Allah est invoqué systématiquement pour expliquer et excuser tous les vilains actes commis par les uns et les autres. De ce point de vue, on est prompt à pardonner même l’impardonnable. Nous sommes également en Afrique où l’ignorance des populations est la chose la mieux partagée. De ce fait, ils sont nombreux les Africains, surtout ceux de l’Afrique subsaharienne, qui ne savent pas qu’ils ont le droit d’attaquer un agent de l’Administration publique pour mauvaise manière de servir. Conséquence : bien des agents de l’Etat commettent des impairs et autres crimes sans craindre que les victimes ne les attaquent devant les tribunaux. Ce sont essentiellement ces deux causes, peut-on dire, qui ont presque toujours servi de lit à l’inconscience et à l’insouciance professionnelles sous nos tropiques. Mais, il n’y a pas que les agents indélicats qui soient à l’origine des drames que nous constatons dans nos structures sanitaires. L’on peut aussi pointer du  doigt d’autres tares des systèmes de santé. L’une d’elles est liée au caractère moyenâgeux des plateaux techniques dont est dotée l’écrasante majorité des structures sanitaires africaines. C’est pour cette raison essentiellement que les princes régnants d’Afrique, au moindre bobo, s’envolent pour l’Occident où ils sont sûrs de recevoir des soins de qualité. Bien sûr, nos maigres ressources en prennent un coup. Mais cela est le benjamin de leurs soucis. L’un dans l’autre, l’on peut souhaiter que ce jugement soit  un procès pour l’exemple, c’est-à-dire un procès qui situera non seulement, s’il y a lieu, la responsabilité des sages-femmes poursuivies, mais aussi celle de l’Etat. C’est  à ce prix que ce procès pourrait servir d’exemple pour toute l’Afrique et contribuer ainsi à transformer les mouroirs que constituent nos hôpitaux, en espaces de promotion de la santé et du bien-être des patients.

 

Pousdem PICKOU

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