Joseph Bindoumi et la Ligue centrafricaine des droits de l’homme complices de graves violations des droits de l’homme

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Il s’appelle Emmanuel Konaté, l’une des gloires du Football centrafricain des années 80, l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération et l’un des modèles pour des jeunes qui aimaient le ballon rond, en ces temps – là. Il n’est plus de ce monde. Habitant le 4ème arrondissement de la ville de Bangui, vers la Cité Jean XXII, au bas de la colline de Bas – Oubangui, son corps sans vie a été retrouvé tôt ce matin, dans les buissons, non loin de son domicile, puis déposé à la morgue de l’hôpital communautaire où se sont immédiatement afflués ses coéquipiers des différents clubs d’anciens footballeurs du Lycée de Miskine.

Si, selon les témoignages de l’un de ses voisins Dr Ndoua, l’ancien attaquant de l’équipe nationale de Football a été abattu dans la nuit aux environs d’une heure par des braqueurs qui ont emporté sa moto neuve, d’autres sources proches de sa famille affirment sans équivoque, par contre, qu’il a été enlevé à son domicile, hier soir vers 22 heures par des inconnus pour être lâchement assassiné. Il lui serait reproché, d’abord, son appartenance à l’ethnie Gbaya, celle de l’ancien président François Bozizé Yangouvonda qui avait revendiqué officiellement son alliance avec les forces de la Coalition des Patriotes pour le Changement qui ont attaqué la ville de Bangui le 13 janvier 2021 et qui menacent de renverser le pouvoir de Touadéra, ensuite, ses liens de parenté avec le lieutenant Yvon Konaté, porte-parole des milices anti-Balaka, interpellé, le mercredi 15 décembre 2020, dans la ville de Bossembélé à 150 km au nord-ouest de Bangui, et dont on serait sans nouvelles depuis lors.

Si l’annonce de sa mort brutale et ignoble a soulevé un véritable tollé sur les réseaux sociaux et une ferme condamnation de la majorité des Centrafricaines et des Centrafricains sans exclusive et sans distinction d’origine politique, régional et ethnique, elle n’a suscité fort étonnement aucune réaction de la part du gouvernement, d’une part, et du procureur de la république M. Laurent Lengandé, d’autre part. Même silence observé du côté de la société civile, de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme, les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme y comprises, et de tous les acteurs politiques nationaux. Un silence inquiétant pour les uns, un silence complice et coupable pour les autres.

Vives inquiétudes au sein de la population

Telle une violente tempête menaçant de tout détruire et tout emporter sur son passage, une peur bleue s’est emparée comme une chape de plomb de la capitale centrafricaine, ses environs et leurs habitants, avant pendant et après les scrutins groupés du 27 décembre 2020, les plus chaotiques de toute l’histoire contemporaine de la République centrafricaine. La peur de l’insécurité. La peur de la mort. La peur d’être arraché brutalement à la vie, à sa famille et à ses enfants, comme un malfrat de la pire espèce, sans que l’on ait le droit de se défendre équitablement, reconnaître le mal que l’on a fait à la société et accepter dignement ou le plus crânement ce dont l’on est coupable. La peur d’être enlevé chez soi, devant sa femme, ses enfants et les siens, d’être torturé quelques minutes plus tard et d’être égorgé comme un mouton dans les touffes d’herbes. Et ce, tout simplement pour votre liberté d’expression, vos opinions différentes de celles des autres, votre appartenance politique, religieuse, régionale et ethnique. La peur d’être froidement assassiné, la nuit tombée, pour une simple moto ou suite à des dénonciations calomnieuses. La peur de quitter son domicile pour ne jamais revenir ou sans avoir la garantie de rentrer sain et sauf chez soi. La peur d’éviter de sortir, d’aller à son lieu de travail, de vaquer à ses occupations. La peur de jouir de sa liberté d’aller et venir, droit fondamental formellement consacré par le constitution du 30 mars 2016.

Silence complice et coupable

Aussi surprenant et révoltant que cela puisse paraître, face à ce climat d’insécurité généralisée et d’actes de graves violations des droits humains, comme nous l’avons évoqué un peu plus haut, ni le gouvernement ni le procureur de la république n’ont daigné organiser un point de presse ou une conférence de presse pour informer l’opinion tant nationale qu’internationale sur ce qui passe, condamner, ouvrir et diligenter des enquêtes, et rassurer le peuple dont il leur incombe l’entière responsabilité d’assurer la protection et celle de ses biens. C’est à croire que ces enlèvements, ces tortures, ces assassinats, ces corps sans vie découverts tous les jours dans les buissons dès les premières lueurs du soleil et ces dépouilles mortelles charriées régulièrement par les eaux de l’Oubangui, spectacles macabres et inhumains auxquels sont désormais habitués les pêcheurs, sont programmés, planifiés, coordonnés et exécutés par les FDSI, les GP, les milices dénommées les « Requins », et les mercenaires rwandais et russes du groupe Wagner, sur instructions du pouvoir. D’où l’instauration de l’état d’urgence et la demande de sa prorogation soumise à l’approbation de l’assemblée nationale, le vendredi 5 février 2021.

Ce refus de communiquer au grand public, de s’indigner sur ces crimes, de les condamner sans fioritures et d’appeler à l’ouverture des enquêtes indépendantes et des poursuites judiciaires contre leurs éventuels auteurs, est constaté malheureusement du côté de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme, de la société civile, et des organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme. Ce qui non seulement est inacceptable dans toute société démocratique qui est la nôtre et où la personne humaine est sacrée, mais surtout s’impose dans l’opinion nationale  comme un silence complice et coupable. En effet, «  partout dans le monde où les atteintes aux libertés sont courantes, la LDH dénonce le recours à la terreur, les crimes contre l’humanité, la répression brutale des mouvements sociaux et des « minorités », les violations massives et délibérées des populations civiles. Avec la fédération internationale des droits de l’Homme, FIDH, avec l’association européenne des droits de l’Homme, AEDH, avec le réseau euroméditerranéen des droits de l’Homme, REMDH, la LDH est solidaire des victimes d’atteintes à tous les droits ».

Pourquoi donc le magistrat chevronné Joseph Bindoumi et la LCDH ont – ils décidé de fermer les yeux sur tous ces graves abus ? Combien de sang doit encore couler pour qu’ils puissent se rendre à l’évidence et ouvrir enfin la bouche ? Le fossé entre les représentants de l’Etat et l’ensemble du corps social ne s’est – il pas dangereusement creusé du fait de la politique d’exclusion érigée en mode de gouvernance depuis plus de 4 ans, et suite à la dégradation sécuritaire constatée ces derniers temps, en dépit et en flagrante violation de l’Accord de Khartoum ? Et avec la farouche opposition du pouvoir à toute idée d’un dialogue ou d’une concertation nationale souhaitée par la coalition de l’opposition démocratique et la CPC, avant la tenue des dernières élections, toutes les conditions d’un embrasement total du pays ne sont – elles pas finalement réunies ?

En réalité, Joseph Bindoumi ne sera jamais Me Nicolas Tiangaye qui, à la tête de la CCCCN, s’était merveilleusement battu pour l’avènement du pluralisme démocratique de 1990 à 1993, dans ce pays, et ne s’efforcera jamais à ressembler à Me Ngoungaye Nganatoua qui ne s’était jamais gardé de dénoncer les permanentes violations des droits de l’homme commises sous le régime de François Bozizé, jusqu’au sacrifice suprême. Arrivé par effraction à la tête de la LCDH, il l’a inféodée au pouvoir de Bangui et a sacrifié par conséquent toute son indépendance et sa liberté de parole et de prise de décisions sur l’autel des intérêts personnels, égoïstes, partisans et matériels. Il n’en a donc cure des exactions et des crimes divers  perpétrés par le gouvernement et les rebelles de la CPC sur les populations civiles. Une culpabilité du fait de son silence qui n’a rien à envier à celle des auteurs de la « Terreur Rouge » qui s’était abattue sur la Hongrie en 1919. Tout comme eux et comme l’avait écrit Tibor Szamuely, il murmure actuellement en son for intérieur ces paroles : « Partout les contre-révolutionnaires courent et se fanfaronnent; battez-les! Battez-leur la tête là où vous les trouvez! Si les contre-révolutionnaires devaient prendre le dessus, même pour une seule heure, il n’y aura de pitié pour aucun prolétaire. Avant d’étouffer la révolution, étouffez-les dans leur propre sang! »

Il ne saurait en être autrement tant enlever et tuer une ancienne gloire de Football, un modèle pour toute génération pour avoir porté haut les couleurs de la République dans le concert des nations, un chef de famille dont personne ne lui connaissait aucune activité politique et subversive, toujours « souriant et très sympathique à l’image du grand attaquant qu’il était, prenant beaucoup de coups mais se relevant toujours » est plus qu’un crime. Il est une agression contre les valeurs immortelles de la République, les élites tous secteurs d’activités confondus et les grands esprits qui l’ont fondée et l’honorent. Il est une insulte à la République et à toutes ses intelligences ! Contre ces crimes, nous ne devons pas nous taire sans courir le risque d’avoir à répondre tôt ou tard devant le tribunal de l’histoire et du peuple de l’accusation de crime contre la patrie.

Jean – Paul Naïba

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