INVESTITURE DE JOSEPH BOAKAI AU LIBERIA : Le Plus Dur Commence

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Elu en novembre dernier, au second tour de la présidentielle qui l’opposait à Georges Weah, le nouveau président libérien, Joseph Boakai, a officiellement pris les rênes du pouvoir le 22 janvier dernier à Monrovia. La cérémonie de prestation de serment s’est déroulée au siège du Parlement, en présence d’éminentes personnalités au nombre desquelles les présidents ghanéen, Nana Akuffo-Addo, nigérian, Bola Ahmed Tinubu et sierra-léonais, Julius Maada Bio. Une cérémonie sobre et à la forte symbolique, qui se veut un signal fort de la volonté du nouveau chef de l’Etat de faire dans la rupture dans la gestion des deniers publics. Mais c’est au pied du mur de sa gouvernance que le nouveau locataire de l’Exécutive Mansion, le palais présidentiel, est attendu par ses compatriotes. Et passée l’euphorie de la victoire, il se retrouve face à la réalité du terrain. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le plus dur commence maintenant. Car, les défis restent entiers. A commencer par la lutte contre la corruption dont il a fait l’une de ses priorités. Et qui était déjà le cheval de bataille de son prédécesseur George Weah qui n’a pas su relever le défi, quand cela ne paraît même pas comme l’une des taches noires de la gouvernance de l’ex-Ballon d’or, au regard des sanctions américaines prises à l’encontre de certains de ses proches pour corruption.

 

C’est la démocratie qui gagne et se renforce au Libéria

 

Il y a aussi les lancinantes questions de la relance économique dans un pays qui a besoin de se reconstruire après la guerre, et du chômage qui demeure endémique en plus d’être une préoccupation majeure pour les Libériens. A tous ces défis, il revient désormais au président Joseph Boakai de trouver des solutions innovantes allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des Libériens. Et à l’épreuve du pouvoir, le troisième président démocratiquement élu du Liberia, a d’autant plus intérêt à tenir ses promesses de campagne que certains engagements sonnent aux oreilles de ses compatriotes comme un air de déjà-entendu. Toujours est-il qu’avec cette deuxième dévolution pacifique du pouvoir après celle de Ellen Johnson Sirleaf en 2017, c’est la démocratie qui gagne et se renforce au Libéria. Ce pays d’Afrique de l’Ouest qui revient de loin, après les deux guerres civiles qui l’ont déchiré pendant une décennie. Et une fois de plus, l’exemple vient d’un pays anglophone qui a fait honneur au jeu de l’alternance en organisant une élection au terme de laquelle le président sortant a eu l’élégance de reconnaître sa défaite et de féliciter son adversaire. Il appartient aux autres pays d’Afrique, surtout francophones, d’en prendre de la graine en emboîtant le pas aux bons exemples en la matière, à l’effet de tirer la démocratie vers le haut. L’autre défi non moins important pour le président Boakai est celui de l’unité nationale et de la cohésion sociale dans un pays qui a besoin d’exorciser les démons du passé par le jugement des criminels de guerre. Ce qui ne paraît pas une mince affaire au regard de l’omniprésence, aujourd’hui encore, de certains acteurs majeurs de ces conflits armés dans le jeu politique quand ces derniers ne sont pas simplement des faiseurs de rois.

 

La prestation de serment de Joseph Boakai ouvre un nouveau chapitre pour le Libéria

 

A l’image du tristement célèbre chef de guerre, Prince Johnson, qui aura été l’un de ses plus grands soutiens. Il revient aussi au nouveau président de travailler à réduire les inégalités dans un pays fragilisé par la guerre et où la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. En tout état de cause, la prestation de serment de Joseph Boakai ouvre un nouveau chapitre pour le Libéria. Et maintenant qu’il a la réalité du pouvoir entre les mains, il revient à ce vétéran de la scène politique libérienne de travailler à combler les nombreuses attentes de ses compatriotes. Il a d’autant plus d’atouts pour réussir son premier sextennat qu’à 79 ans, sa longue carrière politique et son expérience en font une figure-clé pour aborder les défis socio-économiques auxquels le pays est confronté. En plus de ne pas être un novice en politique dans son pays où il a occupé de hautes fonctions dont celle de vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf, de 2006 à 2018.  Reste à espérer que son âge avancé sera plus un atout qu’un handicap pour le nouveau président libérien surnommé « Sleepy Joe » (Joe le dormeur) par ses détracteurs ; ce qui n’est pas sans rappeler les railleries des détracteurs de son homologue américain, Joe Biden, affublé du même sobriquet visant à le tourner en dérision au pays de l’Oncle Sam. Il lui appartient de travailler à déconstruire les préjugés pour entretenir l’image d’un président travailleur et engagé pour la cause de son peuple, s’il veut marquer positivement ses compatriotes et se donner les chances d’un second mandat, à l’issue de cette expérience politique qui l’aura conduit de l’opposition au palais présidentiel.

 

« Le Pays »

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