Interview. Martin Ziguélé : « Les attentes sont très fortes en matière d’amélioration de la gouvernance interne » de la BEAC

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Mercredi 14 Février 2024 – 8:24

 

Les Dépêches de Brazzaville ont interviewé l’ancien Premier ministre de la République centrafricaine, ancien directeur national de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC),  Martin Zinguélé, député de l’opposition, président du Mouvement pour la libération du peuple centrafricain, sur les attentes  du mandat de  son compatriote, Yvon Sana Bangui, nouveau gouverneur de la BEAC. Morceaux choisis.

-Pour l’Afrique centrale, la Cémac                                                                               La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) a mis en place, il y a quelques années, le principe de rotation pour les postes de gouvernement des institutions communautaires telles que la BEAC, la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale, la Commission bancaire de l’Afrique centrale et j’en passe. C’est à ce titre que le tour est venu pour la République centrafricaine d’occuper le poste de gouverneur de la BEAC, et mon compatriote, M. Yvon Sana Bangui, a été désigné. A titre tout à fait personnel, je le félicite pour cette promotion et me réjouis que mon pays dirige la BEAC. C’est une première qu’il faut saluer, et il reviendra à Yvon Sana Bangui de démentir par sa gouvernance certaines interrogations, somme toutes légitimes dans pareilles circonstances, sur la procédure de sa désignation et ses compétences en économie et en finance. Les attentes sont très fortes en matière d’amélioration de la gouvernance interne de la BEAC, mais aussi sur le rôle que notre institut d’émission jouera pour parachever les nombreuses reformes régulièrement annoncées mais inachevées.

-Pour les relations de la BEAC avec la BCEAO

Depuis la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, les relations entre les deux zones d’émission qui utilisent la même devise, le franc CFA, ne sont plus comme avant, au grand dam des opérateurs économiques et des voyageurs. Si en théorie, un franc CFA d’Afrique centrale vaut toujours un franc CFA de l’Afrique de l’Ouest, dans les faits celui d’Afrique centrale est considéré comme une devise moins forte. Dans les aéroports de Lomé, Abidjan, ou Ouagadougou, le franc CFA d’Afrique centrale est changé avec une décote de 10% sinon plus. S’agissant des opérations bancaires entre les deux zones, elles se traitent comme entre la zone CFA et la zone sterling, par exemple. Cela est intenable et le nouveau gouvernement de la BEAC devra travailler à lever ces obstacles, avec leurs collègues de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). On ne peut pas parler de monnaie intégratrice et dresser des barrières assumées sur la libre circulation des biens, des services et le respect des taux officiels de convertibilité.

-Avec le Trésor français

Le Trésor français qui est garant de la convertibilité extérieure du franc CFA est représenté aux conseils d’administration de la BEAC et de la BCEAO. Naturellement, le nouveau gouverneur doit entretenir des relations de confiance avec ce garant, et faire en sorte que les réformes souhaitables se mènent de concert.

-Avec la Banque centrale européenne

Le franc CFA a une parité fixe avec l’euro qui est émis et géré par la Banque centrale européenne (BCE). Les relations ne sont pas directes entre la BEAC et la BCE mais via la Banque de France. Elles doivent être maintenues et améliorées.

– Face à la montée des monnaies virtuelles, les cryptomonnaies, le franc CFA serait-il en danger, par ricochet la BEAC ?

Comme député membre de la Commission Finances à l’Assemblée nationale de mon pays, la Centrafrique, j’ai voté contre la loi sur la cryptomonaie pour des raisons évidentes que j’ai avec d’autres collègues députés consignées dans une lettre publique. Dans des pays comme la Centrafrique où le taux de bancarisation est inférieur à 2%, l’accès à l’énergie limitée à moins de 10% et où l’internet n’atteint même pas 10% de la population, parler de cryptomonaie est tout simplement pas sérieux. Les priorités sont ailleurs.

– Plusieurs crises ont secoué la BEAC ces derniers mois, qu’attendez-vous du nouveau gouverneur ? 

Au début des années 2000, je fus directeur national de la BEAC pour mon pays, la République centrafricaine. L’ambiance n’était pas celle d’aujourd’hui. Cette maisonn auparavant très discrète où tout se faisait à pas feutrésn est devenue très bruyante, et ses problèmes internes se règlent sur les réseaux sociaux. Il faut que le nouveau gouverneur redonne à la BEAC son lustre d’antan et que chacun respecte les limites de ses prérogatives.

– Une autre monnaie pour remplacer le Franc CFA est-elle nécessaire en Afrique centrale?

La réponse à cette question n’est pas technique, elle est politique. Le technicien expose la faisabilité d’un projet, avec ses avantages et ses inconvénients. Et le politique décide. On ne peut pas intervertir ces rôles et chacun doit s’assumer.

 

Propos recueillis par Noël Ndong
https://www.adiac-congo.com/

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