IN MEMORIAM BARTHÉLÉMY BOGANDA PÈRE FONDATEUR DE LA CENTRAFRIQUE

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IN MEMORIAM BARTHÉLÉMY BOGANDA
PÈRE FONDATEUR DE LA CENTRAFRIQUE
[ 29 mars 1959-29 mars 2024 ]
SOUVENONS-NOUS…

(Par Ernest LAKOUETENE – YALET)

《Un tribun de premier plan (…), véritable prophète incarnant les aspirations d’une population ayant particulièrement souffert du régime colonial.》Pierre Kalck

《Sa disparition laissait un vide qui allait bientôt constituer le principal problème politique centrafricain.》Pierre Kalck

Tout le personnage de Barthélémy Boganda est résumé dans ces deux citations. On y trouve un aperçu de la dimension de l’homme, mais aussi de l’impact toujours sensible de sa disparition prématurée sur l’état et la marche de la RCA. Aujourd’hui encore, 65 ans après sa disparition, son absence continue de peser sur ce pays.

Quand on entend le nom de Barthélémy Boganda, on pourrait être tenté de croire que cet homme, ce Leader exceptionnel a vécu et lutté pendant longtemps, très longtemps…

La vérité, c’est que, le 29 mars 1959, quand il succombe dans le tragique accident de l’avion qui le ramène de Berbérati, Boganda n’a pas 50 ans ; il n’a même pas encore tout à fait 49 ans (il meurt 6 jours avant sa 49ème année). Il meurt donc « jeune ». Son parcours politique s’estompe brutalement à un âge où beaucoup débutent le leur.

De même, l’action politique de B. Boganda, contrairement aux apparences, n’a pas duré des décennies, mais à peine une douzaine d’années (entre sa première élection comme Député de l’Oubangui-Chari à l’assemblée Nationale Française le 10 novembre 1946 et sa mort le 29 novembre 1959).

12 ans, c’est le temps passé au pouvoir par André Kolingba (1981-1993) ; c’est un peu moins que les 13 ans de règne de Jean-Bedel Bokassa (1966-1979) ; c’est un peu plus que les 10 ans de présidence d’Ange Patassé (1993-2003), puis de François Bozizé (2003-2013).
Mais toute comparaison ou rapprochement s’arrêtent là.

Chez B. Boganda, cette douzaine d’années de lutte politique, quel éclat! Quel courage! Quel intelligence ! Quel charisme ! Quels succès!

Au total – et c’est là le plus grand drame de la RCA et de sa classe politique – la petite douzaine d’années de présence de Boganda surpasse de loin et éclipse les présidences cumulées de tous les chefs d’Etat suivants, de 1959 à 2024, de David Dacko à Faustin Touadéra!

Comment comprendre un tel paradoxe? Comment comprendre que chacun des successeurs ait mis un point d’honneur à se réclamer de Boganda, la Référence politique absolue, et à se proclamer pompeusement son digne successeur, mais que pas un seul n’ait été capable de s’inspirer de son exemple ni d’être son digne continuateur? Comment expliquer que la RCA, hier pays-phare, pays de tête de l’ex-Afrique Équatoriale Française, se retrouve aujourd’hui le dernier des derniers de la classe, à tous points de vue?

La réponse à ces questions s tombe sous le sens : depuis ce funeste 29 mars 1959, la RCA est comme plombée, et durablement en panne de leadership et manque d’un Leader Véritable! Aucun de tous ceux qui ont pris et exercé le pouvoir de l’Etat n’a su ou pu se montrer à la hauteur de cette fonction. Et cela dure depuis 65 longues années!! Cela reste toujours petit, minuscule, stérile… ce qui explique la succession des coups d’Etat et rébellions.

On pourrait donc en conclure qu’en définitive, Barthélémy Boganda, face à la flopée de ses successeurs, apparaît en terme de bilan, comme un colosse à côté de nabots politiques, comme un baobab au milieu d’arbustes rabougris…

En réalité, ce qui fait toute la différence entre ce qu’a été Boganda et ces nains politiques, c’est que lui, très tôt, avait une VISION claire de la Responsabilité qui est la sienne, de sa MISSION. VISION qu’il a traduite en une PENSEE POLITIQUE qu’il a rendue lisible, visible et accessible. Cette PENSÉE, il l’a traduite en ACTION POLITIQUE CONCRÈTE, en rassemblant et mobilisant le plus grand nombre de la population. Si son parcours a été jalonné de succès et de victoires politiques éclatantes, c’est, d’une part parce que Boganda a su maintenir le cap qu’il a fixé dès 1946, d’autre part, parce qu’il s’est révélé avec constance un GUIDE pour son peuple.
Aucun successeurs n’a pu faire pareil, ni mieux.

C’est triste à dire : aucun président ne s’est révélé un GUIDE, porteur d’une VISION, d’une PENSÉE PENSÉE POLITIQUE nourrissant une ACTION salvatrice. Cela nous donne les caricatures de roitelets abusivement appelés chefs d’Etat, de petits présidents sans consistance ni envergure, qui enfoncent le pays et sa population : putschistes, tribalistes, prédateurs, détourneurs impénitents des richesses du pays, dictateurs, démagogues, fieffés menteurs, et pire, fauteurs de guerres…
A cause de cette engeance pernicieuse, le développement du pays est à l’arrêt depuis des décennies.

Depuis le 29 mars 1959, la politique elle-même est en panne…

A quand un digne fils du pays, capable de s’inspirer du Bogandisme pour redonner de la grandeur et du contenu à notre Nation qui se meurt sous nos yeux?

Ce 29 mars 2024

Ernest Lakouéténé-Yalet

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