HAUSSE DU PRIX DU SUPERCARBURANT : LE CAS DU SENEGAL : UNE CASSE LIMITÉE

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Par Serigne Saliou DIAGNE

HAUSSE DU PRIX DU SUPERCARBURANT, UNE CASSE LIMITÉE

Le Sénégal a procédé, en ce début du mois de juin, à un réajustement tarifaire sur le prix du supercarburant.

Serigne Saliou DIAGNE  |   Publication 10/06/2022

Le Sénégal a procédé, en ce début du mois de juin, à un réajustement tarifaire sur le prix du supercarburant. Cette mesure peut se concevoir de façon objective au vu des tensions qui touchent le secteur des hydrocarbures, avec un baril se négociant à plus de 120 dollars. La levée de boucliers qu’a suscitée cette mesure, a eu pour effet d’éclipser l’effort colossal pour permettre l’accessibilité et l’abordabilité de l’énergie afin d’éviter des chocs économiques. La vérité dure de l’heure est que dans beaucoup de pays dans le monde, le pétrole est vendu bien en deçà de son coût réel grâce à des subventions étatiques pour rendre le coût de la vie supportable. Les services du ministère des Energies et du pétrole du Sénégal ont raison de dire que le prix du litre de supercarburant à la pompe, sans aucune subvention, serait de «1182 francs le litre». Mais on imagine mal un gouvernement inviter un loup aussi gros dans son action et ne rien faire face à des prix autant prohibitifs ! Vu l’énormité du loup, des réponses à la hauteur sont apportées à coups de subventions pour geler ponctuellement toute hausse. Il semble toutefois que les efforts faits sont des cris en vain. C’est le sentiment qu’on peut nourrir quand on se rend compte que parmi les hydrocarbures sollicités sur le marché sénégalais dans la consommation courante, seul le supercarburant connaît une hausse de prix.

Le gasoil, l’essence ordinaire, l’essence pirogue, le pétrole lampant et le gaz butane sont maintenus à leurs cours actuels sur le marché local afin d’éviter d’éprouver davantage les consommateurs ou de créer un effet domino avec des hausses subséquentes dans plusieurs secteurs d’activités du pays. On dit du pétrole qu’il est derrière chaque opération économique, chaque aliment et chaque objet. Cette maxime est d’autant plus vraie au Sénégal. L’intégralité de notre mode de vie repose sur l’énergie du pétrole dans toutes ses formes, il serait donc risqué de ne pas chercher à contrôler ses prix.

Le réajustement tarifaire du prix à la pompe du supercarburant, avec un litre passant de 775 francs Cfa à 890 francs Cfa, s’inscrit dans les nombreuses pratiques mises en œuvre par les Etats dans l’espoir d’atteindre un marché énergétique beaucoup plus stable. La France a vu, en ce mois de juin, le litre du supercarburant passer à plus de 2 euros malgré une remise sur le carburant de 18 centimes, en vigueur jusqu’au mois d’août. La Côte d’Ivoire a procédé à une revue à la hausse des prix du carburant depuis le 1er juin, après avoir consenti, entre janvier et avril 2022, à une subvention des produits pétroliers à hauteur de 120 milliards, dans une logique de protéger le pouvoir d’achat des populations. Le supercarburant est passé à Abidjan de 695 francs Cfa à 735 francs Cfa, alors que le litre de gasoil a été maintenu à 615 francs Cfa car impactant beaucoup plus de monde. La démarche prônée est similaire à celle du Sénégal, avec une subvention de tous les produits pétroliers à l’exception du «carburant des riches», le super sans plomb.

A Dakar comme à Abidjan, les systèmes de transport carburent au gasoil. Il serait impensable, dans les contextes actuels de ces deux pays, de voir le prix du gasoil monter en flèche. Une maîtrise des prix des produits pétroliers dans une fourchette raisonnable, et en faisant ressentir la hausse au plus petit nombre, est sans doute la recette pour avancer dans un contexte aussi incertain, en évitant des chocs socio-économiques majeurs. Le chaos se produisant au Sri Lanka, du fait d’une inflation insupportable découlant de la flambée des prix du pétrole et de l’impossibilité d’accéder à des produits comme le gaz, le fuel et l’essence, est un rappel froid de l’importance de l’accessibilité et de l’abordabilité de l’énergie dans tout Etat. Le coût de la vie est insupportable quand l’énergie est devenue hors de portée pour les Sri-Lankais. Les efforts pour «limiter la casse» sont à encourager dans l’impossibilité de demander plus. Il est aussi à souligner qu’il y a une vertu à taper sur la poche des plus nantis.

Il trône au Musée de Daqing en Chine, l’inscription suivante : «Le pétrole a une relation compacte avec la puissance politique, économique et militaire d’un pays». On peut en dire autant de l’importance des hydrocarbures sur la stabilité économique et sociale des pays. Il est regrettable que dans un pays comme le Sénégal, avec un avenir énergétique potentiellement radieux, que le débat sur les hydrocarbures ne soit pas entrepris de façon sereine et constructive par la classe politique. Son attitude rétive et hostile au débat sur les hydrocarbures rappelle tristement les manifestations de producteurs de barils à New York en 1886, en voyant débarquer le Gluckaüf, premier tanker en mesure de transporter une quantité de produit équivalente à 2000 barils dans l’Atlantique. On a vu les différentes rencontres sur les hydrocarbures, à l’initiative du président Macky Sall, être systématiquement déclinées par une certaine opposition, et pourtant c’est du Sénégal qu’on parle. Espérons que les premiers barils puisés de notre sous-sol seront appréciés pour leur utilité dans notre progrès commun par nos politiques !

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