Guerre en Ukraine : la Russie financerait ses opérations grâce aux mines d’or de la République centrafricaine

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Guerre en Ukraine : la Russie financerait ses opérations grâce aux mines d’or de la République centrafricaine

 

La Russie est-elle en train de financer la guerre en Ukraine, grâce aux mines d’or en République centrafricaine ? Le groupe paramilitaire Wagner, lié à la Russie, serait sur le point d’y gagner près d’un milliard de dollars d’après les informations de Politico.

La présence du Groupe Wagner s’étend sur le continent africain. Cette milice privée est aussi pleinement engagé dans les combats sanglants de Bakhmout en Ukraine.

La Russie ne se cache d’ailleurs plus sur ses alliances économiques et militaires avec les pays africains, comme en témoigne la dernière tournée continentale du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Selon l’enquête du média américain Politico, qui a pu prendre connaissance d’informations confidentielles, Moscou finance même la guerre en Ukraine grâce aux mines d’or de la République centrafricaine.

Des sources bien informées

Les informations recueillies par Politico proviennent d’un câble diplomatique. Un câble diplomatique, c’est un texte crypté envoyé depuis une ambassade, par exemple, vers le ministère des Affaires étrangères de son pays.

Politico est un site d’information sur l’actualité de la Maison Blanche. On peut donc imaginer que ces informations sont issues, soit des officines américaines, soit que les autorités américaines les ont fait fuiter auprès du média américain. Politico cite ce câble diplomatique et « un officiel occidental » sans en dire plus.

On peut y lire que le Groupe Wagner serait en train d’étendre considérablement ses activités minières en République centrafricaine. Des activités qui pourraient lui rapporter jusqu’à un milliard de dollars. Un financement qui permettrait au groupe paramilitaire d’acheter de nouvelles armes et d’engager de nouveaux combattants… selon l’officiel occidental en question à Politico.

Les Américains craignent que cet argent gagné en République centrafricaine parte directement dans les caisses qui financent l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cet argent viendrait compenser en quelque sorte le manque à gagner créé par les sanctions économiques occidentales.

Ce qui reste compliqué à déterminer, c’est qu’on ne sait pas précisément quelle est la nature des liens entre le Groupe Wagner et le Kremlin. Et donc si l’argent que gagne Wagner est réinvesti dans ses troupes et ses moyens en Ukraine. Ou si l’argent va directement dans les caisses du Kremlin.

Une mine transformée en une véritable forteresse

Mais comment le Groupe Wagner gagnerait-il autant d’argent dans des mines en République centrafricaine ?

La situation décrite est un très bon exemple du modèle économique de Wagner, qui est une milice privée sans vraie existence légale. Les mercenaires de Wagner sont arrivés en Centrafrique en 2018, engagés officiellement pour protéger le régime. On voit régulièrement des militaires blancs, qui parlent russe, entourer les officiels du régime.

Mais comme le pays n’a pas les moyens de payer un tel service paramilitaire, en échange, le groupe Wagner reçoit des concessions dans des mines comme la mine d’or de Ndassima dans le centre du pays.

Quand Wagner en a hérité en 2021, elle était une petite mine artisanale. D’après le fameux câble diplomatique dont a pris connaissance Politico, le groupe paramilitaire en a fait un grand complexe avec huit zones de développement, dont la plus profonde plongerait à 60 mètres. La mine aurait été fortifiée, des ponts auraient été construits sur la rivière. Des camions surmontés de canons antiaériens seraient installés à des points de défense clé. Des installations qui auraient tendance à démontrer une implication à long terme de Wagner dans les mines centrafricaines.

La mine d’or de Ndassima le 19 mai 2014, dans l’est de la République centrafricaine.
La mine d’or de Ndassima le 19 mai 2014, dans l’est de la République centrafricaine. © Thierry Bresilion/Anadolu Agency/Getty Images

Une exploitation des ressources combinée à la propagande russe

Il n’y a pas que les ressources minières centrafricaines qui intéressent Wagner. La présence russe est accompagnée de tout un soft power. Comme l’explique reportage de Clément Di Roma et Carol Valade, Centrafrique : le soft power russe, diffusé en juin 2022, sur Arte, la Centrafrique est ancienne colonie française, qui a été aux prises avec une guerre civile. Les Russes de Wagner ont bouté les forces rebelles en 2021. Depuis, le pays est devenu le laboratoire d’une nouvelle propagande menée par la Russie, notamment auprès d’étudiants dans les universités, qui portent le message pro russe. Aujourd’hui, les Centrafricains manifestent drapeau russe au bout du bras, certains sont payés pour cela.

Tous ont les mêmes éléments de langage qui reviennent : un film d’action russe a été tourné en Centrafrique au moment où les rebelles ont été boutés, ce qui glorifie l’intervention des militaires de Wagner en Centrafrique.

Le fait qu’il y ait des techniques de propagandes particulières en Centrafrique, liées à la fameuse milice privée, n’est guère étonnant. L’oligarque russe qui est à la tête du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, finançait à l’époque l’Internet Research Agency, célèbre usine à trolls de Saint-Pétersbourg soupçonnée d’être à la base de ce qu’on a appelé la tentative d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Réputée bras de la propagande en ligne du Kremlin. On a vu un des proches de Prigogine, Dmitri Sityi, spécialiste des opérations d’influence politique, en République centrafricaine. D’après une enquête du Monde, cet homme est à la tête d’une société enregistrée en 2017 en Centrafrique… pour exploiter des mines.

https://www.rtbf.be

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