Gabon, Soudan, Wagner… Entre Touadéra et Macron, coulisses d’une nouvelle rencontre à Paris

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Gabon, Soudan, Wagner… Entre Touadéra et Macron, coulisses d’une nouvelle rencontre à Paris

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra est reçu, ce 17 avril, par son homologue français Emmanuel Macron. Une deuxième entrevue en moins d’un an, grâce à quelques personnalités qui parient sur un rapprochement entre Paris et Bangui.

Mathieu Olivier
Publié le 17 avril 2024

Une nouvelle fois, Faustin-Archange Touadéra est en visite à Paris. Le 16 avril, le président de la Centrafrique est arrivé en France, avant d’être reçu dès ce 17 avril par son homologue Emmanuel Macron. La deuxième rencontre entre les deux chefs d’État en à peine six mois, puisqu’ils s’étaient déjà entretenus à l’Élysée en septembre dernier.
Le président centrafricain a notamment été accueilli à Paris par l’homme d’affaires Dimitri Mozer, par ailleurs consul de la Centrafrique en Belgique. Ce Belge, qui a commencé à travailler avec la Centrafrique sous François Bozizé, est l’homme de confiance en Europe de Faustin-Archange Touadéra, pour qui il organise des séjours publics ou privés, à Bruxelles ou à Paris.
Au programme des échanges avec Emmanuel Macron figuraient plusieurs dossiers d’importance, comme la crise au Soudan. La guerre entre les généraux Hemetti et al-Buhrane, débutée il y a un an, a fait l’objet d’une conférence des donateurs à Paris, le 15 avril, et la diplomatie française espère contribuer à relancer les efforts de médiation et l’aide humanitaire.

Prince Borel Yaounga Yiko, catalyseur d’un éventuel rapprochement

La situation au Gabon, où le général Brice Clotaire Oligui Nguema a renversé Ali Bongo Ondimba, le 30 août 2023, est également au programme des discussions. Faustin-Archange Touadéra a, en effet, été nommé facilitateur de la Communauté économique des États d’Afrique centrale dans ce dossier. Le Centrafricain entretient en outre de bons rapports avec son nouvel homologue à Libreville.
Faustin-Archange Touadéra s’appuie pour cela sur l’un de ses ministres et conseillers, Prince Borel Yaounga Yiko. Spécialiste du renseignement numérique, ce dernier est d’origine gabonaise et a été formé à l’université Omar-Bongo et à l’Institut de formation d’informatique appliqué et de gestion, à Libreville. Il entretient de solides réseaux au Gabon.
Alors qu’il avait assisté à la rencontre entre Faustin-Archange Touadéra et Brice Clotaire Oligui Nguema, en septembre dernier, Prince Borel Yaounga Yiko – qui a aussi tissé des liens avec des acteurs du renseignement en France – est, là encore, très impliqué dans cette entrevue du président centrafricain avec Emmanuel Macron.
Depuis plusieurs mois, le ministre tente de jouer la carte d’un possible rapprochement entre Bangui et Paris, voire, au-delà, avec les Occidentaux. Il a notamment été l’un des acteurs de l’implantation – pour le moment avortée – de la société américaine de sécurité privée Bancroft Global Development, dont le directeur pour l’Afrique est le Français Richard Rouget.

Sous l’œil vigilant de Moscou

Dans ce dossier, qui avait commencé à prendre forme mi-2023, Prince Borel Yaounga Yiko avait notamment travaillé avec Alexandre Benalla, ancien collaborateur d’Emmanuel Macron, et la femme d’affaires française Pascale Jeannin Perez. La publicité de cet activisme pro-occidental a cependant fini par lui valoir des ennuis à Bangui avec les alliés russes de Faustin-Archange Touadéra.
En janvier, Prince Borel Yaounga Yiko a quitté la Centrafrique pendant plusieurs semaines, officiellement pour raisons médicales. Mais, selon nos informations, il aurait en réalité préféré s’éloigner de la capitale pour laisser retomber les tensions apparues avec les anciens mercenaires russes du groupe Wagner
Ces derniers, toujours très implantés à Bangui, poursuivent leurs activités autour de Faustin-Archange Touadéra, bien qu’ils aient été repris en main depuis la mort, en août 2023, de leur ancien financier, Evgueni Prigojine, par le ministère de la Défense et les renseignements militaires de la Russie.
Prince Borel Yaounga Yiko n’a toutefois pas abandonné l’idée de bénéficier d’un éventuel rapprochement entre la Centrafrique et la France. Prudent, le ministre se garde la possibilité de jouer sur les deux tableaux, russe et français. Il est lui-même à la tête d’une société de sécurité privée à Bangui, laquelle collabore, entre autres, avec les ex-mercenaires de Wagner.

Pascal Jeannin Perez, la dame de l’ombre

Si Prince Borel Yaounga Yiko peut jouer la carte française, c’est en grande partie grâce à l’activisme d’une de ses proches connaissances : Pascale Jeannin Perez. Très impliquée en Afrique centrale aux côtés de son fils, Lucas Perez, elle s’est imposée dans l’entourage de Faustin-Archange Touadéra, qu’elle conseille à l’occasion.
Coapporteuse d’affaires pour Bancroft Global Development – en vain pour l’instant, la société américaine ayant échoué à s’implanter face aux Russes de l’ex-groupe Wagner –, elle espère obtenir par son activisme des accès à des contrats miniers en Centrafrique et s’est rendue régulièrement à Bangui.
Ces dernières semaines, Pascale Jeannin Perez a favorisé la réception à l’Élysée de Faustin-Archange Touadéra. La femme d’affaires – qui dispose d’au moins deux sociétés pour travailler en Afrique, Imperator Resources et International Services Corporation –, est notamment proche de la première dame française, Brigitte Macron.

Elle entretient également de bons rapports avec Maurice Gourdault-Montagne, ancien ambassadeur de France qui avait été nommé secrétaire général du ministère des Affaires étrangères par Emmanuel Macron, en 2017, et Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ex-chef de la diplomatie française.
C’est en partie grâce à ce réseau que Pascale Jeannin Perez aurait contribué à la seconde rencontre, ce 17 avril, des présidents Macron et Touadéra en à peine six mois. Une partie de la diplomatie française était pourtant réticente. Après le tête-à-tête de septembre dernier, Paris n’avait pas obtenu d’avancées majeures à Bangui, où l’influence de la Russie, qui a aussi continué à avancer ses pions au Sahel, reste prépondérante.
Quelques jours après son premier passage à l’Élysée, Faustin-Archange Touadéra recevait, le 2 octobre, chez lui, en Centrafrique, Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense, et Andreï Averyanov, général des renseignements militaires de Russie, pour renouveler son partenariat avec Moscou. Une séquence symbolique, pour nombre d’observateurs, du jeu de dupes auquel s’adonne le Centrafricain.

JA

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