FELIX TSHISEKEDI CHEZ DEBY FILS : Des lauriers pour un faiseur de paix en guerre

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FELIX TSHISEKEDI CHEZ DEBY FILS : Des lauriers pour un faiseur de paix en guerre

 

En visite d’Etat au Tchad où il est arrivé le 24 juin dernier, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisékédi, a été honoré par son homologue tchadien nouvellement élu, Mahamat Idriss Deby Itno, qui l’a élevé à la Dignité de Grand-Croix de l’Ordre national du Tchad. Une distinction honorifique, la plus prestigieuse du pays, qui se veut un geste de gratitude à l’endroit du facilitateur désigné de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), pour ses efforts et son rôle, ô combien, inestimables dans l’accompagnement de la transition, après les événements sanglants d’octobre 2022. En rappel, à l’appel de l’opposition et de la société civile, de nombreux Tchadiens étaient descendus dans la rue, le 20 octobre 2022, date de la fin officielle des dix-huit mois de transition entamés par Deby fils au lendemain de la mort brutale de son père, le maréchal Idriss Deby Itno, pour exprimer leur refus de la prolongation annoncée de ladite transition de vingt-quatre mois. Les manifestations d’alors, interdites par le pouvoir, avaient fait l’objet d’une répression sanglante qui avait laissé pas moins d’une cinquantaine de macchabées sur le carreau et fait des centaines de blessés. Une répression féroce qui avait créé l’émoi au Tchad et déclenché une vague d’indignation à travers le monde.

 

Tout est bien qui finit bien pour Déby fils

 

 C’est dans ce contexte que réunis en sommet extraordinaire au lendemain de ces événements tragiques survenus au Tchad, les chefs d’Etat de la CEEAC avaient désigné leur pair de la RDC, Félix Tshisékédi, fraîchement déchargé de ses fonctions de président de l’Union africaine (UA), « facilitateur » de la crise politique au Tchad avec pour mission essentielle de ramener la paix et de remettre le processus de la transition sur les rails. Une mission, au regard de la suite des événements, largement réussie par le chef de l’Etat congolais qui a su travailler à rapprocher les frères ennemis tchadiens autour de l’essentiel, pour créer les conditions de retour du pays à l’ordre constitutionnel. Au nombre de ses hauts faits de…paix, le retour de l’opposant Succès Masra au bercail, au terme d’un accord d’amnistie conclu avec l’homme fort de Ndjamena, le Général Mahamat Idriss Deby Itno qui ne manquera pas l’occasion de s’attacher la fidélité de son opposant le plus farouche propulsé du jour au lendemain au poste de Premier ministre. Et ce, en remplacement d’un autre faucon vindicatif antérieurement domestiqué en échange d’un strapontin, en la personne de Saleh Kebzabo. Toujours est-il qu’avec la présidentielle du 6 mai dernier marquant la fin de la transition, tout est bien qui finit bien pour Déby fils qui aura atteint son objectif, en réussissant à légitimer son pouvoir par les urnes. Et au-delà du renforcement des relations de coopération bilatérale entre le Tchad et la RDC, cette distinction honorifique décernée à Fashi par le prince régnant de Ndjamena, se veut une juste récompense pour ses efforts en faveur de la paix et de la stabilité d’une transition qui était loin d’être un fleuve tranquille.

 

Ndjamena valait bien un détour pour le président Tshisékédi

 

C’est dire tout le satisfecit des autorités tchadiennes qui ne se sont pas contentées de dérouler le tapis rouge au maître de Kinshasa, mais qui ont aussi rebaptisé une avenue à son nom. Autant dire que Ndjamena valait bien un détour pour le président Tshisékédi qui récolte au passage les lauriers de son action. Une situation qui ne manque cependant pas d’interpeller. D’autant plus que ce faiseur de paix sous d’autres cieux, a lui-même besoin de pompiers pour éteindre l’incendie de la guerre qui consume son pays depuis plusieurs années. Mais encore faudrait-il que le chef de l’Etat congolais soit dans des dispositions d’esprit pour négocier avec ses adversaires. Lui qui rejette catégoriquement toute idée de discussions avec le M23, du nom de cette rébellion armée qui crée des misères aux populations civiles et à l’armée congolaise dans l’Est du pays, et qu’il ne veut pas voir, même en peinture. Lui encore qui ne décolère pas contre son voisin rwandais, accusé de soutenir le M23 avec armes et combattants. Des accusations balayées du revers de la main par le président Paul Kagamé qui nie toute implication de son pays dans les tensions au Nord-Kivu où s’affrontent l’armée congolaise et les rebelles du M23. Toujours est-il que si par son entregent, les vertus du dialogue ont pu produire des effets au Tchad, Félix Tshisékédi gagnerait à s’inspirer de cette expérience pour travailler à ramener la paix dans son propre pays. Il lui appartient donc de descendre de son piédestal pour tendre la main à ses adversaires qui devraient en faire autant, dans un contexte où les Forces armées nationales ont de la peine à prendre militairement le dessus sur les groupes armés rebelles. En tout état de cause, si la paix en RDC est à ce prix, Tshisékédi devra se résoudre, d’une façon ou d’une autre, à le payer sous peine de voir se prolonger les souffrances de son peuple qui paie déjà un lourd tribut à cette guerre injuste qui lui a été imposée. Pour en revenir au Tchad, il revient au président Mahamat Idriss Deby Itno, de savoir tirer leçon de l’histoire tumultueuse de son pays pour travailler à éviter les erreurs qui ont engendré les frustrations d’hier. Car, il est bien connu l’adage selon lequel « les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ».

 

 « Le Pays »

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