EXACERBATION DES TENSIONS ENTRE BAMAKO ET LA CSP-PSD : Que peut encore la communauté internationale ?

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Au Mali, la tension n’est pas près de retomber entre les rebelles du Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PSD) et Bamako qui a procédé, le 7 novembre dernier, à des frappes aériennes sur Kidal, après le départ, une semaine plus tôt, de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Un bombardement qui a fait une dizaine de morts dont des enfants, à en croire certaines sources. Le casus belli qui a déclenché les hostilités, est l’occupation illico presto, du camp de la force onusienne par les séparatistes du Nord qui ne voyaient pas d’un bon œil sa rétrocession aux Forces armées maliennes (FAMa). La question qui se pose est la suivante : jusqu’où ira l’escalade ? Et surtout si ces premiers bombardements de la ville rebelle par les FAMa, annoncent le début de la bataille de Kidal que tout le monde redoute, mais voit venir en raison de l’exacerbation des tensions sur fond de discours guerriers, après le déterrement de la hache de guerre par les rebelles du Nord.

 

Il est impératif de trouver un cadre de concertation en vue de trouver une solution négociée à la crise

 

La question est d’autant plus fondée que le retrait précipité de la MINUSMA du camp stratégique de Kidal, dans les conditions que l’on sait, a mis face à face, l’armée malienne, qui croit tenir l’occasion rêvée de rétablir son autorité sur la ville rebelle du Nord, et les séparatistes du Nord toujours mus par les mêmes idées indépendantistes qui les ont poussés à adopter cette attitude d’insoumission vis-à-vis de l’autorité centrale. C’est dire si au-delà du symbole, la prise de Kidal semble un enjeu majeur d’affirmation de sa souveraineté pour Bamako. Tout comme son inexpugnabilité reste un défi capital pour les rebelles qui ont fait de la ville leur bastion de la résistance et le symbole de leur volonté d’autodétermination. Autant dire que le retrait des forces internationales pourrait marquer un tournant dans la crise malienne où le dialogue semble rompu entre les deux parties. Et il faut craindre que l’on n’assiste à une véritable boucherie humaine si les parties au conflit devaient céder à leurs pulsions bellicistes dans l’espoir d’une victoire militaire sur le terrain. Le Mali n’a pas besoin de ça ! C’est pourquoi, dans ce contexte hautement préoccupant où les risques d’affrontements semblent se préciser, il est impératif de trouver un cadre de concertation en vue de trouver une solution négociée à la crise. Et cette interpellation à ne pas abandonner le Mali à son sort, est d’autant plus forte que l’accord de paix d’Alger, qui entretenait encore l’espoir d’une sortie de crise, semble aujourd’hui à l’agonie. Mais que peut encore la communauté internationale au pays de Soundiata Keïta ?

 

Même si la force venait à triompher, il faut croire que Kidal restera toujours cette plaie dans le pied de Bamako

 

La question se justifie d’autant plus qu’au regard de l’évolution de la situation sur le terrain, la confiance semble aujourd’hui rompue entre Bamako et des institutions comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE), l’Organisation des nations unies (ONU), entre autres, qui ont généralement vocation à jouer les médiateurs en pareilles circonstances. Et ces organisations continentales et internationales sont aujourd’hui tellement en froid avec Bamako que l’on se demande si elles peuvent encore jouer un rôle crédible dans la pacification du Mali. Pendant ce temps, l’Algérie qui s’était portée garante des accords de paix de 2015, pour rabibocher les frères ennemis maliens dans l’espoir de les amener à fumer le calumet de la paix, n’est pas loin de se sentir payée en monnaie de singe au regard du sort réservé à cet accord qui est aujourd’hui l’objet de profonds désaccords entre les protagonistes. D’où viendra alors la solution ? La question reste posée. D’autant qu’une éventuelle victoire militaire d’un camp sur l’autre, pourrait, pour le moins, être un mal pour un bien si cela peut contribuer au retour de la paix et au silence des armes. Mais cela résoudra-t-il pour autant la crise malienne ? Rien n’est moins sûr. C’est pourquoi il appartient aux protagonistes de savoir mettre de l’eau dans… leur thé, et travailler à trouver une solution politique et un modus vivendi, dans l’intérêt supérieur de leur pays commun : le Mali. Et plus tôt ils le feront, mieux cela vaudra. Autrement, même si la force venait à triompher, il faut croire que Kidal restera toujours cette plaie dans le pied de Bamako. C’est dire si de part et d’autre, il faut savoir raison garder.  En tout état de cause, toute guerre, dit-on, finit toujours autour d’une table de négociations. Et les Maliens gagneraient à anticiper en engageant résolument un dialogue franc et sincère qui semble la seule voie de sortie crédible pour leur pays déjà suffisamment éprouvé par le péril djihadiste. En attendant, la peur gagne la ville et Kidal retient son souffle.

 

 

 « Le Pays »

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