Ex-Total Centrafrique : le ministre de l’énergie contrarie les plans de Rochefort International

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Ex-Total Centrafrique : le ministre de l’énergie contrarie les plans de Rochefort International

La banque d’affaires basée à Paris peine à relancer l’ex-filiale de TotalEnergies en RCA. Bertrand Arthur Piri a décidé de privilégier un fournisseur de carburant exclusif, le pétrolier camerounais Neptune Oil, rognant les marges du distributeur.

Neptune Oil a damé le pion à la banque d’affaires Rochefort International. Alors que cette dernière avait racheté en juillet la filiale Total Centrafrique, rebaptisée Tamoil RCA, le marketeur camerounais a entre-temps obtenu du ministre de l’énergie, Bertrand Arthur Piri, l’exclusivité de l’importation des produits pétroliers dans le pays.

Cette décision a été rappelée par le directeur de cabinet du ministère de l’énergie, Gérard Zounguere-Ouilikon, dans un document officiel daté du 1er février 2024 et adressé à Ernest Bata, le directeur général de la Société centrafricaine de stockage des produits pétroliers (Socasp). « Aucune dérogation », précise le fonctionnaire, ne sera accordée aux autres marketeurs voulant importer du carburant.

La directive du ministre, proche neveu du président Faustin-Archange Touadéra, place le fondateur de Neptune Oil, le Camerounais Antoine Ndzengue, dans une situation de monopole, quand bien même le terme n’est jamais employé dans les documents officiels. À l’inverse, Rochefort International voit ses marges considérablement réduites. Le distributeur se trouve pris en étau entre un marketeur unique et des prix de vente réglementés par l’État.

Cargaison bloquée

Cette situation est le résultat d’une « convention exclusive » d’une durée de dix ans signée entre Neptune Oil et l’État centrafricain, ayant pris effet le 1er décembre 2023. En plus d’approvisionner le pays en produits pétroliers et gaz domestique, le groupe s’est engagé à améliorer les capacités de stockage de la Socasp. Le nouveau patron de l’ex-Total Centrafrique, Enguerrand Rochefort, et Antoine Ndzengue avaient pourtant travaillé ensemble au rachat de la filiale centrafricaine. Ce dernier avait même intégré le conseil d’administration de Tamoil RCA fin août. Contactés, ni le banquier d’affaires parisien ni le pétrolier camerounais n’ont souhaité commenter.

Conséquence de ce contrat d’exclusivité, une cargaison de 1 000 tonnes de carburant Jet A-1, importée par Tamoil RCA via un autre marketeur, est bloquée au port de Bangui depuis plusieurs semaines. Une péripétie de plus pour Rochefort International, qui avait déjà été contraint de négocier concernant une importante ardoise fiscale avec l’État centrafricain (AI du 05/12/23).

Marché informel

La mission du Fonds monétaire international (FMI) qui s’est rendue à Bangui du 5 au 9 février pour effectuer une revue dans le cadre de la facilité élargie de crédit (FEC) de 191 millions de dollars, signée en avril 2023, s’est longuement penchée sur le dossier. Pour cause, la fiscalité sur la vente de carburants représente habituellement un tiers des recettes de l’État centrafricain.

Or, selon un rapport établi par la mission et envoyé au premier ministre, Félix Moloua, cette part est actuellement descendue à 10 %. Le monopole de fait accordé à Neptune Oil a eu pour conséquence de faire exploser le marché informel, ce dernier représentant désormais 40 % des ventes de carburant dans le pays.

AI

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