Etats – Unis : vers une nouvelle coopération sécuritaire

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Vers une nouvelle coopération sécuritaire

Face aux défis de stabilité actuels, l’administration américaine promeut une coopération sécuritaire pour s’attaquer aux causes structurelles du terrorisme et lutter contre les activités des groupes armés qui sapent la stabilité des Etats africains. Cette nouvelle approche américaine est une aubaine pour l’Afrique, qui est traversée par des crises multiformes : rébellion, criminalité transnationale organisée, terrorisme, grand banditisme, etc.

La République centrafricaine est empêtrée dans des conflits depuis que l’opposition armée de la Séléka s’est emparée de la capitale, Bangui. Elle peine toujours à se relever des démons de la violence malgré la présence de la MINUSCA. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est tiraillée entre les forces du gouvernement d’union nationale et les forces du maréchal Haftar, qui contrôle l’Est du pays. Le Soudan et le Soudan du Sud se disputent le contrôle de régions frontalières riches en pétrole. L’ancienne rébellion du Mouvement du 23 Mars (M23) a repris les armes dans la province du Nord-Kivu contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) qui accuse le Rwanda voisin de la soutenir. A l’extrême Nord de l’Ethiopie, l’armée loyaliste et les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) s’entredéchirent. La Somalie a été minée pendant des décennies par des violences tribales avant de céder en 2004 à l’insurrection menée par l’Union des Tribunaux islamiques. Des combattants djihadistes Al Shabab attaquent le Mozambique et menacent la stabilité de ce pays très riche en énergies fossiles. Les activités terroristes de Boko Haram qui en flamment l’Etat du Borno au Nigéria se sont propagées sur les pays frontaliers du Cameroun, du Niger et du Tchad, plongeant ainsi la région du bassin du lac Tchad dans l’œil du cyclone djihadiste. Les groupes armés affiliés à l’Etat islamique et à Al-Qaïda au Maghreb islamique ont transformé la face du Sahel, au point de faire basculer le Mali et le Niger parmi les pays du monde qui ont les indices de terrorisme les plus élevés, selon les données recueillies par le National Consortium for the Study of Terrorism de l’Université du Maryland. Dans le classement 2021 de l’Université nord-américaine, le Burkina Faso occupe le quatrième rang mondial derrière l’Afghanistan, l’Iraq et la Somalie.

Au vu de ce qui précède, il ressort que les impératifs sécuritaires doivent être pris en charge si les Etats-Unis veulent bâtir avec l’Afrique un partenariat économique mutuellement bénéfique. Pour cela, ils doivent s’appuyer sur deux leviers essentiels : AFRICOM et la Force africaine en attente (FAA)

Le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) est le dernier-né des centres de commandements militaires opérationnels mis en place à travers le monde par le département de la Défense américain. Les intérêts géostratégiques américains limités sur le continent justifient sans doute le placement de l’Afrique sous la tutelle du commandement européen des forces armées américaines basé à Stuttgart en Allemagne. S’il en est ainsi, c’est parce que les pays africains ont gardé avec la France des liens qui laissent aux autres puissances étrangères une marge de manœuvre très réduite en termes de coopération militaire. Alain Fogue Tedom évoque aussi la perception négative qu’ont les Etats-Unis du monopole politique et économique des anciennes puissances coloniales sur l’Afrique. Plus précisément, il estime que la dimension géostratégique de la contestation de la tutelle de la France par Washington est sans ambiguïté, surtout que la libre concurrence politique et économique en Afrique et ailleurs dans le monde était actée depuis la fin de la guerre froide.

Cette prise de position américaine est d’autant plus avérée que l’alliance historique entre la France et les Etats-Unis n’avait pas empêché le Président Biden de torpiller le contrat de fourniture de douze sous-marins à propulsion conventionnelle d’une valeur de 56 milliards d’euros, signé entre la France et l’Australie depuis 2016, et de négocier avec cette dernière un nouvel accord commercial pour la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire, conçus à l’aide de technologies de pointe américaines et britanniques. L’annulation du contrat « future submarine programme » avait provoqué une réaction colérique de l’ancien Ministre français de l’Europe et des Affaires Etrangères qui s’est publiquement réjoui, quelques mois plus tard, de la défaite électorale du Premier ministre australien Scott Morrison, qu’il accusait d’avoir unilatéralement rompu le contrat. La défaite récente de l’Australie face à la France lors de la World Cup au Qatar par un score de 4-1, doit également « très bien convenir » à monsieur Jean Yves Le Drian.

Par ailleurs, les Etats-Unis doivent faire preuve de plus d’audace et de cohérence dans leur nouvelle stratégie africaine de sécurité en dotant AFRICOM d’un siège dans un pays africain comme le Sénégal. Un poste de commandement américain plus proche des théâtres d’opérations offre l’avantage de renforcer le sentiment de sécurité de leurs partenaires africains, des Américains établis en Afrique et de conjurer la menace terroriste. Le Trans-Sahara Counterterrorism Partnership (Partenariat Transsaharien contre le Terrorisme) propose déjà un cadre de coopération sécuritaire avec les pays du Maghreb et du Sahel dans les domaines de la surveillance des frontières, de la lutte contre le financement du terrorisme et du renforcement des capacités opérationnelles des forces armées africaines.

L’expertise américaine en matière de médiation internationale a récemment fait parler d’elle avec l’accord historique entre le Liban et Israël sur leur différend maritime frontalier, ayant abouti au partage des gisements gaziers de Cana et de Karish en Méditerranée orientale. La pacification des frontières maritimes communes aux deux pays officiellement en guerre illustre le savoir-faire américain en matière de règlement de conflits, comme ceux qui déchirent l’Afrique. Ce succès diplomatique coïncide avec l’accord de cessation des hostilités conclu à Pretoria entre le gouvernement éthiopien et les rebelles du Tigré, grâce à la médiation du représentant de l’UA pour la Corne de l’Afrique. Ces belles réussites dans la grisaille diplomatique mondiale démontrent que les Etats-Unis et l’UA peuvent peser de tout leur poids pour mettre fin à des conflits meurtriers, trouver des compromis entre les Etats belligérants et les engager sur le chemin d’une paix durable.

La Force africaine en attente (FAA) doit prendre part à la nouvelle stratégie de sécurité outre-Atlantique pour entrer dans une phase opérationnelle vingt ans après son lancement et asseoir un cadre d’intervention militaire mieux adapté et immédiatement opérationnel, afin de faire face aux nombreuses crises sécuritaires sur le continent africain, notamment dans les pays en proie à des oppositions asymétriques.

Shakira interprétait en 2010 l’hymne officiel de la Coupe du monde de football intitulé « This Time for Africa », avec les groupes camerounais Golden Sounds et sud-africain Freshly Ground et magnifiait par la même occasion le pouvoir du football d’unir les peuples autour d’une passion commune.

Le Président Obama avait bien compris que les nouvelles dynamiques en Afrique étaient porteuses de changements qui allaient bousculer les grands équilibres géopolitiques. Sur la tribune de l’Union africaine, cinq années après Shakira, il s’exprimait en ces termes: « Je crois que l’essor de l’Afrique n’est pas seulement important pour l’Afrique, il l’est pour le monde entier. Nous ne serons pas en mesure de relever les défis de notre époque – de la garantie d’une économie mondiale forte à la lutte contre l’extrémisme violent, à la lutte contre le changement climatique, à l’élimination de la faim et de l’extrême pauvreté – sans les voix et les contributions d’un milliard d’Africains. »

Par Amadou Tidiane Cissé

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