En Centrafrique, une étrange coalition militaire pour défendre le pouvoir

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United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in the Central African Republic (MINUSCA) soldiers patrol in PK12, 12 kilometres from downtown Bangui, where fighting raged against the rebels of the Coalition of Patriots for Change (CPC) and loyalist forces, in Bangui, on January 13, 2021. - Rebel forces in the Central African Republic on January 13, 2021 launched two attacks close to the capital Bangui that were swiftly repelled, Central African Republic Interior Minister Henri Wanzet Linguissara said. (Photo by FLORENT VERGNES / AFP)

En Centrafrique, une étrange coalition militaire pour défendre le pouvoir

Dans un pays contrôlé aux deux tiers par les groupes armés, la Minusca, des soldats rwandais et des paramilitaires russes combattent ensemble pour le régime du président fraîchement réélu, Faustin-Archange Touadéra.

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Publié hier à 19h00, mis à jour à 09h32

Temps de Lecture 4 min.

 

Une patrouille de casques bleus de la Minusca au point kilométrique 12 (PK 12), à Bangui, capitale de la Centrafrique, le 13 janvier 2021.

Analyse. Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, a finalement remporté son pari. Sa réélection au premier tour, avec 53 % des suffrages, a été confirmée lundi 18 janvier par la Cour constitutionnelle, mais son assise est fragile. Seuls 35 % des inscrits ont pu s’exprimer. Cinq jours avant la proclamation de sa victoire, une première vague rebelle est allée menacer le pouvoir à ses portes. L’attaque de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), mercredi 13 janvier, est venue mourir dans les quartiers périphériques de Bangui. Selon le bilan officiel, trente assaillants et un casque bleu ont été tués.

La stratégie des insurgés interroge encore. Déjà maîtres de plus des deux tiers du territoire, les groupes armés qui composent cette alliance entendent-ils conquérir par les armes la capitale ou resserrer l’étau autour de celle-ci pour mieux négocier ? L’un de leurs chefs militaires admet que « quelque chose n’a pas marché, un problème de coordination », mais que « des renforts font mouvement en direction de Bangui ».

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Selon une bonne source, les groupes 3R (Retour, Réclamation et Réhabilitation) et UPC (Unité pour la paix en Centrafrique) ont bien joué leur partition en attaquant respectivement les entrées sud-ouest et nord de la ville, mais les anti-balaka, proches de l’ancien président François Bozizé, ne seraient pas passés à l’action dans les quartiers qu’ils ont infiltrés. De quoi susciter de premières tensions internes.

Pour défendre les institutions et combattre cette étrange coalition où se retrouvent des ennemis d’hier et des habitués de tous les coups d’Etat réussis ou manqués qu’a connus la Centrafrique depuis 2003, une non moins étrange alliance est à l’œuvre. S’y retrouvent près de 12 000 casques bleus, des centaines de soldats rwandais déployés en décembre 2020 dans le cadre d’un accord bilatéral, un nombre indéterminé de paramilitaires russes de la société Wagner et, dans une moindre mesure, la France, dont deux Mirage sont par deux fois allés survoler les troupes rebelles.

« Une Minusca obsédée par les élections »

Au-devant de la scène, la Minusca – la mission des Nations unies – est apparue comme la principale promotrice des élections générales du 27 décembre. Environ 30 millions d’euros ont été investis dans leur organisation, dont 20 millions par l’Union européenne, pour un résultat contestable. Là où les élections n’ont pas été empêchées par la rébellion, la sincérité des scores est sujette à caution. Aucun bureau de vote n’a publié ses résultats et le nombre de votes par dérogation a laissé circonspects plusieurs experts électoraux.

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Même si les expériences passées ont montré que les joutes électorales n’étaient d’aucune utilité pour sortir d’un conflit, « la Minusca est depuis des mois obsédée par les élections et un report aurait été vécu comme un échec, décrypte un observateur étranger. Elle s’est mise dans une posture de soutien total à ce processus en affirmant que la situation était sous contrôle. Elle s’est piégée elle-même et se retrouve désormais face à sa seule possibilité qui est de collaborer avec des mercenaires russes et le gouvernement. »

Au Conseil de sécurité et chez certains pays contributeurs de troupes, des dents grincent devant la collaboration de la force de l’ONU avec des soldats de fortune réputés proches du Kremlin et des autorités centrafricaines qui se raidissent.

Soldats rwandais et paramilitaires russes

En dépit des formations étrangères, seules quelques unités centrafricaines ont participé au combat. L’essentiel de la protection du régime est laissé aux mains des soldats rwandais et des troupes privées russes. Si, pour les premiers, se pose la question de leur collaboration avec leurs concitoyens engagés sous la bannière de l’ONU, les interrogations sont encore plus fortes concernant l’implication de Moscou dans la crise centrafricaine.

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La Russie, qui a commencé à s’investir dans ce pays fin 2017, a renforcé en décembre sa présence avec « 300 instructeurs militaires »« Personne n’est dupe sur leur fonction réelle, mais personne n’a osé rien dire car il s’agissait de défendre les institutions », relate l’observateur précédemment cité. Mercredi 13 janvier, devant le Conseil de sécurité, la Russie a fait savoir qu’elle réduisait officiellement la voilure en rapatriant ces soldats et quatre hélicoptères qu’elle avait déployés chez son nouvel allié africain.

Cependant, selon plusieurs sources, deux autres hélicoptères, dont un Ecureuil, ont été laissés sur place et le départ de Wagner n’est pas annoncé. Alors que des soupçons de bavures pèsent sur les paramilitaires russes à Grimari et dans les environs de Boda, « la formalisation du lien avec Bangui, que nous espérions, ne semble pas être la direction choisie par Moscou », s’inquiète un diplomate.

Aucune importance géostratégique

Dans ce contexte délétère, la France, longtemps toute-puissante dans son ancienne colonie, semble aujourd’hui paralysée. Accusée par des cercles proches du pouvoir d’appuyer en sous-main la rébellion, Paris a affiché publiquement son appui à Faustin-Archange Touadéra. Par deux fois, Emmanuel Macron l’a appelé pour lui signifier son soutien. Des Mirage ont survolé les positions de la CPC.

« La France est coincée. Elle est allée très loin dans son soutien à Touadéra, car elle a le sentiment qu’en s’opposant aux autorités elle sera mise dehors par les Russes et les Chinois, analyse Roland Marchal, du Centre de recherches internationales. La Centrafrique est un dossier où elle ne peut prendre que des coups mais, n’ayant pas d’intérêt sur place, elle aurait au moins pu défendre la qualité du processus électoral. »

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Devant l’arrivée de ces nouveaux acteurs, les pays de la région, en premier lieu le Tchad et le Congo-Brazzaville, restent discrets, se contentant de dénoncer les tentatives de prise de pouvoir par la force et appelant au dialogue entre les parties en conflit. Nombre d’observateurs estiment cependant que, si le conflit s’enlise, ces deux voisins, toujours influents, pourraient être tentés de soutenir les rebelles contre ces nouveaux venus. La Centrafrique deviendrait alors le théâtre d’une véritable crise internationale, un paradoxe pour un pays qui, dans l’acceptation générale, n’a aucune importance géostratégique.

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