Elections 2020 – 2021 : le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et l’Eglise catholique démissionnaires et complices d’une crise post – électorale

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Le 19 février 2018, lors d’une conférence de presse, la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la Cenco, avait retenti dans le cœur de tous les chrétiens du monde entier comme un appel à la responsabilité depuis l’histoire tragique et immortelle du Golgotha, au combat pour le mystère éternel de la vie et contre la souffrance de tous les êtres humains, « par la croix et la roue, par le feu et le pal, par la hache et la corde », comme l’avait dit Pierre Emmanuel. Babel. 243 s

Ce jour – là, ces dignes et intrépides successeurs de l’apôtre Paul ont souligné solennellement que « l’Église n’est inféodée à aucune organisation politique. Sa seule préoccupation, c’est de contribuer au bien-être du peuple congolais tout entier, à la sauvegarde et à la promotion de la dignité de la personne humaine, au respect de la vie, des libertés et des droits fondamentaux ». Ils ont relevé et condamné la répression sanglante des marches pacifiques du 31 décembre 2017 et du 21 janvier 2018 organisées par le Comité laïc de coordination et la campagne de dénigrement et de diffamation visant à affaiblir la force morale de l’Église catholique. Ils se sont inquiétés de l’insécurité grandissante dans certaines provinces de la RDC. Cet engagement christique, ils ne l’ont pas seulement proclamé par la parole ; ils l’ont traduit en actes, en organisant des réunions de conscientisation et d’éveil de leurs fidèles, d’une part, et des marches pacifiques, d’autre part, au cours desquels des prêtres et des chrétiens ont été arrêtés, torturés et tués.

Dans un article intitulé « RDC : S’il y a des élections, on remerciera Dieu », publié le 8 août 2018 par l’envoyée spéciale du journal Libération, l’on pouvait lire ce qui suit :

« L’abbé Aimé Lusambo est sur ses gardes. Les cloches sonnent à la sortie de la messe, des fidèles bavardent. Encore vêtu de sa robe blanche, après quelques poignées de mains, il rejoint directement l’annexe située derrière l’église Saint-François-de-Sales, dans un quartier populaire de Kinshasa, la capitale de la république démocratique du Congo. Ici, le 21 janvier, des paroissiens armés de chapelets, de crucifix et de bibles s’étaient rassemblés et se préparaient à marcher pour «libérer l’avenir» du pays, selon le mot d’ordre. La police a ouvert le feu. Une femme de 24 ans est tombée, une balle dans le cœur, selon des témoins. «Elle a été tuée juste devant l’église, raconte le prêtre. Nous avons voulu nous exprimer, et le sang d’innocents a coulé.» L’abbé dit avoir reçu des menaces et être «surveillé», mais sa position reste ferme. «On ne peut pas étouffer un peuple pendant longtemps, dit-il, en haussant la voix. C’est le rôle de l’Eglise d’encourager ses fidèles à se lever, pour dire à ceux qui nous dirigent qu’ils doivent le faire selon les valeurs chrétiennes que nous défendons, dans l’intérêt de tout le monde, pas seulement de quelques puissants devenus insolemment riches.»

Plus tard, en réaction à la déclaration de candidature du président Joseph Kabila dont le deuxième et dernier mandat constitutionnel est arrivé à terme, sans que de nouvelles élections ne fussent organisées, l’Eglise catholique congolaise, avec ses prélats, ses prêtres, ses laïcs engagés et tous ses chrétiens, de l’est à l’ouest du sud au nord, s’attribue le rôle d’acteur majeur dans les mouvements citoyens et s’implique pour tenter de dénouer la crise politique dans le pays. Aux cris de « Kabila, dégage ! », lancés par des jeunes en colère, et aux répressions musclées des forces de sécurité, elle s’érige en médiateur et avocat – défenseur de l’ensemble du corps politique et social.

« A l’issue de pourparlers de la dernière chance particulièrement tendus, notamment le soir de la Saint-Sylvestre, ils arrachent la signature d’un accord qui prévoit des élections générales, dont la présidentielle, en 2017, avec l’assurance que Joseph Kabila ne sera pas candidat à sa succession et d’autres garanties, parmi lesquelles la libération des prisonniers politiques et le retour des opposants contraints à l’exil. Telles les bonnes résolutions de la nouvelle année, les engagements sont éphémères. Le gouvernement avance des problèmes logistiques, le scrutin est finalement repoussé au 23 décembre 2018 », avait relaté l’envoyée spéciale de Libération.

Si la RDC avait réussi à organiser des élections plus ou moins transparentes, crédibles et apaisées, dont les résultats étaient loin d’être l’expression de la majorité mais qui avaient permis un retour au calme, c’est grâce à l’implication de l’Eglise dans le processus électoral, la mobilisation et le déploiement de plus de 40.000 observateurs indépendants sur toute l’étendue du territoire national. Forte de son autorité morale et spirituelle, de son influence, de son omniprésence et de «son implantation, à travers un réseau de diocèses qui couvrent tout le pays, remontant  à la colonisation belge » et comptant plus de 40 millions de fidèles, elle a su, par la sollicitude pastorale à l’égard du Peuple congolais, s’organiser pour partager ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses (cf. Gaudium et Spes, n.1).

Que font alors aujourd’hui le cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et l’Eglise catholique centrafricaine devant les inquiétudes et les nombreuses préoccupations de tous les centrafricains sans exclusive, face à « la détérioration continue de la situation économique, sécuritaire et humanitaire ainsi que l’impasse politique actuelle » et au refus systématique et systémique de Touadéra et de son gouvernement d’aller à une concertation nationale avec toutes les forces vives de la nation, avant la tenue des prochaines élections  ? S’il ne fait aucun doute que, lors de ses dernières sorties médiatiques, la Conférence épiscopale centrafricaine n’est pas allée avec le dos de la cuillère pour dénoncer les irrégularités et les imperfections de l’ANE, les forts soupçons d’enrôlement massif de sujets étrangers sur les listes électorales, l’implication des groupes armés dans le processus électoral, elle n’ a néanmoins  joué dans cette lutte pour la dignité de l’homme et la préservation de ses libertés et de ses droits fondamentaux, à la différence de la Cenco, que le rôle d’un nain face à un géant ou celui des graines tombées dans une forêt de ronces.

Ainsi donc, comme l’avait dit le Grand Maître dans la Parabole du Semeur, le cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et ses prêtres sont fort étonnement restés théoriques. Ils n’ont jamais su donner de la forme à leurs paroles, comme le Christ, en tenant, chaque semaine dans les paroisses répertoriées dans nos préfectures, nos sous – préfectures et nos communes, des réunions lors desquelles sont discutées des thématiques proposées par les évêques et où des messages de révolte passent. Jamais et au grand jamais ils n’ont été du levain dans la pâte et porteurs d’une réelle prise de conscience, en exploitant à leurs profits « les zones rurales reculées, où les villageois sont livrés à eux-mêmes, où les prêtres, nonnes et employés de l’organisation caritative catholique Caritas sont souvent les seuls à offrir un minimum de services dans les écoles ou les dispensaires, où les institutions religieuses prennent le relais d’un Etat défaillant ». Témoins de leur temps et du caractère non – transparent, non – crédible et non – apaisé du processus électoral, ils ont préféré démissionné tout simplement de leurs missions d’éducation civique et électorale « pour un Centrafrique meilleur qu’aujourd’hui ».

Nous ne sommes pas en train de nous substituer de manière indéfectible à l’archevêque de Kinshasa Mgr Laurent Monsengwo Pasinya qui, dans le contexte congolais, disait « que les médiocres dégagent, et que règnent la paix, la justice en RDC». Nous ne sommes pas en train d’appeler à une attaque frontale contre Touadéra et son gouvernement, leur donnant ainsi le droit à un procès politique contre l’Eglise et ses prélats. Nous nous évertuons tout simplement à demander au cardinal Dieudonné Nzapalaïnga où sommes – nous ? Y a-t-il des acteurs au sein de l’Eglise catholique qui a payé un très lourd tribut dans cette crise, à travers ses prêtres  et ses chrétiens assassinés, ses biens pillés et ses locaux incendiés, en qui nous pouvons nous reconnaître et nous projeter ? « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Où est notre croix ? A quelle opposition suis-je confronté ? Quelle répression ai-je jamais subie directement ou indirectement par mes proches, par l’intermédiaire de ceux avec qui je me suis lié ?

Il faut prendre au sérieux la Parole du Christ et je le cite donc : « Malheur à vous quand tout le monde dira du bien de vous… » « Aimez vos ennemis » Comment pourrait-on les aimer si l’on n’en avait pas ? « S’ils ont scruté ma parole, ils scruteront aussi la vôtre ». « Ils vous excluront des synagogues (entendez aujourd’hui ‘des églises, des couvents, des mosquées, des clubs, des partis, des associations…’), ils vous tueront en pensant rendre un culte à Dieu ». Démissionnaires de leurs missions, le cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et l’Eglise catholique centrafricaine ont renié le Christ, en refusant d’affronter le procès de Jésus, celui de l’Homme, celui de l’homme méprisé, bafoué, raillé, homme misérable …

Mais, quand il apparaît à Paul sur le chemin de Tarse, il dit : « je suis celui que tu persécutes ».

Jean – Paul Naïba

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