Eglise Notre Dame de Fatima : la tragédie du 1er mai 2018 racontée par le Prêtre Christ – Roi Kotaïngo Nzinga

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Prêtre remplaçant dans la vallée de la Fensch, Christ-Roi Kotaïngo Nzinga vient d’échapper à un grand massacre en Centrafrique.

Il porte encore une attelle sur son avant-bras gauche. Les stigmates du massacre du 1er  mai contre une église catholique de Bangui, capitale de la Centrafrique, auquel il a assisté impuissant.

« Je me suis fait marcher dessus au moment où on a réussi à s’enfuir », raconte, avec timidité, Christ-Roi Kotaïngo Nzinga, 36 ans. Les fidèles de la communauté des paroisses de Fameck, Uckange et Florange ne le savent pas, mais ce prêtre africain de la congrégation du Saint-Esprit, qui vient jusqu’à début septembre assurer le remplacement des habituels titulaires, revient de loin.

Le 1er  mai, il se trouve donc à l’église Notre-Dame-de-Fatima de Bangui, non loin du quartier musulman du PK5. Deux mille personnes participent à la fête religieuse de la fraternité Saint-Joseph, le patron des travailleurs. L’église étant trop petite, la cérémonie se déroule dans la cour fermée. Les premiers tirs retentissent au milieu de la célébration.

Perchés dans les arbres surplombant l’enceinte, des djihadistes séléka font feu pendant deux heures à bout portant. Alternant les rafales avec des jets de grenades. « Personne n’était armé chez nous. Nous sommes des chrétiens. Nous n’avons pas la culture de la violence. C’était la panique. Les fidèles sont venus se réfugier derrière l’autel. Ils voulaient tous toucher notre habit ou notre étole, en signe de protection. » En l’absence des forces de l’ordre, mobilisées sur les manifestations des travailleurs « et pas assez équipées », et des militaires des Nations Unies « plus préoccupés par leur propre sécurité », seules les milices adverses balaka parviennent à mettre en fuite les assassins. Le bilan est de 26 morts, dont un prêtre, et de 170 blessés. Soit l’attaque la plus sanglante de l’année dans cette Centrafrique en guerre depuis plus de cinq ans.

L’État ne contrôle plus qu’une petite partie du territoire. Le reste est à la merci de groupes armés qui s’y disputent les ressources : diamants, or et bétail. « C’est une crise politique et économique qui a été déguisée en crise religieuse », décrit le religieux qui dénonce pêle-mêle « une classe politique ultra-divisée, des grandes puissances qui manipulent, les Nations Unies qui jouent plus le rôle du maintien du problème que celui du maintien de la paix. »

Dans cette poudrière, les prêtres sont devenus les cibles de djihadistes voulant imposer la loi islamique : « Six ont été tués, dont trois cette année. Le dernier, c’était à l’évêché, le 30 juin. On sait que ça peut partir à tout moment. On apprend à vivre avec cette peur. Cela nous rend très méfiants. On a toujours du mal à distinguer en qui on peut avoir confiance. Il faut développer un moral fort », témoigne le prêtre, qui a dû être rassuré le 15 juillet lorsque des pétards ont été lancés à Fameck pour célébrer le titre de champion du monde.

Pas question pour autant de baisser les bras : « En tant que missionnaire, je ne peux pas. L’église joue un rôle d’apaisement, conscientise, donne une autre image des croyants. C’est à nous d’apporter du réconfort. Le Christ était avec les gens. Il leur a donné sa vie. S’il faut mourir avec eux on le fera. Cela nous permet de revivre l’histoire de l’Église et ses martyrs. Cela nous rend plus fort. »

Autant dire que sa mission pastorale de deux mois en France  la deuxième après une expérience à Lille en 2015  agit comme une respiration. « J’admire en Moselle la cohabitation pacifique entre chrétiens, juifs et musulmans », glisse l’homme, apaisé.

« On apprend à vivre avec cette peur. Cela nous rend très méfiants.»

Philippe MARQUE

Le Républicain Lorrain

 

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