DUREE DE LA TRANSITION AU NIGER : Il faut que les lignes bougent

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Le 25 janvier dernier, une délégation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) était attendue à Niamey à l’effet de discuter de la durée de la transition. En rappel, ladite mission était initialement prévue pour se rendre dans la capitale nigérienne, le 10 janvier dernier. Mais les missi dominici de l’organisation sous-régionale avaient dû différer leur déplacement, à la demande des autorités intérimaires du Niger qui entendaient mettre à profit ce report pour tenir des assises nationales afin de définir la feuille de route de la transition. Mais en remettant, deux semaines plus tard, le couvert de sa visite aux tombeurs de Mohamed Bazoum, alors même que les assises nationales annoncées attendent encore de se tenir, la CEDEAO montre sa détermination à ne pas lâcher prise là où le Général Abdourahamane Tiani, dans son premier message à la Nation, avait annoncé une durée maximale de trois ans. Ceci étant, il est déjà heureux que l’organisation sous-régionale et les militaires qui se sont emparés du pouvoir à Niamey acceptent le principe du dialogue, même si cela a mis six mois pour se réaliser. Cela est d’autant plus important que les tensions nées du coup d’Etat du 26 juillet dernier ont contribué à creuser le fossé de la méfiance entre la CEDEAO et la junte au pouvoir à Niamey.

 

Ce rapprochement entre les deux parties est un signe d’espoir

 

Et elles faisaient d’autant plus craindre le pire que la CEDEAO brandissait la menace d’une intervention militaire pour rétablir le président déchu sur son fauteuil. Toujours est-il qu’on se rappelle encore la première délégation de la CEDEAO conduite par l’ancien président nigérian, le Général Abdou Salami Aboubacar, dont la médiation avait pratiquement tourné court à l’aéroport de Niamey, au lendemain du coup d’Etat. On se rappelle aussi le rendez-vous manqué du 10 janvier dernier, qui a donné lieu à toutes sortes de supputations au point que certains se demandaient si la junte au pouvoir à Niamey n’était pas dans les tergiversations d’un agenda caché, en vue d’imposer son calendrier à l’institution d’Abuja. Quoi qu’il en soit, ce rapprochement entre les deux parties est un signe d’espoir pour donner plus de lisibilité à la transition au Niger. Et aujourd’hui que la diplomatie semble prendre le pas, tout le mal que l’on souhaite, c’est que la CEDEAO et les autorités de Niamey parviennent à trouver un terrain d’entente sur les délais du retour à l’ordre constitutionnel au Niger. En tout cas, il faut que les lignes bougent. Et cela, dans l’intérêt supérieur du peuple nigérien qui continue de souffrir le martyre en subissant de plein fouet les effets néfastes des sanctions de l’organisation sous-régionale. Autant dire que dans ces négociations qui s’ouvrent avec la CEDEAO, il ne faudrait pas que les autorités de Niamey donnent le sentiment de privilégier leurs propres intérêts au détriment de ceux du peuple nigérien, si elles ne veulent pas donner raison aux mauvaises langues qui les soupçonnent de travailler à la confiscation du pouvoir en vue d’y rester le plus longtemps possible. En tout état de cause, maintenant que le fil du dialogue semble se nouer, l’espoir est d’autant plus permis qu’en six mois, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

 

La CEDEAO et les militaires au pouvoir à Niamey ne doivent pas rater ce rendez-vous de l’histoire

 

Du côté de la CEDEAO, même si le projet n’a pas été officiellement abandonné, le spectre de l’intervention militaire ne paraît plus une priorité. De son côté, la junte au pouvoir à Niamey, a lâché du lest en acceptant récemment de libérer le fils du président déchu, qui était détenu avec lui au palais présidentiel depuis sa chute. Et cela, même si le Général Abdourahamane Tiani et ses compagnons d’armes tardent encore à satisfaire à l’exigence de libération de l’ex-chef de l’Etat, qui conditionne l’allègement des sanctions de la CEDEAO. C’est pourquoi on attend de voir à quoi vont aboutir les discussions entamées le 25 janvier dernier. Marqueront-elles le début de la décrispation entre l’organisation sous-régionale et les tombeurs de Mohamed Bazoum ? Ou bien donneront-elles lieu à une nouvelle montée des tensions entre les deux parties ? C’est le wait and see. En attendant, la CEDEAO et les militaires au pouvoir à Niamey ne doivent pas rater ce rendez-vous de l’histoire qui se veut un moment de vérité pour le peuple nigérien. Un peuple qui n’aspire qu’à la paix et à l’amélioration de ses conditions de vie, dans un environnement totalement sécurisé. C’est le seul combat qui vaille aujourd’hui, et pour le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) qui se pose en messie pour le peuple nigérien, et pour la CEDEAO qui inscrit son action dans le cadre de sa lutte pour la sauvegarde de la démocratie dans son espace géographique et qui ne jure que par le retour du pays à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais.

 

« Le Pays »

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