Dossiers de violations des droits de l’homme en Centrafrique : quand le gouvernement s’accuse !

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Accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et mis en cause par des organisations internationales de défense des droits de l’homme, à l’exemple de l’Amnesty International, et les médias locaux et internationaux, le gouvernement centrafricain a décidé de balayer d’un revers de la main leurs multiples appels à l’ouverture d’enquêtes. Ce refus a été exprimé par son porte – parole Ange Maxime Kazagui sur les antennes de RNL, en ces termes, il y a quelques jours : « Les allégations, selon lesquelles, nos forces de défense avec nos partenaires auraient mené des opérations avec des drones et autres…On parle des preuves, mais je ne les ai pas vues. Pour moi, le fait de prendre des photographies quelque part avec des personnes qui sont décédées, ne me confirment pas qu’elles ont été tuées par telle ou telle arme. Ce sont des pseudo-preuves dont je ne vois pas encore effectivement ce qu’elles peuvent apporter ».

Selon cet allié du pouvoir de Bangui, ce sont des manipulations de la CPC et de leurs communicateurs, savamment publiées et distillées dans le seul but d’affaiblir les forces armées centrafricaines et leurs alliés mercenaires du Groupe Wagner et rwandais dans leur marche pour la libération totale du territoire national. « Cependant,  il est important et nous le Gouvernement, nous sommes intéressés à recevoir toutes les preuves tangibles qu’il y aurait eu ce genre de choses. Pour nous, nous voyons ce jeu-là qui veut attacher les mains de nos FACA et de nos partenaires afin que cette reconquête s’arrête » déclare-t-il. « L’objectif est de dire que les FACA et leurs partenaires tuent les centrafricains. Ce qui est faux or cela a été vrai pour la CPC mais aucun mot n’a été dit là-dessus. Et aussi de dire donc que les FACA et leurs alliés utiliseraient des armes non-conventionnelles, ce qui n’est prouvé par personne »,  a – t – il conclu in fine.

Cette prise de position ne devra pas très certainement plaire aux principaux partenaires de la République centrafricaine. Dans un communiqué rendu public le 2 mars 2021, faisant suite à une vidéo – conférence entre le Gangster de Bangui et de hauts responsables de l’Ua, de la Ceeac, de l’Onu et de l’Ue, ces derniers lui ont demandé plus de justice : «  Les hauts responsables de l’Union africaine, de la CEEAC, des Nations Unies et de l’Union européenne condamnent fermement les attaques contre la population civile, les travailleurs humanitaires et les Casques bleus des Nations Unies, ainsi que toute forme de violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire par toutes les parties, y compris les forces de défense et de sécurité. Ils appellent les autorités centrafricaines à mener les enquêtes nécessaires afin de traduire devant la justice les auteurs et commanditaires de tels crimes graves qui ne doivent nullement rester impunis. Ils dénoncent par ailleurs les discours de haine, d’incitation à la violence et de désinformation, et encouragent les autorités nationales à prendre des mesures fortes contre ces agissements », ont – ils martelé.

Alors quelle sera par conséquent leur réaction au lendemain de cette sortie médiatique du porte – parole du gouvernement centrafricain ? A moins de ne pas accepter délibérément de voir la réalité en face, ils doivent se résoudre à reconnaître que, par ce refus manifeste, le Gangster de Bangui, auréolé par la reprise de certaines villes, libérées  par la CPC pourtant sans combat, et fort de leur silence assourdissant sur ses folies autocratiques et ses accointances meurtrières, mafieuses et criminelles avec les mercenaires russes du Groupe Wagner et rwandais, veut tout simplement imposer à tous la guerre comme mode de règlement de cette crise militaro – politique. Mais au-delà de ce que cette posture du Gangster de Bangui peut contrarier les partenaires internationaux, continentaux, régionaux et sous – régionaux de la République centrafricaine, au regard des valeurs qui fondent leur existence et guident leurs engagements, elle a le mérite de révéler que la RCA n’est pas une démocratie. Elle est plutôt une autocratie où les libertés individuelles et collectives sont broyées, les manifestations pacifiques réprimées dans le sang et la justice instrumentalisée et rendue selon la volonté du maître de céans. C’est ce qu’il faut retenir du refus du gouvernement de mener des enquêtes sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis tant par les FDSI et les Faca, appuyées par les supplétifs russes et rwandais, avant, pendant et après la tenue des calamiteuses élections du 27 décembre 2020, que par la CPC, contre les populations civiles et les soldats onusiens. En agissant de la sorte, non seulement le Gangster de Bangui et son gouvernement manquent gravement à leurs obligations constitutionnelles, régaliennes et même citoyennes, celles de rendre compte de sa gouvernance à leur peuple, mais surtout s’accusent et se sont mis la tête consciemment dans les liens de forts soupçons de commission de crimes en association avec des malfaiteurs.

Jean – Paul Naïba

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