Derrière la libération des soldats centrafricains, le coup de com’ de Noureddine Adam

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POLITIQUE

Derrière la libération des soldats centrafricains, le coup de com’ de Noureddine
Adam

Dix-neuf soldats de Centrafrique, aux mains de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) depuis le 14 février, ont été libérés le 4 avril. L’occasion pour les rebelles, et en particulier l’un de leurs chefs, de briller à l’international. Coulisses.

Prié de quitter Khartoum et aujourd’hui réfugié dans la zone frontalière entre le Soudan et la Centrafrique, Noureddine Adam continue de peser sur les plans de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), l’alliance de groupes armés qui menace toujours le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra. Ces dernières semaines, le leader rebelle s’est ainsi offert une vitrine au détriment du gouvernement centrafricain.

Discrets pourparlers dès le 17 février

Retour le 14 février. Après de violents combats autour de la ville de Sikikedé, dans la Vakaga, vingt soldats des Forces armées centrafricaines (Faca) sont pris en otage par des éléments de la CPC. Une question se pose alors chez les leaders rebelles : que faire d’eux ? Et surtout, que monnayer en échange de leur libération ? Aussitôt, au sommet de la CPC, deux clans se forment, autour d’Ali Darassa, d’un côté, et de Noureddine Adam, de l’autre.

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Le premier est partisan d’un échange de prisonniers. L’ancien bras droit du Tchadien Baba Laddé estime que les rebelles peuvent obtenir la libération de certains de leurs combattants en échange de celle des Faca détenus. Mais Noureddine Adam n’est pas de cet avis. Le patron du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique souhaite rendre les otages  sans contrepartie et donner, de ce fait, une image de respectabilité à la CPC.
La seconde ligne l’emporte, et Noureddine Adam charge l’un des « gradés » de sa coalition, le général Kader Kiningar, de prendre contact avec le Comité international de la Croix rouge (CICR), qui assurera le lien avec le gouvernement centrafricain. Au sein de ce dernier, Faustin- Archange Touadéra – bien décidé à ne pas payer de rançon, sous quelque forme que ce soit – a quant à lui désigné son ministre de la Défense et neveu, Rameaux-Claude Bireau, pour prendre en main l’épineux dossier.

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Pendant que la CPC orchestre une campagne de communication et réclame officiellement la libération de ses combattants emprisonnés à Bangui, le retrait des mercenaires russes de Wagner et la démission du président Touadéra, les pourparlers se mettent discrètement en place dès le 17 février autour du CICR, du général Kiningar et de plusieurs autres cadres de la CPC, dont Aroun Gaye et Aboubakar Sidick Ali, porte-parole de la coalition.

« Dans le respect du droit international humanitaire »

Plusieurs attaques de l’armée centrafricaine sur des positions rebelles dans la Vakaga retardent toutefois la libération des soldats, qui sont alors déplacés dans un autre lieu de détention. « Le gouvernement a bombardé à plusieurs reprises nos positions, tout en sachant bien que l’on détenait leurs otages », explique ainsi à Jeune Afrique Aboubakar Sidick Ali. Malgré la tension, à son comble, la CPC choisit toutefois de conserver la ligne « Noureddine Adam ».

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Le 1 avril, les représentants de la coalition et du CICR – qu’observe, depuis Bangui, Rameaux-Claude Bireau – se rassemblent donc une nouvelle fois durant plusieurs heures dans le centre de la ville de Boromata, dans la Vakaga. Les rebelles donnent finalement leur accord pour la libération des Faca et celui-ci est officialisé par la signature d’un document de la main du général Kader Kiningar. La CPC s’attèle dès lors à orchestrer la remise des otages, traités, dit-elle, « dans le respect du droit international humanitaire ».

Depuis Birao, neuf soldats sont ramenés à Bangui le 5 avril. Puis, le lendemain, dix autres – qui n’ont pu être embarqués dans le premier avion faute de place – rejoignent à leur tour la capitale. Ils y sont accueillis par Rameaux-Claude Bireau. « La CPC a réussi un grand coup de communication à destination de la communauté internationale », confie à Jeune Afrique un diplomate africain à Bangui. Le 20 soldat, blessé et séparé du groupe, doit être libéré prochainement.

Jeune Afrique

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