DECLARATION DU GROUPE PARLEMENTAIRE PATRIE A L’OCCASION DU VOTE DE LOI SUR LA TRANSPARENCE ET LA BONNE GOUVERNANCE

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Honorable Président,
Chers collègues,
L’objet de notre examen d’aujourd’hui est d’une importance capitale, compte-tenu du contexte particulier dans lequel vit notre pays.
Ce contexte, c’est celui de la dépravation des mœurs publiques. Parler de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des finances, c’est constater que ces valeurs n’existent plus depuis de nombreuse années.
Il a été parfois dit, à juste titre, que la crise centrafricaine est une crise de gouvernance. Consacrer des textes qui garantissent la transparence et la bonne gouvernance, c’est donc, un peu, commencer à résoudre la crise centrafricaine.
Nos différentes interventions résonneront donc aujourd’hui d’un écho particulier. Ce projet s’intègre dans un cadre plus large, qui est celui de la CEMAC. Alors que notre pays avait trois ans depuis 2011 pour procéder à la transposition en droit interne des directives communautaires, nous avons traîné les pieds. Peut-être avions-nous peur de pouvoir rendre compte. Peut-être avions-nous peur qu’en transposant dans le droit interne ces normes contraignantes, nous n’aurions plus les mains libres pour détourner les deniers publics.
Je souhaite saluer l’initiative prise par le gouvernement, même si je sais par ailleurs que des pressions ont été exercées pour qu’on en arrive là, notamment de la part des institutions financières internationales. Mais la cause est juste.
Honorable président,
Chers collègues,
La transparence est fondamentale, dans l’établissement de la confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Elle éloigne la suspicion et offre l’opportunité aux citoyens de juger du respect des textes, au nom de l’autre pendant de cet examen, la bonne gouvernance.
Mais la bonne gouvernance, c’est d’abord un comportement. La bonne gouvernance, c’est le refus des connivences, le refus du mélange des genres, le refus de l’utilisation des moyens de l’Etat pour nuire aux uns et autres, pour régler des petits comptes personnels.
La bonne gouvernance, c’est aussi la préservation et la promotion de la morale publique. Or, malheureusement, notre institution s’illustre depuis le début de notre législature, par des pratiques qui n’honorent pas cette noble maison. Je veux parler ici du débauchage des députés. L’idée qu’avec un peu d’argent, on puisse acheter des hommes m’est insupportable.
Pire, l’idée que des hommes, dépositaires de la légitimité populaires parce que députés de la nation, puissent se laisser acheter est affligeante et condamne la démocratie.
Notre silence sur cette question équivaudrait à une complicité. Nous dénonçons donc avec la dernière énergie les actes ignobles de débauchage qui ont privé certains partis politiques de leurs députés.
Les collègues qui se sont prêtés à ce jeu ont jeté l’opprobre sur les noms que leurs enfants porteront avec honte, pour des avantages dérisoires.
Honorable président,
Chers collègues,
La transparence et la bonne gouvernance signifient également le choix des animateurs de la machine d’Etat à partir des critères clairs qui puissent offrir à chaque citoyen l’égalité de chance dès lors qu’il remplit les conditions requises.
Or, c’est tout le contraire que nous vivons ces derniers temps, notamment avec la nomination des sous-préfets. Sans pour autant faire offense à ceux qui se battent tous les jours pour faire face à leurs obligations familiales et apportent ainsi leur contribution à la cause nationale, nous pensons que les chauffeurs, les vendeurs de beignets, les vendeuses de légumes ne doivent pas être nommés sous-préfets à cause de leur proximité avec le pouvoir. Sans l’administration, l’Etat est comme un corps sans vie. Or, un administrateur, c’est d’abord une formation. En quoi pouvons-nous être crédibles si nous prônons le redéploiement de l’administration dans l’arrière-pays, afin de rétablir l’autorité de l’Etat si, dans le même temps, nous prenons des mesures pour annihiler tout espoir de concrétisation de nos dires ?
Nous espérons donc que l’acte que nous allons poser aujourd’hui ne rejoindra pas l’immense cimetière des illusions perdues, comme par exemple la loi sur la parité et tant d’autres loi.
Le groupe parlementaire PATRIE votera pour, car cette loi donnera l’opportunité aux gouvernants de rendre compte de leurs actes. Le service public est ainsi fait que chaque citoyen qui a en charge une parcelle de responsabilité de l’Etat ne doit pas la considérer comme son patrimoine propre, mais doit agir pour le bien commun.
Cela doit être valable aussi bien pour celui qui est au plus bas de l’échelle administrative que celui qui est au plus haut sommet de l’Etat.

Bangui, 20 Octobre 2017

Honorable Benjamin KAIGAMA
Président du groupe parlementaire

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