DEBUT DU RETRAIT DES TROUPES FRANÇAISES DU NIGER : Et après ?

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C’est acté depuis hier 10 octobre 2023. En effet, les troupes françaises ont entamé leur retrait du territoire nigérien. Le Président français, Emmanuel Macron, après avoir vainement et inutilement résisté à la pression des autorités et des populations nigériennes, a finalement accepté de rappeler ses chiens de guerre. Et l’on peut se demander comment il aurait pu en être autrement. En effet,  les populations nigériennes n’ont jamais véritablement accepté sur leur sol, la présence de troupes françaises éconduites comme des malpropres du Mali et du Burkina Faso. Pour preuve, elles ont tenté à coup de barrages, de s’opposer, en novembre 2021,  au passage d’un convoi militaire français  en provenance de Gao  au  Mali, avec à la solde des morts sur le carreau. Et il faut le dire, au-delà du Niger,  l’opinion publique africaine en général, est hostile à la présence des troupes françaises sur le continent, celles-ci étant considérées comme des troupes d’occupation coloniale qui, en sus, ont échoué à enrayer le péril djihadiste dans les Etats sahélo-sahariens et tout cela dans un contexte global de montée du sentiment anti-français. L’on ne pouvait donc douter de l’issue du bras de fer que le président français avait engagé avec le nouvel homme fort du Niger, le général Tchiani.

 

Il faut combler le vide que laissent les Français dans la traque contre les bandes criminelles

 

Ce retrait, même organisé en coordination avec les autorités nigériennes, est une nouvelle déculottée pour la France qui se retire, à nouveau, la queue entre les pattes, exactement comme elle a été contrainte de le faire plus tôt au Mali et au Burkina Faso. L’histoire se répète donc et l’on peut se demander si les autorités françaises ont une claire perception de la dynamique qui s’est enclenchée dans les pays africains et plus particulièrement dans les anciennes colonies françaises. En attendant de répondre à cette question, le retrait forcé de l’armée française, du Niger, constitue, pour les militaires au pouvoir à Niamey, une importante victoire d’étape. Sans rien lâcher, ces stratèges militaires qui font preuve d’une extraordinaire lucidité politique, continuent de dérouler leur agenda, broyant au passage la machine de guerre française, sans même livrer combat. Et sans nul doute, c’est ce qui adviendra aussi de la menace d’intervention militaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui comptait certainement sur le dispositif français sur le territoire nigérien, pour mener à bien son plan d’attaque. Les autorités nigériennes peuvent surfer sur cette double victoire pour se refaire une nouvelle légitimité au sein des populations nigériennes. Cela dit, le tout n’est pas de bouter l’armée française du Niger. Car, le seul départ des troupes militaires de l’ancienne métropole, ne suffit pas, comme par l’effet d’une baguette magique, à résoudre la question sécuritaire au Niger. Il faut combler le vide que laissent les Français dans la traque contre les bandes criminelles qui endeuillent quotidiennement les populations. En effet, même si les raisons de douter de la sincérité de l’appui français dans la lutte contre les groupes terroristes, ne manquent pas, personne ne peut remettre en cause de bonne foi le fait que de nombreux leaders terroristes ont été éliminés par l’armée française.

 

Le Niger a désormais l’occasion d’assumer pleinement sa souveraineté

 

Il y a donc nécessairement un supplément d’efforts à faire et c’est en cela que la perspective de la coopération avec les Etats voisins du Mali et du Burkina, est une belle opportunité pour monter en puissance sans aucune quelconque entrave. C’est donc l’occasion pour ces trois pays qui semblent désormais évoluer en harmonie, d’exorciser la tristement célèbre région des trois frontières qui constitue dans la bande sahélo-saharienne, le triangle de la mort.   Cela dit, alors que la France est contrainte au divorce, elle peut se consoler de ne pas être la seule à ramasser ses effets du domicile conjugal. Elle fera chemin avec un autre compagnon qu’est l’Algérie qui vient de voir sa médiation rejetée par les autorités nigériennes qui l’avaient pourtant acceptée, fût-ce du bout des lèvres. C’est donc un second revers de l’Algérie au Sahel ; elle qui a accepté impuissante à la mise à mort de l’Accord d’Alger au Mali avec la marche des Forces armées maliennes (FAMa) vers Kidal. L’Algérie doit donc se poser les bonnes questions sur ce coup de frein, on ne peut plus brusque, sur ses velléités hégémoniques au Sahel.  Dans le cas précis du Niger, l’une des causes est le manque de réalisme dans le plan de sortie de crise proposé par Alger et qui tablait sur des élections au Niger dans six mois. Mais au-delà, l’on peut se demander si les autorités nigériennes ne mettent pas en doute la sincérité de l’Algérie, soutenues en cela par leurs nouveaux alliés du Mali. L’on sait, en effet, que la plupart des leaders terroristes qui sèment la mort et la désolation dans les Etats sahéliens, vivent dans le Sud algérien, sans être véritablement inquiétés par l’armée algérienne qui constitue l’une des plus puissantes de la région.  Cela dit, la rétraction de Niamey vis-à-vis d’Alger, n’enlève rien au mérite de la diplomatie algérienne qui aura réussi tout de même à retarder l’intervention armée de la CEDEAO et cela n’est pas rien quand on connait les conséquences qu’un conflit inter-Etats aurait pu occasionner dans cette région tourmentée du Sahel. En tout état de cause, dans l’un ou l’autre des cas, le Niger a désormais l’occasion d’assumer pleinement sa souveraineté même si cela ne va pas sans conséquences.

 

«  Le Pays »  

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