COUPS D’ETAT AU GABON, AU NIGER ET INSTABILITE EN AFRIQUE : L’UE doit se poser les bonnes questions

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COUPS D’ETAT AU GABON, AU NIGER ET INSTABILITE EN AFRIQUE : L’UE doit se poser les bonnes questions

Réunis en conclave à Tolède en Espagne, le 31 août dernier, les ministres des Affaires étrangère de l’Union européenne (UE) qui se penchaient sur la guerre en Ukraine, avaient aussi au menu de leurs échanges, la situation politique au Niger en vue de discuter de la réponse au coup d’Etat du 26 juillet dernier contre le président Mohamed Bazoum. Actualité oblige, la situation au Gabon où des militaires se sont aussi emparé du pouvoir le 30 août dernier, après avoir dissous les institutions et annulé les résultats des élections du 26 août dernier qui donnaient le président Ali Bongo Ondimba vainqueur pour un troisième mandat, s’est aussi invitée aux débats. Plus globalement, c’est l’instabilité en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, qui était au cœur des préoccupations des diplomates européens. Preuve, si besoin en est, que la stabilité de l’Afrique en général et celle de l’Afrique occidentale et centrale en particulier, présente un intérêt majeur pour l’UE. Mais pour trouver réponse à la problématique des coups d’Etat qui ont refait surface ces dernières années dans ces contrées de l’Afrique subsaharienne où ils commencent à gagner du terrain, l’UE doit se poser les bonnes questions.

 

Outre les tares de sa classe politique, l’Afrique n’est pas loin d’être désabusée par le modèle de la démocratie qu’on veut lui imposer

 

Pourquoi cette résurgence des coups d’Etat qui consacre le recul de la démocratie dans ces parties de l’Afrique ? Pourquoi, malgré les sanctions drastiques et autres mesures coercitives prises à l’encontre des juntes militaires, la contagion continue-t-elle de gagner d’autres pays ?  Pourquoi, malgré la clameur de la communauté internationale, les coups d’Etat paraissent-ils adoubés par ces peuples africains ? En un mot comme en mille, qu’est-ce qui fait le lit de cette instabilité politique chronique en Afrique ? Autant de questions dont les réponses nécessitent une bonne autopsie qui passe aussi par une véritable introspection de l’UE qui doit accepter de se regarder dans la glace, en se disant les vérités entre pays membres. Car, à y regarder de près, outre les tares de sa classe politique, l’Afrique n’est pas loin d’être désabusée par le modèle de la démocratie qu’on veut lui imposer. Une démocratie au rabais, à la ramasse et aux principes à géométrie variable, où des coups d’Etat constitutionnels sont tolérés quand ils ne sont pas justifiés par les « grands juges » et autres « maîtres penseurs » outre-Atlantique qui se veulent autant de donneurs de leçons, où des coups d’Etat militaires et autres modes d’accession anticonstitutionnels au pouvoir sont jugés à la tête du client quand cela arrange les intérêts de puissances occidentales. Un exemple parmi tant d’autres est  la tolérance vis-à-vis du Général tchadien, Mahamat Idriss Deby Itno, qui est parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, et l’intraitabilité vis-à-vis d’autres juntes, en particulier les tombeurs de Mohamed Bazoum au point de pousser, comme le fait quelque peu si maladroitement la France, à une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel à Niamey.

 

L’Europe récolte aujourd’hui les fruits de la politique qu’elle a semée en Afrique

 

Autant dire que c’est l’inconséquence de cette politique du deux poids deux mesures de l’Hexagone, qui révolte aujourd’hui la jeunesse africaine en manque de perspectives et à la conscience de plus en plus éveillée. En d’autres termes, c’est cette politique d’hypocrisie de l’Occident qui l’a vu souvent s’accoquiner avec des présidents mal élus, des dictateurs de la pire espèce que des grandes puissances occidentales ont parfois travaillé à maintenir au forceps au pouvoir pour servir beaucoup plus, leurs intérêts et ceux de ces satrapes que ceux de leurs propres peuples, qui est aujourd’hui décriée par une jeunesse africaine de plus en plus consciente de son rôle et de sa force. C’est dire si, sans faire l’apologie des coups d’Etat, l’Europe récolte aujourd’hui les fruits de la politique qu’elle a semée en Afrique. C’est pourquoi le Vieux continent gagnerait à changer fondamentalement de paradigme, dans ses rapports avec l’Afrique. Et pour cela, l’UE a besoin de crever l’abcès des comportements condescendants et paternalistes de mauvais aloi envers l’Afrique, en son propre sein. Et ce n’est certainement pas en mobilisant une quelconque force européenne, soit dit en passant pour lutter contre l’expansion du terrorisme dans certains pays du littoral ouest-africain dans le secret espoir de contrer l’influence russe en Afrique, qui changera quelque chose à la donne. Au contraire, le continent noir semble aujourd’hui engagé dans un processus irréversible en vue de trouver sa propre voie. Aussi est-il temps que cesse cette forme d’infantilisation de l’Afrique qui, tout comme l’Occident avant elle, a besoin de temps pour construire, pas à pas, son mode de gouvernance. Un mode de gouvernance débarrassé de toutes les scories actuelles, en dehors de la camisole de force qu’on veut lui faire porter ici et maintenant. Et les turbulences actuelles, semblent participer de ce processus. En tout état de cause, qu’il soit civil ou militaire, l’histoire a souvent prouvé qu’aucun dirigeant, aussi puissant soit-il, n’est jamais plus fort qu’un peuple déterminé. Aux peuples africains d’écrire désormais leurs histoires respectives.

 

 « Le Pays »  

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