COUP DE GUEULE DE LA CMA SUR LA NON MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD D’ALGER : Bamako dos au mur

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COUP DE GUEULE DE LA CMA SUR LA NON MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD D’ALGER : Bamako dos au mur

Les 16 et 17 juillet derniers, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) tenait réunion à Kidal. Une rencontre qui a connu la présence des autorités administratives maliennes et de représentants de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali). A l’occasion, les ex-rebelles séparatistes du Nord ont manifesté leur vive « inquiétude »  face à ce qu’ils appellent « l’abandon de la mise en œuvre de l’accord d’Alger depuis l’avènement de la transition ». Une vive interpellation qui sonne comme un coup de semonce, si l’on s’en tient aux déclarations des indépendantistes du Nord qui disent se réserver le droit « d’en tirer toutes les conséquences ». Qu’est-ce à dire ? Va-t-on alors vers une remise en cause de l’accord d’Alger au regard du peu d’empressement des protagonistes dans sa mise en œuvre ? Ou alors, est-ce une façon, pour les groupes armés du Nord, de mettre un coup de pression sur les autorités de la transition à l’effet de rappeler ce dossier à leur bon souvenir ?

 Maintenant  que la CMA a mis les pieds dans le plat, que va faire Bamako ?

Quoi qu’il en soit, avec cette sortie au ton plutôt musclé, Bamako n’est pas loin de se trouver dos au mur face à l’épineuse question de l’application des accords d’Alger que les Maliens traînent comme un boulet au pied depuis maintenant sept ans.  Car, si pour une raison ou pour une autre, les ex-rebelles de la CMA devaient reprendre les armes, le Mali risquerait de toucher le fond. Dejà, sur le plan de la lutte contre le terrorisme, les résultats se font encore attendre au moment où des pans entiers du territoire échappent encore au contrôle de l’Etat. Dans ces conditions,  est-il besoin d’en rajouter à la complexité de la situation en ouvrant un autre front avec les insurgés du Nord qui ne semblent pas avoir renoncé à leurs velléités indépendantistes ? En attendant d’avoir la réponse à cette question, l’on peut aussi se demander si la pression de la CMA, sera payante. Autrement dit, maintenant que la CMA a mis les pieds dans le plat en poussant ce tonitruant coup de gueule, que va faire Bamako ? Va-t-elle se résoudre enfin à aller dans le sens de l’application intégrale de cet accord de paix censé sortir le pays de la crise de confiance entre le Nord et le Sud ? Ou bien va-t-on continuer à observer les mêmes louvoiements qui ont contribué jusque-là à mettre du plomb dans l’aile du processus de retour à la paix ? On attend de voir. Mais, au regard des difficultés d’opérationnalisation, tout porte à croire qu’il y a des non-dits dans cette affaire d’application des accords d’Alger. Car, bien avant le coup d’Etat, l’on sentait déjà que les choses commençaient à piétiner. Récemment encore, à la faveur de la transition en cours, on se souvient que les acteurs au processus de paix d’Alger s’étaient retrouvés, fin mars dernier, à Gao pour tenter d’accorder leurs violons et parvenir à une entente autour du Cadre stratégique permanent.  

 Il faut éviter d’aller à la rupture totale du dialogue, qui pourrait  favoriser une reprise des hostilités sur le terrain

 Une rencontre qui n’avait pas permis de faire véritablement bouger les lignes. La question que l’on pourrait alors se poser, est  la suivante : pourquoi une telle réticence dans l’application de ces accords qui ont été pourtant librement signés par les parties prenantes au conflit ? Tout porte à croire que dans cette affaire, la bonne foi et la sincérité ne semblent pas les choses les mieux partagées entre les protagonistes. Et tant qu’il en sera ainsi, il sera difficile au Mali de sortir de la crise qui paralyse le pays depuis plusieurs années. Autrement, comment comprendre que sept ans après la signature desdits accords, leur mise en œuvre continue de poser problème au point de connaître encore des difficultés d’opérationnalisation ?  A la vérité, si le Mali en est encore à ces tergiversations aujourd’hui, c’est que, quelque part, les accords de paix ne font pas l’affaire de l’une ou de l’autre des parties ou des deux à la fois. Mais, la solution ne réside pas dans la fuite en avant. Mais plutôt dans un dialogue franc et sincère à l’effet de lever les goulots d’étranglement ou d’aplanir les points à polémique dans un esprit constructif. Reste maintenant à savoir si les protagonistes en présence sont capables d’un tel dépassement.  Toujours est-il que si l’on devrait en arriver à une remise en cause de cet accord par l’une ou l’autre des parties, c’est tout le processus de réconciliation entre frères maliens du Sud et du Nord, qui risquerait d’en prendre un sérieux coup. Malheureusement c’est la nation entière qui risque d’en payer les pots cassés. En tout état de cause, il faut éviter d’aller à la rupture totale du dialogue, qui pourrait  favoriser une reprise des hostilités sur le terrain. Personne n’y gagnerait, sinon qu’à plonger davantage le Mali dans le chaos. Toute chose qui pourrait hypothéquer les chances d’un retour à l’ordre constitutionnel normal dans les meilleurs délais.

« Le Pays »

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