CONVOCATION DE CELLOU DALEIN DIALLO PAR LA CRIEF : Souci de justice ou règlement de comptes ?

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CONVOCATION DE CELLOU DALEIN DIALLO PAR LA CRIEF : Souci de justice ou règlement de comptes ?

Le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, était convoqué, le 13 juin, par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) alors même que l’intéressé est hors du pays. A-t-il quitté le pays pour ne pas avoir à comparaître ? Ou bien les autorités de la CRIEF ont-elles profité de son absence pour lancer la convocation pour, éventuellement, le dissuader de revenir au pays ? Autant de questions que l’on peut légitimement se poser. Cellou Dalein Diallo est soupçonné d’avoir bradé une partie des avoirs de la compagnie nationale “Air Guinée” lors de sa privatisation. Cela remonte déjà à plus de deux décennies. A l’époque, il était alors ministre des Transports. A moins d’une loi spéciale interrompant la prescription, et sauf si des actes de poursuite ont été régulièrement pris par l’autorité compétente, on peut dire que les faits, à supposer qu’ils soient fondés, sont maintenant prescrits. Mais là, c’est un autre débat, puisqu’il faudrait maîtriser les règles de fonds et de procédure guinéennes en matière pénale, et celles qui régissent les compétences de la CRIEF. Les autorités de la Transition guinéenne ont engagé, semble-t-il, une lutte contre la corruption. Ce qui est à saluer si la démarche est sincère. Il est normal que toute personne ayant occupé des postes de responsabilité rende compte de sa gestion. L’argent public est sacré et doit être respecté. Cellou Dalein Diallo doit donc pouvoir, à charge et à décharge, rendre compte de sa gestion, dans le respect des lois de la République. Dans le cas d’espèce, l’impression se fait qu’il pourrait s’agir d’un acharnement visant à écarter un personnage encombrant.

Il revient aux magistrats de savoir jouer leur rôle 

S’il y a eu des erreurs de gestion, Dalein Diallo n’a pas pu les commettre seul. Une opération de privation d’une entreprise comme “Air Guinée”, nécessite la participation de plusieurs compétences, et l’on ne voit pas comment Dalein Diallo serait seul à répondre. L’homme d’affaires guinéen, El hadj Mamadou Sylla, à qui l’Etat avait vendu le seul avion qui restait de la compagnie, dit que Cellou Dalein Diallo n’est pour rien dans le dossier et que, s’il a géré le dossier, il n’en a pas géré les finances. Si c’est la Justice qui est réellement la raison d’être de cette procédure, alors qu’on y aille jusqu’au bout, et que chaque intervenant dans l’opération réponde de ses actes et pas seulement Dalein Diallo. Cellou Dalein Diallo et son parti, l’UFDG, constituent actuellement la plus puissante force politique guinéenne, après le coup d’Etat qui a renversé le président Alpha Condé, le 5 septembre 2021. Dans la situation actuelle où la junte guinéenne semble vouloir  ruser sur la durée de la Transition et que, pour s’opposer à ces manœuvres, Cellou Dalein Diallo est entré en pourparlers avec Alpha Condé et son parti, il devient d’office un homme à abattre, et la présente procédure pourrait n’être qu’un moyen de neutraliser un empêcheur de ruser à volonté avec les aspirations des Guinéens. Ceux qui, actuellement, demandent des comptes à Dalein Diallo, ont-ils la légitimité pour le faire ? Sont-ils eux-mêmes exempts de tout reproche dans la gestion des affaires ? Le président de la Transition, Mamady Doumbouya, peut-il prétendre gérer les affaires de la Guinée en toute transparence et en toute intégrité ? La lutte contre la corruption est très souvent, en Afrique, un simple moyen de répression contre des adversaires politiques ou d’anciens alliés politiques devenus encombrants. L’opération “Epervier” au Cameroun en est un exemple parfait, alors que le président Paul Biya lui-même gère le Cameroun comme un patrimoine personnel. Cela dit, il revient aussi aux magistrats de savoir jouer leur rôle. D’être à la hauteur des responsabilités qui sont les leurs, et de la confiance placée en eux pour décider au nom du peuple. Ceux qui refusent d’assumer leur indépendance et qui se laissent instrumentaliser, doivent comprendre que les régimes politiques ne sont pas éternels, et que peut-être un jour, ils pourraient répondre de leurs compromissions. Pour sûr, le régime de la Transition guinéenne n’est pas éternel et il serait bien naïf de se compromettre avec un régime à vocation si éphémère.

APOLEM

Le Pays

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