CONCLUSIONS DU SOMMET DE LA CEDEAO : A quand la force anti-putschs constitutionnels ?

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CONCLUSIONS DU SOMMET DE LA CEDEAO : A quand la force anti-putschs constitutionnels ?

CONCLUSIONS DU SOMMET DE LA CEDEAO : A quand la force anti-putschs constitutionnels ?

Le 62ème sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a refermé ses portes le 4 décembre dernier à Abuja au Nigeria, sur d’importantes décisions. Au nombre de ces conclusions, la création d’«une force d’intervention contre le terrorisme et les changements anticonstitutionnels dans la sous-région ». Mais avant, un huis clos avait réuni les têtes couronnées de l’espace régional, qui ont décidé de lancer un ultimatum au Mali pour la libération, au plus tard le 1er janvier 2023, de la quarantaine de militaires ivoiriens détenus à Bamako depuis quatre mois, sous peine de sanctions. Le moins que l’on puise dire, c’est que dans le dossier des militaires ivoiriens détenus dans la capitale malienne et qui pourrit l’atmosphère entre Bamako et Abidjan, la CEDEAO marche sur des œufs. Mais en décidant de bander les muscles sur fond de menaces contre Bamako, on se demande si la CEDEAO a adopté la meilleure stratégie. En tout cas, on attend de voir si cela va faire bouger les lignes dans le sens d’un élargissement des détenus que Bamako qualifie de mercenaires à la solde d’une puissance déstabilisatrice.

 

On se demande de quels moyens de coercition dispose la CEDEAO pour obliger Bamako à libérer les soldats ivoiriens

 

La question est d’autant plus fondée qu’au-delà des sanctions économiques qui ont déjà fait l’impopularité de l’institution sous-régionale aux yeux d’une large partie de l’opinion africaine, l’on se demande de quels moyens de coercition dispose la CEDEAO pour obliger Bamako à libérer les soldats ivoiriens dans un dossier qui est pendant devant la Justice malienne, pour autant qu’une telle décision repose sur des fondements juridiques. Ira-t-on jusqu’à envisager une option militaire pour faire plier Bamako ? On attend de voir. Mais dans le même temps, on ne peut s’empêcher de se demander si cette façon, pour la CEDEAO, de vouloir user de la force dans un dossier aussi sensible, ne va pas créer un précédent dangereux surtout si cela devait se faire au préjudice du droit. En attendant d’être davantage édifié sur le sujet, on peut déjà saluer la décision prise de créer une force anti-terroriste. On peut même regretter le fait qu’une telle force ait tardé à voir le jour, au moment où le ver terroriste s’est incrusté dans le fruit au point de menacer la stabilité de certains Etats. Il s’agit maintenant de voir quel contenu y sera mis et si cette force saura tirer leçon des difficultés du G5 Sahel pour mobiliser les fonds nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Et cela,  de façon à réduire considérablement la voilure des forces du mal et à rétablir la sécurité dans la sous-région.  C’est le véritable défi de l’heure que la CEDEAO devrait s’atteler à relever.  Et c’est aussi à ce prix qu’elle pourra rétablir la confiance entre elle et cette partie de l’opinion aux yeux de laquelle elle passe pour un syndicat de chefs d’Etat beaucoup plus enclins à défendre leurs propres intérêts que ceux de leurs peuples. Mais si la création d’une telle force d’intervention contre le terrorisme peut paraître opportune, on ne peut pas en dire de même pour ce qui est de la mise en place d’une force pour lutter contre les coups d’Etat.

 

Par rapport à la force anti coups d’Etat, la CEDEAO doit revoir sa copie

 

Car, à moins de changer elle-même de paradigme, on ne voit pas comment la CEDEAO pourrait lutter efficacement contre les coups d’Etat en continuant de fermer les yeux sur les tripatouillages constitutionnels aux fins de confiscation du pouvoir, qui sont devenus le jeu favori de certains dirigeants.  Alors, à quand la force anti-putschs constitutionnels ? La question est d’autant plus fondée que l’on se demande si la création d’une telle force contre les changements anticonstitutionnels dans la sous-région, prendra en compte les aspirations des peuples concernés. Car, si le but recherché, pour les chefs d’Etat de la CEDEAO, est de se protéger des coups d’Etat, il faudrait qu’ils commencent par faire leur propre autocritique à l’effet de cesser de ruser avec les textes et de bannir à jamais de leurs pratiques, la tentation des troisièmes mandats. Autrement, on ne voit pas ce que pourra la CEDEAO face à des peuples décidés à se débarrasser de leur dictateur. C’est dire si moins que par la force des armes, la consolidation de la démocratie sous nos tropiques, passe par le respect des textes par les élites dirigeantes. Autant dire que la volonté de mettre sur pied une telle force anti coups d’Etat, sonne comme un échec de la CEDEAO. Une CEDEAO qui, de meilleur élève de la démocratie qui ne comptait en son sein que deux petits cancres il n’y a pas longtemps, en l’occurrence le Togo et la Gambie pour ne pas les nommer, se retrouve, en l’espace de quelques années, à compter les régimes d’exception qui le disputent aujourd’hui aux régimes élus. Preuve, si besoin en est, d’un grand recul démocratique dont les raisons sont à rechercher principalement dans la mal gouvernance et la boulimie du pouvoir de certains dirigeants très souvent mal élus. C’est dire si par rapport à cette force anti coups d’Etat, la CEDEAO doit revoir sa copie. Et cela, sous peine de voir le fossé de la confiance se creuser davantage entre elle et des populations de son espace géographique bien décidées à jouer leur rôle de vigie et à ne plus se laisser imposer n’importe quel imposteur.

 « Le Pays »

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