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Commerce de diamants : des sanctions difficiles à faire respecter

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Les faits 
 

L’Union européenne a proposé mercredi 15 novembre d’interdire les importations de diamants russes, grâce auquel Moscou financerait une partie de sa guerre en Ukraine. Plusieurs tentatives ont vu le jour pour enrayer le trafic des « diamants de sang », notamment en Afrique, mais elles sont entravées par la difficile traçabilité des gemmes.

  • Vinciane Joly,

La Commission européenne a proposé mercredi 15 novembre d’interdire les importations de diamants en provenance de Russie. Celle-ci est accusée de financer une partie de sa guerre contre l’Ukraine grâce au commerce lucratif de ces pierres précieuses, qui représentent un chiffre d’affaires d’environ quatre à cinq milliards d’euros par an.

Le commerce de diamants est au cœur de polémiques depuis la fin du XXe siècle. Source financière pour les groupes armés lors de guerres civiles en Afrique, ce trafic est aussi accusé de favoriser les violations des droits de l’homme.

Pays impliqués

Lors de la guerre civile angolaise (1975-2002), le mouvement anticolonial d’inspiration maoïste Unita exploite des mines de diamants et les vend à l’étranger pour financer ses équipements militaires. Les Nations unies estiment que sur les 4 milliards d’euros récoltés par l’Angola grâce au commerce de diamants entre 1994 et 1998, 93 % ont fini dans les caisses de l’Unita.

En Sierra Leone, lors de la guerre civile de 1991 à 2002, les rebelles de Front uni de libération échangent des diamants contre des armes, notamment par l’entreprise du président du Libéria voisin, Charles Taylor. La République démocratique du Congo et la République centrafricaine sont également des pays producteurs de diamants en proie à de longues et sanglantes guerres civiles, tandis que la République du Congo fait office de plaque tournante pour contourner les sanctions.

Le processus de Kimberley,

À la fin des années 1990, plusieurs ONG, dont Global Witness et Impact, dénoncent ces « diamants de sang », extraits de mines dans des zones de guerres, vendus illégalement et clandestinement au profit de groupes armés. À la suite de leurs rapports, l’ONU enquête sur les liens présumés entre la présence de gemmes et les conflits armés. En mai 2000, l’Afrique du Sud lance une plateforme de négociations, le processus de Kimberley, pour créer un système de certification des diamants.

Rassemblant 81 pays, qui couvrent plus de 99 % de la production mondiale, le processus débouche en janvier 2003 sur des procédures pour contrôler l’import et l’export de diamants bruts et s’assurer qu’ils ne financent pas les tentatives de mouvements rebelles « pour renverser les gouvernements légitimes ».

L’épineuse question de la traçabilité

Toutefois, deux limites viennent entraver ce processus. Tout d’abord, la traçabilité des diamants s’avère épineuse car le commerce manque de transparence. « Les gouvernements concernés ne sont pas parvenus à créer un système de surveillance indépendant à même de vérifier si les contrôles douaniers indispensables sont en place », dénonce Human Rights Watch en 2018. Les pierres peuvent changer de mains plusieurs dizaines de fois entre la mine et le marché.

Ainsi, en Centrafrique, où l’exploitation illégale des gemmes finance les rebelles Séléka, un embargo est mis en place en 2013 puis partiellement levé en 2016. Toutefois, en 2017, Global Witness révèle l’existence d’un réseau de jeunes contrebandiers qui écoulent les diamants de sang de Centrafrique via Facebook et Instagram.

Ensuite, le processus de Kimberley a adopté une définition restreinte des diamants de sang. Celle-ci ne « s’applique qu’aux diamants bruts, ce qui exclut de son champ d’application les pierres totalement ou partiellement taillées ou polies », note Human Rights Watch. En outre, les restrictions ne concernent que les groupes armés, et non les gouvernements qui commettent des violations de droits humains ou promeuvent le travail forcé des enfants.

C’est notamment le cas à Marange au Zimbabwe, où l’armée tue 200 personnes en 2007 pour prendre le contrôle d’une mine de diamants et l’administre ensuite en faisant travailler des enfants. Malgré les preuves accablantes contre le régime du président Robert Mugabe, un embargo est imposé seulement à partir de 2010. Moins d’un an après, les exportations sont à nouveau autorisées.

LaCroix

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