COLLOQUE INTERNATIONAL PAICV à PRAIA au CAP VERT DU17 ET 18 MAI 2024 : Discours du président du MLPC Martin Ziguélé

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COLLOQUE INTERNATIONAL PAICV PRAIA CAP VERT DU17 ET 18 MAI 2024

MARTIN ZIGUELE

« Au moment où l’on célèbre le Centenaire de Amilcar Cabral, l’Afrique doit faire face aux effets d’un ordre mondial en mutation : Quel rôle pour la Gauche Démocratique ? »

La reconfiguration des pouvoirs en cours dans le monde : Implications pour l’Afrique et rôle que pourrait avoir le Continent dans le nouveau monde multipolaire.

Aujourd’hui tous les analystes politiques, sur tous les continents s’accordent pour reconnaitre que nous assistons à un bouleversement de l’ordre mondial auquel nous sommes habitués depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le film de l’histoire universelle s’accélère, avec une succession de clichés, mais toujours la même trame : la volonté des puissants du montant, de préserver leur hégémonie sur le triple plan politique, économique et culturel, et les différentes tentatives des pays de la périphérie d’affirmer leur souveraineté tout cherchant leurs voies. Les principales séquences de ce film peuvent être présentées de la manière suivante, avant d’arriver à la question centrale : que faire ? Qu’est-ce que la gauche démocratique mondiale, et particulièrement africaine, doit faire, dans ce monde multipolaire et stressant, pour à la fois jouer un rôle positif dans ces changements tout en faisant comme le PAICV au Cap-Vert, qui a fait la promotion de la bonne gouvernance, et dont les résultats sont visibles au plan du développement humain et du bien-être des populations. Comment la gauche démocratique en général peut œuvrer pour la démocratie, le respect des droits fondamentaux et la bonne gouvernance, et ne pas céder aux sirènes des toutes tutelles, nouvelles et anciennes, et se consacrer à la construction et à l’affirmation d’un meilleur avenir des peuples africains ?

Si nous reprenons le film, nous avons les grandes séquences suivantes :

1- Avant même la fin de la seconde guerre mondiale, les puissances victorieuses se sont réunies à Yalta pour se partager des zones d’influence respectives dans le monde avec deux têtes de file : les USA et l’Union soviétique. Symbole des symboles, Berlin la capitale du IIIème Reich, a été partagé entre les USA et ses alliés d’une part et l’union soviétique de l’autre. Elles décidèrent de remplacer l’inefficace SDN (Société des nations) par l’ONU dès 1945. Dans la foulée, Les Etats-Unis ont arrêté dans le cadre du consensus de Washington les règles du jeu économique autour de sa monnaie –le dollar américain-et de son économie, et impulseront la création de la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (ancêtre de la Banque mondiale) et du FMI. Cette hégémonie lui permettra de mobiliser les moyens par le biais du Plan Marshall pour reconstruire l’Europe occidentale détruite et le Japon occupé. Pendant cette période, l’Afrique (hors Ethiopie) étaient des possessions coloniales, de même qu’une grande partie de l’Asie et de l’Amérique latine.

2- Il faudra attendre 1959 pour que les pays du tiers monde se réunissent à Bandoeng pour lancer le concept du non alignement avec Nasser, Nehru, Soekarno et d’autres. L’objectif déjà était de se tenir à équidistance des deux blocs. Dans les faits cette position n’était pas tenable pour nombre des jeunes Etats après la vague des indépendances : certains ont décidé de conserver des liens très forts avec leurs anciennes puissances coloniales et se sont alignés sur le bloc occidental, tandis que d’autres ont décidé de s’affranchir de cette tutelle politique et de se tourner vers les pays de l’Est. D’autres encore ont calqué l’organisation politique des pays de l’Est avec des régimes de partis uniques tout en gardant une économie libérale, mais tous les pays sans exception sont soumis à la même règle économique, celle de fournisseurs de matières premières et de main d’œuvre pour les économies du centre. Comme chacun sait qui tient l’économie tient réellement le pays.

3- Après la chute du mur de Berlin, et l’effondrement du bloc soviétique, le monde est revenu pendant un moment à une situation unipolaire jusqu’à une certaine « renaissance » de la Russie.     Cette renaissance, rapide sur le plan militaire et diplomatique, s’appuie sur la Chine, la Corée du Nord et l’Inde dans une certaine mesure. La guerre en Ukraine a renforcé les stratifications et chaque pays africain est convoqué à choisir son camp. L’influence de la Russie s’accroit chaque jour en Afrique, avec une offre de coopération militaire singulière qui consiste à passer par des SMP de type Wagner rebaptisé Africa Corps pour lutter contre les mouvements irrédentistes, protéger les dirigeants, se faire payer en nature et en espèces, créer les conditions d’une perpétuation de ce modèle en procédant à de la manipulation politique de masse contre les anciennes puissances coloniales en particulier mais l’Occident en général et surtout pour affaiblir la démocratie représentative. Le talon d’Achille de leur offre est le rétrécissement de l’espace public, la montée des violences politiques et l’absence de perspectives sérieuses de coopération économiques.

4- Aujourd’hui, la question centrale est de ne pas quitter un esclavage ancien pour un esclavage nouveau. Il s’agit d’être exigeant et lucide sur les attentes de l’Afrique pour faire de nos pays des pays bien gouvernés, démocratiques et efficaces dans leurs politiques publiques dans l’amélioration du bien-être des populations. Il y’a des questions transversales qui ne peuvent être résolues que dans un cadre multilatéral (la question centrale de l’industrialisation de l’Afrique pour sortir de l’économie de traite, la question de la sécurité et de la lutte contre toutes sortes de trafics, la question de l’environnement et de la lutte contre les changements climatique) et d’autres qui relèvent du respect du principe de la souveraineté du peuple.

5- Diversifier des partenariats pour réduire les vulnérabilités qui sont associées à une dépendance unilatérale vis-à-vis de l’Occident et des nouveaux centres d’influence.

6- Faire comme le PAICV, fort de sa longue expérience de gouvernance de Cabo Verde avec des résultats palpables au plan du développement humain et du bien-être des populations, croit fermement que la véritable démocratie, le respect des droits fondamentaux et la bonne gouvernance, qui exclut toutes tutelles, sont essentiels à la construction et à l’affirmation d’un meilleur avenir des peuples africains.

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