CHOIX D’UN PRISONNIER COMME CANDIDAT D’UN PARTI DISSOUS AU SENEGAL  : A quel jeu joue le PASTEF ?

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Il s’appelle Bassirou Diomaye Faye. Il est le secrétaire général du parti les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) et bras droit de Ousmane Sonko qui croupit en prison suite à sa condamnation, le 1er juin dernier, à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse ». Depuis le 20 novembre dernier, Bassirou Diomaye Faye est donc le plan B du PASTEF-Les Patriotes qui l’a désigné pour être son porte-flambeau à la présidentielle du 25 février prochain, et recueillir les parrainages nécessaires à la validation de sa candidature. Cela, en attendant la décision du tribunal d’instance de Dakar, chargé par la Cour suprême, de rejuger le dossier de radiation du leader du parti, Ousmane Sonko, des listes électorales. Le hic est que dans la foulée des violentes manifestations qui ont entouré l’inculpation et la mise sous mandat de dépôt de son leader, le PASTEF a été dissous par décret N°2023-1407 du 31 juillet 2023. Une mesure de dissolution qui a été actée par le ministère de l’Intérieur et de la sécurité publique, et qui continue de frapper le parti du natif de Thiès. Et pour ne pas véritablement arranger les choses, son numéro 2, Bassirou Diomane Faye, a aussi maille à partir avec la Justice.

 

On se demande à quoi rime ce choix porté sur un candidat qui ne jouit pas de la liberté de ses mouvements

 

En effet, ce fidèle compagnon de l’étoile montante de l’opposition sénégalaise, a été jeté en prison, le 14 avril dernier, suite à une publication jugée outrageante. A ce jour, il cumule déjà plus de huit mois de détention préventive, pour « diffusion de fausses nouvelles, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué » auxquelles ont été ajoutées les charges d’« appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’Etat, complot contre l’autorité de l’Etat, actes et manœuvres de nature à compromettre la sécurité publique et à créer des troubles politiques graves, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». Au regard de ces charges extrêmement lourdes et susceptibles de compromettre ses chances de briguer la magistrature suprême, on se demande à quel jeu joue le PASTEF. La question est d’autant plus fondée qu’au-delà de la mesure de dissolution du parti qui paraît un handicap majeur, on se demande à quoi rime ce choix porté sur un candidat qui ne jouit non seulement pas de la liberté de ses mouvements, mais aussi et surtout sur la tête de qui plane la même épée de Damoclès de l’inéligibilité en cas de lourde condamnation, qui est en passe de mettre totalement hors-jeu le leader du parti.  Est-ce une façon de chercher à troubler le sommeil du pouvoir ? Est-ce dans le but d’exercer une certaine forme de pression sur la Justice à l’effet d’obtenir l’élargissement du prévenu qui jouit toujours de la présomption d’innocence ? Est-ce parce que malgré les obstacles, le parti estime être dans son bon droit de présenter un candidat, et croit toujours en ses chances de jouer les premiers rôles à la prochaine présidentielle ?

 

Des déboires judiciaires de ses principaux leaders, le PASTEF devrait tirer leçon pour mieux se projeter dans l’avenir

 

Bien malin qui saurait répondre, pour l’instant, à ces questions. En attendant, le rejet des différentes demandes de mise en liberté provisoire de ce candidat de substitution, n’est pas de bon augure pour le PASTEF. Et si l’on peut comprendre la volonté du parti, de continuer à exister politiquement, on peut, par contre, se poser des questions sur les chances de succès d’une telle stratégie, à quelque trois mois de la présidentielle du 25 février prochain. Quels espoirs de voir cette candidature par défaut, être validée pour un parti censé ne pas exister officiellement ? Et même si, par extraordinaire, la candidature de Bassirou Diomane Faye venait à être validée, ce dernier qui est loin d’afficher la même popularité qu’Ousmane Sonko, fera-t-il le poids face aux autres candidats en général, et à celui de la majorité au pouvoir en particulier ? Rien n’est moins sûr. Surtout qu’au sein de sa propre formation politique, l’annonce de son choix fait l’objet de réactions plutôt controversées, entre ceux qui y voient une fine stratégie d’un Ousmane Sonko qui est loin de jeter les armes de la lutte pour la magistrature suprême, et ceux pour qui la seule activation de ce plan B, traduit à suffisance la mort des ambitions présidentielles, à l’horizon 2024, du maire de Ziguinchor qui suscitait beaucoup d’espoirs chez ses compatriotes. Mais des déboires judiciaires de ses principaux leaders, le PASTEF devrait tirer leçon pour mieux se projeter dans l’avenir. Car, à l’allure où vont les choses et sauf retournement de situation, tout porte à croire qu’en ce qui concerne la présidentielle de 2024, les carottes sont cuites pour le PASTEF. On est d’autant plus fondé à le croire qu’avec le recul, il n’y a pas de doute que le parti s’est fourvoyé dans sa stratégie, à la lumière de la condamnation judiciaire de son leader dans les conditions que l’on sait, sur fond de renoncement du président Macky Sall au troisième mandat dont l’opposition lui prêtait l’intention. En tout état de cause, la stratégie de la victimisation a montré toutes ses limites et on se demande si le réveil du parti à travers l’adoption de ce plan B, n’est pas un peu tardif. Quoi qu’il en soit, s’il échouait dans sa volonté de présenter un candidat à la présidentielle de février prochain, le PASTEF ne pourrait s’en prendre qu’à lui-même, pour n’avoir pas su assurer ses arrières. Une leçon qui vaut pour l’avenir et pour tous les autres partis.

 

« Le Pays »

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