Centrafrique : Wanzet Linguissara cité dans le Rapport du Groupe des Experts de l’Onu mais nommé à la présidence par l’Imposteur de Bangui

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Groupes d’autodéfense du quartier PK5 : du statut d’ennemi numéro un à celui de force auxiliaire

Le Groupe d’experts a déjà décrit les activités des groupes d’autodéfense autoproclamés du quartier PK5, lesquels se sont livrés à des combats contre la MINUSCA et les Forces de sécurité intérieure et ont commis depuis 2013 de nombreuses violations des droits humains (voir S/2018/729, par. 61 à 69). Dans le cadre de ses enquêtes, il a découvert qu’en dépit des relations historiquement S/2021/56930/188 21-06676 conflictuelles avec les forces de sécurité de l’État, des éléments connus de ces groupes avaient été secrètement recrutés par des responsables de l’État depuis janvier 2021 et se désignaient eux-mêmes comme « les volontaires ».

Le Groupe d’experts a recueilli les témoignages de membres de groupes armés, de représentants d’autorités locales, de membres des FACA et de recrues, qui ont décrit le mécanisme de recrutement. La procédure a débuté à la mi-janvier et a été menée sous la supervision directe du Ministre de l’intérieur chargé de la sécurité publique, Henri Wanzet-Linguissara, par la voie d’un réseau d’intermédiaires qui avaient des relations dans le quartier PK5. La recrue la plus notoire était sans doute Mahamat Rahama, alias « LT », le principal dirigeant du groupe d’autodéfense du PK5 depuis la mort du « général » Nimery Matar Djamouss, alias « Force », en juin 2019. « LT » a mené les négociations concernant les recrutements directement avec le Ministre de l’intérieur chargé de la sécurité publique. Bien qu’ils aient précédemment participé au processus de désarmement, de démobilisation, de rapatriement et de réintégration, 58 combattants subordonnés à « LT » ont été recrutés
au moyen de ce processus parallèle et, depuis janvier 2021, se battent contre la CPC aux côtés des FACA, des Forces de sécurité intérieure et des instructeurs russes, principalement le long de l’axe Bangui-Boali-Bossembele.

Selon des sources interrogées par le Groupe d’experts, les nouvelles recrues ont été réparties en trois groupes et déployées sous les ordres des personnes suivantes : « LT », également considéré comme le « chef d’état-major » des trois groupes ; « Abakar », ancien « secrétaire général » de « Force », impliqué dans la campagne de dénigrement public lancée au début de 2020 contre quatre membres du personnel de la MINUSCA (voir S/2020/662, par. 60) ; Abbas, alias « Kambatiwa », qui a pris la tête d’un groupe de combattants basés dans le quartier PK5, anciennement dirigé par « Apo » (voir S/2018/729, par. 61). Chacun des trois groupes a reçu des armes, ainsi que des uniformes et un véhicule de la gendarmerie. D’après plusieurs témoins oculaires, la remise des véhicules a eu lieu à la mi-janvier devant l’ancien « Cinéma Étoile », dans le quartier PK5. Le Groupe d’experts a obtenu des preuves photographiques montrant des éléments du groupe du PK5 vêtus d’uniformes de la gendarmerie et à bord de véhicules de la gendarmerie 9, ainsi que « LT », en tenue militaire et muni d’armes de guerre (voir annexe 4.3). Ces éléments apparaissaient aux côtés de personnes que les sources du Groupe ont identifiées comme faisant partie de l’équipe d’instructeurs russes, mais qui, selon certaines des recrues du PK5, s’étaient présentées comme des ressortissants syriens et libyens et avaient participé à des opérations de combat aux côtés des recrues (voir par. 68). Les recrues du PK5 ont également expliqué au Groupe que l’un des domiciles de Wanzet-Linguissara, situé dans le quartier de Gobongo, dans le quatrième arrondissement de Bangui, leur servait de plateforme logistique et de résidence protégée où ils se rendaient après avoir mené des opérations et venaient chercher des munitions et des paiements.

Les éléments recrutés ont confirmé au Groupe d’experts que chaque nouvelle recrue était payée à la journée lorsqu’elle participait à des opérations aux côtés des soldats des FACA : 10 000 francs CFA (18 dollars), si elle avait sa propre arme, et 2 000 à 5 000 francs CFA (3,5 à 9 dollars), si elle n’en avait pas. Certains ont également indiqué qu’ils avaient été payés au mois et avaient touché 100 000 francs CFA (183 dollars). Les recrues interrogées par le Groupe ont déclaré qu’elles s’étaient vu promettre un enrôlement officiel dans la gendarmerie, mais elles n’ont obtenu aucun document officiel ni ordre de mission et ont reçu leur salaire en espèces.

Dans une vidéo publiée le 2 mars sur le compte officiel du Gouvernement sur les médias sociaux, le Ministre de l’intérieur chargé de la sécurité publique a déclaré que le Gouvernement utilisait l’ancien chef du groupe d’autodéfense du PK5 sur le terrain contre les rebelles. Le Groupe d’expert a compris que cette déclaration faisait référence à « LT ». Il a adressé une lettre officielle au Ministre pour lui demander son avis sur les conclusions du Groupe, mais n’avait pas obtenu de réponse au moment de l’établissement du présent rapport. Ni le Groupe d’experts ni aucun des partenaires du Gouvernement centrafricain participant à la programmation du désarmement, de la démobilisation, du rapatriement et de la réintégration, et de la réforme du secteur de la sécurité, n’ont été informés d’un quelconque nouveau plan visant à intégrer les anciens membres des groupes d’autodéfense du PK5 dans le secteur de la sécurité.

Source : le Rapport du Groupe des Experts de l’Onu

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