Centrafrique : Wagner, Touadéra et les Chinois assassinés : coulisses d’un malaise d’État

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POLITIQUE

Wagner, Touadéra et les Chinois assassinés : coulisses d’un malaise d’État

Depuis le meurtre de neuf Chinois, le 19 mars en Centrafrique, la tension monte à Bangui entre le gouvernement, la diplomatie de Pékin… et les Russes de Wagner, montrés du doigt.

Le président centrafricain s’en serait bien passé. Faustin-Archange Touadéra doit gérer l’épineux dossier de la mort de neuf Chinois, le 19 mars aux alentours de la mine de Chingbolo, dans la région de Bambari. Les victimes, dont les assassins n’ont pas encore été identi!és, travaillaient pour la compagnie chinoise GoldCoast Group.

Discrètes dissensions au gouvernement

Très rapidement, le porte-parole du gouvernement, Serge Ghislain Djorie, a pointé du doigt un « acte odieux » perpétré par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC, alliance de groupes armés centrafricains, dont le coordinateur est l’ancien président François Bozizé). Puis Faustin-Archange Touadéra a chargé l’un de ses fidèles, Évariste Ngamana, d’enfoncer le clou.

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Le premier vice-président de l’Assemblée nationale a dénoncé l’action de « mercenaires étrangers à la solde des puissances qui, des siècles durant, ont exercé la violence chez nous comme une arme favorite pour maintenir notre pays dans un chaos permanent ». Seulement, au sein même du gouvernement, cette version n’a pas rencontré une pleine adhésion.

Selon les informations de Jeune Afrique, plusieurs ministres de premier plan la contestent en effet en coulisses. Selon ces derniers, l’implication de la CPC n’a rien d’évident et la responsabilité de la tuerie du 19 mars est plutôt à chercher du côté des mercenaires russes du groupe Wagner, présents – entre autres – dans la région de Bambari.

L’ombre omniprésente de Wagner

Ces mêmes ministres ont glissé à plusieurs de leurs interlocuteurs que les hommes d’Evgueni Prigojine, qui exploitent déjà depuis plusieurs années la mine d’or de Ndassima, ont par le passé lorgné sur celle de Chingbolo, aujourd’hui aux mains de la chinoise GoldCoast Group. Surtout, de même source, ils n’auraient pas abandonné leurs ambitions d’en prendre le contrôle.

Sous pression, Vitali Perfilev – numéro un de Wagner à Bangui – et ses stratèges ont fait organiser le 22 mars, trois jours après les meurtres, une marche de soutien à la présence de la Russie et de la Chine en Centrafrique. Mais la tension n’est pas retombée pour autant, notamment au ministère des Mines, où Ruffin Bénam Beltoungou ne décolère pas.

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Le ministre craint que la situation ne s’envenime et pousse les Chinois à se désengager du pays, alors même qu’ils font partie des rares à s’acquitter de leurs taxes dans le domaine minier – au contraire, par exemple, des Russes de Wagner. Soucieux de ne pas s’aliéner Pékin, le gouvernement a donc créé le 21 mars une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les événements.

Les accointances du patron de la police

Supervisée par Manassé Wankian, procureur de Bambari, et suivie de près par le ministre de l’Intérieur, Michel Nicaise Nassin, cette commission est surtout menée par Bienvenu Zokoué, le directeur général de la police. Proche du président Touadéra, ce dernier entretient toutefois de très bonnes relations avec Wagner et Vitali Perfilev.

Selon nos informations, Bienvenu Zokoué et le patron de Wagner à Bangui se rencontrent en effet régulièrement au camp de Roux, où le mercenaire russe dispose de son bureau et de son quartier général, ou au siège de la police nationale centrafricaine

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Les investigations aboutiront-elles ? Elles sont en tout cas particulièrement scrutées par les autorités chinoises. D’après nos informations, l’ambassadeur de Chine à Bangui, Li Qinfeng, a ainsi exigé que des experts chinois y participent. Plusieurs d’entre eux, enquêteurs d’un
cabinet privé chinois, ont d’ailleurs atterri à l’aéroport M’poko de la capitale ce 26 mars.

Jeune Afrique

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