Centrafrique: Wagner derrière l’incendie chez le brasseur français Castel?

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Centrafrique: Wagner derrière l’incendie chez le brasseur français Castel?

Une deuxième capture d'écran de vidéosurveillance de l’incendie qui a détruit une partie du stock de la brasserie MOCAF, filiale du groupe français Castel à Bangui.
Une deuxième capture d’écran de vidéosurveillance de l’incendie qui a détruit une partie du stock de la brasserie MOCAF, filiale du groupe français Castel à Bangui. © Capture d’écran vidéo surveillance

Des hommes du groupe Wagner sont-ils à l’origine de l’incendie qui a détruit une partie du stock de la brasserie MOCAF, filiale du groupe français Castel à Bangui, dans la nuit du dimanche 5 au lundi 6 mars 2023 ? C’est en tout cas ce que laissent penser les extraits de la vidéosurveillance du site, dont RFI a obtenu copie.

Sur ces images, on voit deux groupes de deux hommes lancer, sur les coups de 1h du matin, des cocktails Molotov par-dessus le mur d’enceinte du site. Ces quatre hommes sont grands, athlétiques, en habits militaires, et portent leur mitraillette dans le dos.

Si leurs visages et leurs têtes sont couverts, leur affiliation au groupe paramilitaire russe est probable. Ils ne ressemblent pas en tout cas aux sept personnes arrêtées lundi soir dans un motel de Bimbo proche de la brasserie et présentées par la police centrafricaine comme les auteurs présumés de cet incendie criminel.

Des images de vidéo surveillance de l’incendie qui a détruit une partie du stock de la brasserie MOCAF, en République centrafricaine.

D’autres images de vidéo surveillance de l’incendie qui a détruit une partie du stock de la brasserie MOCAF, en République centrafricaine.

La MOCAF dénonce un « acte criminel et prémédité »

De source locale, ce ne seraient pas moins de trente-cinq objets incendiaires qui auraient été lancés dans la zone de stockage, faisant fondre un grand nombre de casiers et contraignant la direction de la MOCAF à jeter une importante quantité de bière.

Un responsable de la protection civile avait indiqué lundi à la Radio Ndeke Luka que des traces d’hydrocarbures avaient été découvertes, laissant peu de doutes sur l’origine criminelle du sinistre. Plusieurs personnalités, dont le Premier ministre Felix Moloua, se sont rendues sur place lundi pour apporter leur soutien à l’entreprise.

Dans un communiqué publié ce 7 mars 2023 en fin de journée, la MOCAF dénonce un « acte criminel et prémédité » ayant visé son dépôt d’emballage et ayant causé « d’importants dégâts économiques et matériels ». Un « acte crapuleux » ayant pour but de faire « stopper ses activités ». L’entreprise remercie le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur qui sont venus rapidement témoigner leur soutien au personnel.

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Fondée en 1953, employeuse de quelque 300 personnes, la MOCAF est depuis 1993 une filiale du géant français Castel, et depuis le début de l’année, elle fait l’objet d’une campagne d’attaques en ligne, d’actes malveillants et de manifestations hostiles.

Survols de drones et tentative d’intrusion

Dans la nuit du 30 au 31 janvier, des survols de drones avaient été observés, et une tentative d’intrusion de personnes cagoulées de « type caucasien », selon une source proche des autorités locales, avait été interrompue par l’arrivée des gendarmes. Le lendemain, alors que des renforts de gendarmerie et le conseiller sécurité du groupe Castel se trouvaient sur place, le chef de Wagner en RCA, Vitaly Perfilev, se serait présenté aux abords de la MOCAF, avant de rebrousser chemin.

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Plusieurs groupes proches des autorités ont accusé Castel de financer les groupes armés qui continuent de déstabiliser le pays. À la base de ces accusations, un rapport de 2021 de l’ONG The Sentry, affirmant que la sucrerie SUCAF, autre filiale de Castel, avait rémunéré l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) en échange de la poursuite de ses activités dans la région de la Ouaka, dans le centre du pays. Depuis, Castel est visé en France par une enquête préliminaire pour complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, et la SUCAF a été placée en liquidation.

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C’est d’ailleurs sur le site de la SUCAF à Ngakobo, que fin janvier, le ministre de l’Élevage Hassan Bouba a dans une vidéo assuré que les filiales de Castel continuaient à « ravitailler » les rebelles « en minutions, en carburant et en nourriture ».  Ancien numéro 2 de l’UPC, rallié aux autorités via l’accord de Khartoum et devenu ministre en décembre 2020, Hassan Bouba était nommé dans le rapport de The Sentry comme l’un des principaux bénéficiaires de l’accord entre l’UPC et la SUCAF. Sa proximité avec les représentants russes à Bangui s’affiche sur les réseaux sociaux, et lui a d’ailleurs permis de sortir rapidement des geôles de la Cour pénale spéciale en novembre 2021, alors qu’il avait été arrêté pour son rôle présumé dans le massacre d’Alindao, en 2018.

Le groupe Wagner multiplie les activités en Centrafrique

Les hommes d’Evgueni Prigojine ont multiplié leurs activités depuis leur arrivée en Centrafrique : or, diamant, bois, spiritueux ; ils visent désormais l’agriculture et l’élevage, et sont également suspectés de participer au trafic de carburants.

Plusieurs observateurs locaux remarquent que la campagne contre Castel coïncide avec le lancement de « Afrika Ti l’or », une bière brassée à la Maison russe de Bangui par le groupe Wagner. Il souhaiterait l’imposer sur le marché local, mais manque des capacités de production nécessaires. Quitte à vouloir récupérer la brasserie MOCAF, un site industriel unique dans le pays ?

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