Centrafrique : un ultimatum lancé aux Russes de quitter le camp Kassaï à Bangui

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Centrafrique. Un ultimatum lancé aux Russes de Wagner de quitter le camp Kasai à Bangui
28 juillet 2021 Nicolas Gros-Verheyde

(B2) La présence des mercenaires de la société russe de Wagner pèse pour les Européens. D’une manière très franche, l’amiral Hervé Bléjean, directeur de l’état-major de l’UE, avoue toute l’amplitude du problème et les efforts pour desserrer l’étau des Wagner sur l’État centrafricain. L’amiral s’exprimait devant la sous-commission défense (SEDE) du Parlement européen le 12 juillet

La concurrence réelle des Russes de Wagner

Cette présence de Wagner a un « impact réel » sur la mission de formation des troupes centrafricaines (EUTM RCA auprès des FACA) puisque ses membres « imposent leur propre entraînement comme un préalable au don de matériel pour [les] équiper ». Les formations des Wagner entrent donc « en concurrence avec celles réalisées » par les Européens. Ce d’autant plus que « la mission EUTM ne prévoit pas d’accompagnement opérationnel sur le terrain ».

Une guerre d’influence

Une influence particulièrement « mise en scène à grand renfort de communication » avec le film Le touriste, film à la gloire des Russes de Wagner, dont la première diffusion s’est faite « en présence de nombreux membres du gouvernement ». EUTM RCA « fait face comme d’autres acteurs en RCA à des actions de désinformation ».

Un ultimatum posé à Wagner du camp Kassaï

La question de l’engagement de la société privée russe Wagner a été « abordée de manière très claire avec le président Touadéra ». « J’ai demandé à ce que les acteurs de Wagner présents sur le camp Kasaï à Bangui », utilisé par les Européens pour l’entraînement, « quittent ce camp d’ici la fin de l’été ». Ce afin « d’éviter un mélange des genres préjudiciable à la visibilité de ce que nous faisons », a-t-il justifié. La date limite correspond au « premier cours de formation des officiers puisque l’école des officiers a été implantée par décret présidentiel à Bangui au camp Kassaï. »

Remplacer les sociétés privées par des Africains

Les Européens ont donc proposé au président de la République de « l’aider à conduire une feuille de route visant à réunir les conditions d’une solution alternative à la présence de sociétés privées ». Ces solutions alternatives pourraient « s’appuyer sur la présence d’acteurs africains en particulier ». Les FACA ont « toujours besoin d’un accompagnement sur le terrain », juge-t-il. Il serait donc possible, par exemple de « demander au Rwanda, à l’Angola, à d’autres pays africains avec lesquels [les Européens savons] travailler, de venir en aide à la République centrafricaine et de remplacer ces acteurs non étatiques qui nous préoccupent beaucoup », a proposé l’Amiral. Le président Touadéra a été « attentif à cette proposition », a-t-il rapporté. Maintenant « il faut regarder comment nous pouvons concrètement la mettre en oeuvre ».

Le président doit se passer des Wagner

L’officier général européen reconnait que la « situation est difficile » sur le terrain. Le président Touadéra, « même si l’on peut dire qu’il a été élu par voie de scrutin s’est retrouvé dans une situation très difficile lors de l’élection présidentielle ». Il était sous la menace des groupes armés qui avaient « l’intention claire de prendre le contrôle de la République centrafricaine et du gouvernement ». Cela constituait une « menace considérable pour lui et ses capacités à gouverner ». Il est aujourd’hui dans une « meilleure position qu’il ne l’était avant les élections », en partie grâce aux Russes de Wagner qui « ont fait le combat pour lui et avec les FACA ». Le président « sait certainement que son salut a été vraiment dépendant de l’implication de ces acteurs non étatiques ». La question est donc hautement politique et délicate. « Nous devons le convaincre que le moment est venu de changer de modèle », qu’il y a le temps de l’urgence et du « long terme ».

Des soldats sans règle

« Oui il y a des soldats professionnels » parmi les Wagner, reconnaît le militaire européen. « Mais ils ne respectent absolument aucune règle de droit de la guerre. Et c’est ma principale préoccupation. C’est très facile d’être un bon professionnel quand on n’a pas de restrictions pour tuer tous les personnes que vous voulez. » « Leur efficacité est aussi le paradoxe de leur manque de règles et d’obéissance à toute forme de règle. »

Des allégations d’exactions réelles

Le président centrafricain « ne peut pas rester longtemps avec une telle réputation en danger, de plus en plus d’exactions, s’il veut être la solution en tant qu’interlocuteur sur la scène internationale ». « Beaucoup d’allégations d’exactions aujourd’hui sont réelles » sur le terrain, affirme l’amiral (1). Un sujet sur lequel il a pu échanger avec le nouveau premier ministre Henri-Marie Dondra qui a été très à l’écoute aussi sur « le respect des droits de l’Homme et la lutte contre les exactions et impunités », assure-t-il.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec Agnès Faure, st. au Parlement européen)

1. Un propos qu’il avait tenu fin juin lors du dialogue UE – Afrique « J’ai vu Wagner sur le terrain. Ils sont partout. Ils n’apportent rien au pays sauf une réponse sécuritaire immédiate peut-être au prix de commettre beaucoup de… violations des droits de l’homme et d’atrocités. »

Pas de présence de la Chine

L’implication chinoise n’est pas très forte, du moins « pas visible » estime l’Amiral interrogé sur ce sujet par un eurodéputé. « Ils sont là. Je pense qu’ils attendent leur moment. Ils investissent un peu, mais rien de visible, mis à part la construction du bâtiment de la banque de la République centrafricaine. Il n’y a, je pense, absolument aucun appétit pour eux de s’impliquer en toute matière de défense et de sécurité. Ils sont plutôt en attente d’opportunités économiques. »

Source : B2

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