CENTRAFRIQUE : TENSION DE TRÉSORERIE ET PIÈGE GOUVERNEMENTAL PRÉSUMÉ: QUAND DES ENFANTS CATAPULTÉS AU PERCHOIR DE L’ÉTAT S’AMUSENT AVEC LA VIE DE TOUT UN PEUPLE

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CENTRAFRIQUE : TENSION DE TRÉSORERIE ET PIÈGE GOUVERNEMENTAL PRÉSUMÉ: QUAND DES ENFANTS CATAPULTÉS AU PERCHOIR DE L’ÉTAT S’AMUSENT AVEC LA VIE DE TOUT UN PEUPLE

Par Jean Bedel DINGA-KPILÈ

            Le capitaine FACA à la retraite Serge Ghislain Djiorie, ci-devant ministre de la Communication et des médias, porte-parole du gouvernement, vient de faire une de ces sorties médiatiques tonitruantes dont il est le seul à détenir le secret. On s’y attendait le moins en cette période où manifestement les caisses de l’Etat sont désespérément vides ou vidées, selon, et que tout bon responsable doit faire la politique de ses moyens.

Que les dépenses publiques soient suspendues momentanément par le ministre des Finances dans un contexte où les aides financières extérieures sont devenues rares car suspendues depuis plus de deux ans, quoi de plus normal qu’un gouvernement responsable, à travers le ministre politiquement compétent, prenne des mesures salutaires qui s’imposent !!!

     Partout dans le monde, c’est comme ça que cela se passe. Tout bon père de famille confronté à des difficultés financières sérieuses et persistantes doit prendre des mesures d’austérité jusqu’au point de suspendre ses plats préférés, sa consommation d’alcool ou de cigarette, ses sorties ou villégiatures de weekend en de galantes compagnies budgétivores. C’est le sens de  la Note de service signée le 16 décembre 2022 par le ministre des Finances Hervé Ndoba, annonçant la suspension de «toutes les dépenses» de l’État «jusqu’à nouvel ordre».

       Contre toute attente et en violation grave et flagrante des sacro-saints principes de la solidarité gouvernementale et de la non-immixtion d’un ministre dans les affaires de son collègue d’un autre département, l’inénarrable Serge Ghislain Djiorie va jeter le pavé dans la marre en prenant ouvertement et sans prendre des gants le contre-pied de son collègue des finances, si ce n’est trahir un secret de conseil des ministres ou de cabinet. Il dément, sur les ondes d’une radio de la place le samedi 24 décembre, les «tensions de trésorerie» mentionnées par son collègue dans la Note de service du 16 décembre, en faisant valoir que les salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat ont bel et bien été payés dès le 22 décembre. Une manière de dire que le ministre des Finances a menti, n’est-ce pas ?

      Plus grave, il ajoute que la « Note de service » du 16 décembre n’était en réalité qu’un « piège » tendu pour «mettre la lumière sur les vrais amis» de la République centrafricaine. Il déclare fort à propos: «Nous avons tout simplement tendu un piège pour savoir quels sont ceux qui sont vraiment de cœur avec la République centrafricaine, puisque la République centrafricaine depuis un certain temps fait l’objet de pressions, de campagnes de diffamation, de campagnes de dénigrement. C’est pourquoi nous avons tenu une réunion et puis demandé au ministre de prendre cette Note de façon subjective, pour savoir est-ce qu’il y a des gens qui sont de cœur avec la République centrafricaine» (sis).

       Et le membre du gouvernement d’ajouter, la main sur le cœur: « Le texte a été signé le 16 décembre de cette année et le 20 décembre, nous avons payé les salaires et toutes les dépenses obligatoires de l’État. Maintenant, je vous confirme tout simplement qu’IL N’Y A AUCUNE TENSION DU TRÉSOR EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE. La République centrafricaine fait l’objet de chantage, de campagnes de chantage, de campagnes de dénigrement. Alors, nous voulons tout simplement identifier les vrais amis de la République centrafricaine. Mais cela ne veut pas dire que par rapport à toutes les projections du développement, nous n’avons pas à le justifier non plus. Ça, nous savons que nous avons beaucoup de défis à relever puisque la RCA est sortie d’une crise, donc naturellement le besoin est énorme ».

     On le voit, le ministre Djiorie aurait ainsi divulgué un secret gouvernemental, à moins que ce soit le chef de l’Etat ou le premier ministre qui l’ont instruit à dire ce qu’il a dit. Mais dans quel intérêt ? Ailleurs, un décret serait tombé dans les heures qui suivent la diffusion de son interview, car il est inconcevable et inacceptable qu’un gouvernement se donne du plaisir à tendre un piège à son peuple, à ses concitoyens, aux usagers des services publics, à l’opinion nationale et internationale, ou qu’un ministre dévoile les secrets de délibération du gouvernement de cette manière, en exposant à la colère populaire un de ses collègues du gouvernement. Cacophonie !!!

      De tels propos gravissimes ne devaient que provoquer plusieurs réactions négatives y compris même au sein des partisans du pouvoir, de la classe politique, des confessions religieuses, des organisations de la société civile, et de l’intelligentsia centrafricaine. Le compatriote Ben Wilson Ngassan a réagi en ces termes sur la toile le 25 décembre dernier: « ‘’Piéger les opinions nationale et internationale à travers un communiqué du ministre des Finances pour mettre la lumière sur les vrais amis de la Centrafrique »? C’est exactement le langage de ceux qui ont fait du mensonge leur première religion. En ce jour de la nativité, la sortie de notre célèbre porte-parole me rappelle les pensées de deux grands auteurs qui ont bercé mon adolescence: « L’État est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche: ‘’Moi, l’État, je suis le Peuple » » (Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra). Et pour finir, paraphrasons Pierre-Joseph Proudhon: ‘’Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Centrafrique, pour concevoir comment les hommes qui ignorent complètement l’état d’un pays sont presque ceux qui le représentent’’. Dr Serge Ghislain aurait pu éviter de nuire à notre santé mentale en observant la trêve décrétée. Hélas !», conclue-t-il.

     Et quoi d’étonnant lorsqu’on sait que ce membre du gouvernement a assez démontré au grand jour, urbi et orbi, son amateurisme, son incompétence, son manque de culture institutionnelle et ses carences intellectuelles lors des interviews accordées à des médias nationaux et internationaux, sans oublier ses écrits sur la toile et les actes administratifs les plus élémentaires qu’il prend?

      Et le membre du gouvernement est loin d’imaginer les conséquences de sa déclaration. Car dès l’instant où il n’y a pas de tension de trésorerie et que les caisses de l’Etat sont pleines à craquer, les fonctionnaires et agents de l’Etat sont en droit d’exiger du gouvernement de leur payer sans tarder les arriérés de salaires, d’augmenter le montant des salaires, indemnités, primes et allocations familiales ! Les militaires affectés en provinces pourraient exiger qu’on leur paie sans tarder les arriérés de leurs primes globales d’alimentation (pga) ! Les étudiants de l’Université de Bangui vont exiger du gouvernement le paiement de leurs arriérés de bourses et la réouverture du restaurant universitaire ! Et les enseignants de la même université vont exiger du gouvernement le paiement de leurs arriérés de frais de vacation, frais de direction de recherche, et l’augmentation des salaires et diverses primes et indemnités ! Et le personnel de la santé… ! Et les députés… ! Et qui encore…!

    Aujourd’hui, c’est le piège autour de la fausse « tension de trésorerie». Et demain, le piège va tourner autour de quoi ? Seul M. Djiorie connaît le secret et il le dira certainement un jour. Prenons donc notre mal en patience.

     Dans les pays où les vrais décideurs se respectent, ce monsieur n’aurait pas duré 100 jours dans un gouvernement ni un cabinet présidentiel ou primatoral. Mais comprenez que « la RCA, c’est la RCA ». Ce « merveilleux pays des paradoxes et des records négatifs », comme aimait à le dire le bâtonnier Me Zarambaud Assingambi de son vivant.

     Nous y reviendrons.

Jean Bedel Dinga-Kpilè

Source: MEDIAS PLUS N°2917 du Jeudi 29 décembre 2022

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