Centrafrique/Soudan : Sous l’œil d’Alger, Touadéra engagé dans un pas de deux avec Burhan

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De discrets contacts ont été pris ces dernières semaines entre l’entourage du président centrafricain et celui du chef du Conseil de souveraineté soudanais, qui prévoient de se rencontrer prochainement.

Publié le 16.02.2024 à 5h40 GMT
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Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, amorce un rapprochement avec le général soudanais, Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté de transition. Plusieurs rencontres informelles se sont tenues à Bruxelles, Khartoum et Dubaï, ces dernières semaines, entre des hauts cadres du General Intelligence Service (GIS) soudanais, le président Touadéra, et certains de ses conseillers.

Au cours de ces entretiens, les généraux du renseignement soudanais ont évoqué sans ambages les liens passés de Touadéra avec Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemeti, le commandant des Rapid Support Forces (RSF). Ce à quoi le chef d’État centrafricain a répondu en pointant le soutien accordé par Khartoum à Noureddine Adam, l’un des principaux chefs de groupes armés actifs dans le nord de la Centrafrique.

Le général Burhan compte s’entretenir prochainement avec le président Touadéra, pour approfondir les échanges et sceller les contours de cette nouvelle entente. Celle-ci pourrait contribuer à isoler Hemeti sur la scène régionale.

Neutraliser Noureddine Adam

De son côté, Bangui souhaite obtenir du général Burhan qu’il prenne ses distances avec Noureddine Adam, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), en vue de neutraliser son pouvoir de nuisance. À la tête du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), l’opposant continue d’orchestrer des opérations avec ses miliciens dans la zone des trois frontières, qu’il parcourt assidûment en saison sèche, et de déstabiliser le septentrion centrafricain (AI du 06/09/22).

Cependant, Faustin-Archange Touadéra doit encore convaincre son homologue soudanais de l’intérêt de se détacher de Noureddine Adam. Cet ennemi revendiqué de Hemeti possède une capacité d’action contre les RSF bien plus importante que celle des Forces armées centrafricaines (FACA). Celles-ci, bien qu’en partie formées par les instructeurs du groupe paramilitaire russe Wagner, restent peu expérimentées et mal équipées.

Enfin, les liens entre l’inamovible ministre de l’élevage centrafricain, Hassan Bouba, et les RSF, peuvent constituer un frein supplémentaire aux yeux de Burhan (AI du 28/04/23). Le chef peul dispose d’un contrôle sur plusieurs factions armées dans l’arrière-pays, et en particulier au Nord-Est, lui conférant un rôle prépondérant au sein du dispositif sécuritaire de Touadéra.

Renouer avec des pays occidentaux

Pour Bangui, ce changement progressif de stratégie avec le Soudan s’inscrit dans une tentative en cours de rééquilibrage diplomatique. Toujours sous la pression de son partenaire russe et de Wagner, le président centrafricain cherche à renouer, sur le plan diplomatique et économique, avec des pays occidentaux, à commencer par les États-Unis et la France.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’accord passé avec l’opérateur américain Bancroft en vue de bénéficier d’instructeurs et d’appuis pour l’armée centrafricaine, en échange de permis miniers stratégiques (AI du 08/01/24). Washington, dont les services ont cherché à bloquer le dessein de Wagner d’établir un axe avec Hemeti au Soudan, est particulièrement actif pour contenir l’influence de Moscou à Bangui comme à Khartoum.

Vu de Centrafrique, Burhan semble par ailleurs disposer de soutiens parmi les puissances régionales, mais aussi d’autres acteurs clés des BRICS+, tels que l’Iran, avec qui Burhan a rétabli la relation diplomatique en octobre dernier. Le général soudanais prévoit de se rendre très prochainement à Téhéran, qui a récemment effectué plusieurs livraisons d’équipement militaire.

Coordonner une initiative de paix

Surtout, Bangui cherche à se rapprocher d’Alger, qui semble favorable à Burhan tout en préservant un semblant de neutralité. Le président Touadéra souhaite s’entretenir de la situation soudanaise et centrafricaine avec son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune.

Partenaire privilégié à la fois de la Russie, des États-Unis et de l’Iran, l’Algérie s’implique en vue de contribuer à la résolution du conflit au Soudan. En novembre 2023, son ancien ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a été désigné envoyé personnel pour le Soudan du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres (AI du 17/11/23). En tant que président de la Ligue arabe, le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune avait également tenté en 2023 d’amorcer et de coordonner une initiative de paix sous la houlette des Nations unies, de l’Union africaine (UA) et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

Cette dernière organisation régionale se trouve désormais dans le collimateur du général Burhan, qui la suspecte d’ingérence et cherche à l’affaiblir au point d’avoir gelé, le 16 janvier, ses relations avec celle-ci. Dix jours plus tard, il s’est rendu en visite officielle à Alger, où il a été reçu par le président Tebboune. Ce dernier s’est dit disposé à user de son mandat au Conseil de sécurité de l’ONU pour proposer un format de médiation interne et dépourvue de toute ingérence étrangère. Tous deux étaient accompagnés de leur chef du renseignement extérieur. Le patron de la Direction générale de documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), le général Mehenna Djebbar, s’est ainsi entretenu avec le chef du GIS, Ahmed Mufaddal.

AI

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