Centrafrique : « Si vous pensez que je suis déjà fini, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! »

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Alors que le député de la circonscription de Abba Issa Marc et ses collègues Claude Andoche Gondy Ndenguéré de Bria 2, Bernard Gbissigui Anoué de Bambouti, Georges Yalakanga de Bouar 2, Jacques Ngaïna de Bossemptélé, Ghislain Yago de Kembé et Rufin Outendé de Ippy, après avoir officiellement quitté la barque du MCU pour rejoindre le groupe parlementaire KNK le 27 juillet 2020, pensaient tout naturellement en avoir fini avec le Gangster de Bangui et son homme de main Augustin Yangana – Yahoté, grande a été leur surprise d’avoir été sommés au téléphone de  retourner dare – dare au bercail sous peine de sanctions disciplinaires du 2ème degré. De quoi s’agit – il  exactement ?

Non content, en effet,  d’être soudainement tenu informé du départ de ces sept (7) élus de la nation qui formaient en mars 2016 avec sept (7) autres le groupe parlementaire de l’UNDP, qu’il a ensuite corrompus et débauchés, à grands coups de vieux billets de banque, suivis de mielleuses promesses de postes ministériels, par l’entremise de l’actuel ministre de l’administration du territoire et du développement local, au moment des faits député de la 2ème circonscription du 4ème arrondissement de la ville de Bangui et président du groupe parlementaire de l’UNDP, de connivence avec un certain Stève Koba, en sa qualité de président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle, par la signature d’une alliance dont les termes n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque négociation entre le candidat des pauvres et le bureau politique de l’UNDP et le président Michel Amine, le roublard de Touadéra pique une colère noire et, alors qu’il se rendait à sa ferme sise à 15 Km de Damara, charge Augustin Yangana – Yahoté d’exprimer son état d’âme à ses anciens amis et de les forcer à renoncer à leur projet de ralliement au KNK de l’ancien président François Bozizé qui avait pourtant fait de lui recteur de l’université, inspecteur des mathématiques qu’il était,  puis premier ministre jusqu’au coup d’état de la Séléka, dont le retour inopiné ne cesse de lui donner de l’insomnie depuis fin décembre 2019.

Aussitôt dit, aussitôt fait. En bon diplomate, le ministre perverti de l’UNDP, dont la proposition de nomination n’a jamais été faite par le bureau politique et le président Michel Amine, tout comme celles d’un certain Guy – Francky Leffa et d’une certaine Ginette Amara,  réussit à joindre individuellement ses camarades d’hier. A l’arrivée, tous maintiennent leur position et refusent de débarquer de la barque du KNK dans laquelle ils viennent d’embarquer. Devant leur intransigeance, il les convoque tous ce même jour – là à une concertation, aliquo Bangui intra muros. Ensemble et en face de lui, tous dénoncent la roublardise du Gangster de Bangui, ses maintes promesses fallacieuses, son caractère avaricieux et ses intentions inacceptables de soumettre à des primaires leurs prochaines candidatures avec d’autres candidatures du MCU, dont les titulaires sont soigneusement cooptés et adoubés par lui, mieux lotis financièrement et matériellement qu’eux et connus de tous comme gagnants d’office.

N’ayant aucun argument politique plausible à opposer à cet ensemble d’arguties qui met visiblement à nu le mathématicien de Boy – Rabé et pour se laver les mains dans ce qui ressemble étrangement à un marché de dupes, Yangana rentre en contact avec son mentor déjà sur la route du retour à Bangui. A peine lui eut – il fait le compte – rendu de leur refus d’obtempérer à ses injonctions qu’il se fâcha à nouveau et insista pour que ses interlocuteurs revinssent à la raison. Issa Marc prit alors la parole pour lui transmettre fidèlement et posément les raisons ayant sous – tendu à leur choix. Mis devant le fait accompli, le Gangster de Bangui s’énerva en ces termes : «  Si vous pensez que je suis déjà fini, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! » ; ce qui signifie en français facile : « Je finirai bien par vous avoir tous, vous et votre Kangara ! » Une menace à prendre très au sérieux par Issa Marc et sa bande. A eux d’être désormais très prudents, car l’on ne tente pas le Diable et ne mange pas avec lui. Or, ils ont pris de son argent, sont assis à table et ont partagé  ses mets les plus succulents, sans l’avis préalable de leur parti et de son président Michel Amine. Ils en payeront sans aucun doute le prix tôt ou tard : celui de la trahison. Comme un certain Judas Iscarioth !

Ceci étant dit, la troublante odyssée que vivent aujourd’hui Issa Marc et ses six (6) compagnons de fortune et d’infortune pose une fois de plus dans toute sa nudité l’épineuse question du nomadisme politique, du mal transhumant ou plus exactement des infidélités politiques qui constituent les limites et les perversions à l’exercice de notre démocratie, pendant cette 6ème législature. « Empruntée au vocabulaire pastoral, la transhumance désigne la migration périodique des troupeaux à la recherche d’espaces plus favorables à leur sustentation et à leur épanouissement. Transposée à la vie politique, elle renvoie à l’attitude de l’homme politique qui migre d’un parti politique auquel il appartient au moment de son élection vers un autre parti, pour des intérêts personnels », a martelé Benjamin Boumakani dans « La prohibition de la transhumance politique des parlementaires ».

Et celui-ci de poursuivre :  » La transhumance est différente de la dissidence : le dissident organise sa tendance au sein de son parti, ou le quitte pour en créer un autre, ou déploie son jeu politique en dehors des partis. Le transhumant ou le nomade politique, au contraire, quitte son parti, avec armes et bagages, pour en rejoindre un autre, tout en se réservant la possibilité, au gré des circonstances, de revenir dans son parti d’origine. Dans la pratique, la transhumance se présente, le plus souvent, comme des épisodes de reniements, de revirements, de ralliements d’anciens opposants, élus nationaux ou locaux, qui, après avoir bénéficié de l’investiture de leurs partis, démissionnent pour rejoindre la mouvance gouvernementale avec l’espoir de bénéficier de quelques avantages ». C’est ce que l’on ne reprochera jamais assez à Issa Marc et Autres. Malheureusement, ils n’étaient pas seuls à figurer dans ce registre des députés corrompus, transhumants et infidèles. Leurs collègues du Patrie de Crépin Mboli – Goumba, de la CRPS de Me Nicolas Tiangaye, du RPR du président Ferdinand Alexandre Nguendet les y avaient également sans aucune gêne rejoints.

Ce phénomène pose à la fois des problèmes d’ordre éthique, moral et juridique sur la portée desquels les opinions divergent. Pour les uns, la transhumance politique n’a rien de répréhensible au regard des règles qui gouvernent la vie démocratique. Elle est la manifestation de la liberté reconnue à chaque citoyen, de créer un parti, d’adhérer à un parti ou de le quitter. Elle est, par ailleurs, conforme au mandat représentatif qui consacre juridiquement l’indépendance absolue de l’élu à l’égard de ses électeurs et l’irrévocabilité de son mandat, contrairement au mandat impératif qui fait peser sur l’élu l’obligation d’appliquer les instructions des électeurs ou du parti, le refus étant sanctionné éventuellement par une révocation. Pour les autres, la transhumance est appréhendée comme un fléau pour la démocratie en Afrique, en général, et en Centrafrique, en particulier, en ce qu’elle instrumentalise les élus en quête de quelques avantages matériels et de promotion politique, affaiblit les oppositions dont les élus sont à la merci des majorités au pouvoir, fragilise les équilibres et les contrepoids nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie, cultive et entretient l’immoralisme en politique. En considération de l’exemple des députés de l’UNDP et du rôle néfaste au renforcement de la démocratie dans notre pays qu’ils ont joué pendant cette période, il est plus qu’urgent que l’on revienne aux dispositions consacrées par l’ancienne constitution, selon lesquelles « Tout candidat titulaire élu député sous la bannière d’un parti politique qui quitte son parti, est considéré comme démissionnaire. Dans ce cas, il doit être remplacé par son suppléant qui est astreint aux mêmes obligations ».

Aux dernières nouvelles, beaucoup de tractations seraient en cours entre les sept (7) autres députés de ce parti et bien d’autres appartenant à d’autres partis politiques pour revenir à la maison – mère ou regagner d’autres nouvelles structures politiques, excepté le MCU. Signe comme quoi, ces gens ne sont pas du tout cons ; car c’est sous la bannière de ces partis qu’ils ont pu obtenir leur siège à la représentation nationale. A leurs électeurs qu’ils ont abandonnés durant cinq (5) bonnes années, de leur demander des comptes sur la base de leur programme et de leurs réalisations, en refusant tout simplement de leur renouveler leur confiance ou en leur redonnant leurs voix  ! Et c’est cela, la vraie démocratie.

Jean – Paul Naïba

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