Centrafrique : Sarandji est allé prendre des instructions à la Douma

0
264

 

Députés africains et russes unis contre le « néocolonialisme » occidental

Les 19 et 20 mars, une quarantaine de délégations africaines se sont rendues à Moscou en amont du sommet Russie-Afrique prévu en juillet à Saint-Pétersbourg, pour discuter coopération et lutte contre l’influence des « anciennes puissances coloniales ».

Du bureau de Vladimir Poutine à la Douma, dans le centre de Moscou, il n’y a qu’un pas. C’est au siège du Parlement russe, à quelques mètres du Kremlin, que s’est tenue, les 19 et 20 mars, la conférence « Russie-Afrique dans un monde multipolaire », la deuxième consacrée au renforcement de la coopération entre parlementaires africains et russes. Cette rencontre intervient en amont du prochain sommet Afrique- Russie, qui doit se tenir à Saint-Pétersbourg fin juillet, quatre ans après celui de Sotchi.

L’enceinte du bâtiment de type soviétique avait été spécialement réaménagée pour accueillir les quarante délégations africaines. En ouverture, le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a prononcé un discours sur les influences russe et occidentale en Afrique. « Chers collègues, ce n’est pas Washington qui doit nous apprendre comment construire nos relations amicales ni des plans pour le futur », a-t-il lancé, défendant les intérêts russes en Afrique qui, selon lui, n’ont « jamais été mercantiles » contrairement à ceux des États-Unis et des pays européens.

Invités de marque

Lundi 20 mars, Vladimir Poutine est intervenu lors de la conférence, entre deux rendez-vous avec le président chinois Xi Jinping en visite offiecielle en Russie pour trois jours. Le président russe a notamment insisté sur la nécessité de coopérer davantage avec les pays africains –une des « priorités » de sa politique étrangère. Il a aussi annoncé la livraison gratuite de céréales aux pays du continent en cas de non -renouvellement de l’accord alimentaire entre la Russie et l’Ukraine. Il a également indiqué que des militaires africains, originaires d’une vingtaine de pays, étaient actuellement en formation en Russie.

Parmi l’auditoire, de nombreux parlementaires du continent étaient présents. Le président du Conseil national de la transition (CNT) malien, le colonel Malick Diaw, membre de la junte au pouvoir à Bamako qui a fait de la Russie son nouvel allié, a dénoncé la « perpétuation [de la] domination » des « anciennes puissances coloniales ». Le burkinabè Ousmane Bougouma, président de l’Assemblée législative de la transition (AST), a également assisté à la conférence, tout comme le vice-président du CNT tchadien, Malloum Yoboïdé Djeraki, et le président du CNT guinéen Dansa Kourouma.

À LIRE
Russie-Afrique : de Kemi Seba à Nathalie Yamb, les « influenceurs » pro-Poutine du continent

Le président de l’Assemblée nationale centrafricaine, Simplice Mathieu Sarandji, le porte-parole de l’Assemblée nationale du Zimbabwe,Jacob Mudenda, ou encore le vice-président du Conseil de la nation algérien, Hamoud Abdenasser, ont aussi participé à des tables rondes.

Cipriano Cassamá, le président du parlement de Guinée-Bissau, s’est entretenu avec Viatechslav Volodine en marge de la conférence, tout comme Simplice Mathieu Sarandji, Malick Diaw et Ousmane Bougouma. À l’issue de leur entrevue, Bougouma a évoqué la création d’une commission de travail bilatérale entre la Russie et le Burkina Faso, et réitéré sa volonté de coopérer avec Moscou : « Le partenariat avec la Russie n’est pas un phénomène de court terme, c’est un choix de long terme et de confiance ». Le président de la Douma a aussi rencontré le président du Sénat congolais, Pierre Ngolo, et la porte-parole de l’Assemblée nationale sud-africaine, Nosiviwe Mapisa-Nqakula.

Une délégation marocaine, dirigée par le premier vice-président de la Chambre des représentants, Mohamed Sabbari, était aussi présente à Moscou. « Les pays du continent africain ne soutiendront jamais des gens qui ont les mains tâchées de sang et qui veulent nous apprendre la démocratie, a-t-il soutenu lors d’un discours virulent. Ces pays ont colonisé le continent africain, mais heureusement nos États ont réussi à leur dire au revoir. »

Réquisitoires contre le néocolonialisme

Lors de cette conférence interparlementaire, l’influence de l’Occident était souvent au cœur des allocutions. La militante suisso-camerounaise Nathalie Yamb, déjà présente au sommet de Sotchi en 2019, et le franco-béninois Kémi Séba, deux influenceurs connus pour leurs liens avec les réseaux russes, sont ainsi intervenus lors d’une conférence baptisée « Néocolonialisme de l’Occident : comment éviter que l’histoire ne se répète ? »

Lors de leurs prises de parole, les différents orateurs ont longuement critiqué les agissements des anciens pays colonisateurs européens, mais aussi ceux des États-Unis. « Ce n’est un secret pour personne que l’indépendance que les puissances coloniales nous auraient accordée était une autre forme d’oppression », a déclaré le président du CNT malien, Malick Diaw.

À LIRE
Au Mali, plongée dans le système Wagner

Pour le vice-président de la Douma, Piotr Olegovitch Tolstoï, seuls deux camps sont possibles. « Les représentants de plusieurs pays nous ont dit qu’ils étaient sous pression des Occidentaux qui leur avait demandé de ne pas venir ici », a-t-il affirmé. Jacob Mudenda , à la tête de la délégation zimbabwéenne, a quant à lui fustigé la décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’émettre un mandat d’arrêt international contre Vladimir Poutine. « La Charte des Nations unies et le droit international sont manipulés comme bon
leur semble », a-t-il tonné.

Jeune Afrique

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici