Centrafrique : Qui peut lui traduire en français facile le discours de l’ambassadeur Grosgurin prononcé lors de la cérémonie de présentation des vœux du corps diplomatique ?

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L’ambassadeur Grosgurin présente les voeux du corps diplomatique au président Touadéra

Ce 28 janvier, l’ambassadeur de France Jean-Marc Grosgurin, en tant que doyen du corps diplomatique en Centrafrique, a présenté les vœux du corps diplomatique au président Faustin Archange Touadéra pour la nouvelle année. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de son discours.

Discours prononcé par l’Ambassadeur de France en Centrafrique, doyen du corps diplomatique, M. Jean-Marc Grosgurin, à l’occasion de la présentation des vœux du Nouvel An du corps diplomatique au couple présidentiel

Palais de la Renaissance, jeudi 28 janvier 2021

(Seul le prononcé fait foi)

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Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat,

Madame,

Madame la Ministre des Affaires étrangères et des Centrafricains de l’Etranger,

Mmes et MM. les membres du Corps diplomatique et consulaire,

Mmes et MM. les représentants des organisations internationales,

Mmes et MM. les membres des Cabinets de la Présidence de la République et du ministère des Affaires étrangères

Mesdames et Messieurs,

J’ai le très grand honneur, en ma qualité de doyen du corps diplomatique en République Centrafricaine, de vous présenter, M. le Président de la République, Madame, au nom de l’ensemble de mes collègues ambassadeurs accrédités à Bangui, nos vœux les plus chaleureux pour cette nouvelle année 2021. Vœux de santé, d’abord, qui, en ces temps de pandémie mondiale de Covid19, demeurent d’une opportune actualité, vœux de succès, ensuite, de tous les projets entrepris, vœux de joie et sérénité, enfin, pour vous, votre famille, vos équipes et tous les Centrafricains.

Cette cérémonie des vœux relève certes d’une tradition protocolaire bien établie. Cependant, cette année, elle revêt sans nul doute, un caractère particulier. D’abord, parce qu’elle intervient, M. le Président, quelques jours après votre réélection, confirmée récemment par la Cour Constitutionnelle. Aussi, au nom de tout le corps diplomatique, je vous présente nos vives félicitations. Nous sommes conscients du contexte difficile, notamment sur le plan sécuritaire, qui a entouré les conditions du processus électoral dans plusieurs régions. Pour autant, cette élection a pu avoir lieu grâce à la détermination de la population centrafricaine qui, partout où elle le pouvait, s’est rendue aux urnes pour s’exprimer et répondre ainsi à ce rendez-vous démocratique essentiel dans la vie d’une Nation.

Les vœux que nous vous adressons, M. le Président, sont donc également formulés pour la réussite de votre deuxième mandat, pour ce nouveau quinquennat pendant lequel vous présiderez à la destinée des Centrafricains. En cette période déterminante pour la RCA, pour la paix, la stabilité des institutions et le développement socio-économique du pays, il est important que les représentants des partenaires internationaux de la Centrafrique soient réunis autour de vous et puissent ainsi manifester la volonté de leur pays ou de leur institution d’accompagner au mieux la RCA et permettre ainsi la sortie de cette crise post-électorale dans les meilleurs délais possibles, de la manière la plus inclusive possible afin de reconstruire l’unité et la cohésion nationales. Notre vœu le plus cher concerne en effet la préservation de l’intégrité du pays, de Bangui à Birao, de Bangassou à Carnot, de Berbérati à Obo, de Bossangoa à Kaga Bandoro, de Bouar à Zémio, l’unité doit prévaloir.

Pour ce faire, l’Etat doit assurer son autorité sur l’ensemble du territoire, notamment à travers l’armée, les forces de l’ordre et les principales administrations, les services publics de la santé et de l’éducation doivent se développer au bénéfice des populations, les entreprises doivent s’installer, entreprendre et prospérer grâce à la sécurité retrouvée et à un cadre législatif et réglementaire approprié. Il y a tant à faire. Il n’y a pas de fatalité à l’instabilité et au sous-développement, il n’y a rien d’impossible en RCA, pays aux immenses richesses naturelles, agricoles, forestières, minières, hydrauliques, solaires, à condition que les ressources humaines, l’éducation et la formation de la jeunesse, soient renforcées.

Aussi, nos vœux s’adressent-ils aussi à la jeunesse de ce pays, résiliente et déterminée, qui a besoin d’espoir pour vivre, s’éduquer, travailler et fonder une famille dans ce beau pays et se détourner des vaines promesses que constituent l’exil ou le recours à la violence dans le cadre de groupes armés.

Comme je l’affirmais dans mes propos liminaires, nous pensons aujourd’hui à tous les Centrafricains qui vivent dans la précarité, aux enfants réfugiés dans les églises de Bouar et qui manquent de soins, aux femmes de l’Ouham, victimes de violences, aux familles qui ont fui Bangassou pour prendre de nouveau le chemin de l’exil en RDC, aux victimes civiles des combats à Boda, Damara ou d’autres provinces, aux jeunes enrôlés dans une guerre qui ne les concerne pas et qui vont mourir loin de chez eux pour servir les intérêts de groupes criminels qui les manipulent. C’est envers eux que nous avons un devoir d’unité, de responsabilité, d’ouverture et d’efficacité. Pour que l’aide humanitaire leur parvienne sans obstacle et réponde à leurs besoins essentiels. Pour que leur intégrité et leur dignité soient respectés. Pour qu’ils reçoivent l’éducation nécessaire à leur épanouissement professionnel. Mais aussi, et surtout, pour trouver rapidement une issue politique et pacifique à cette crise et donner aux populations centrafricaines un avenir d’espérance, de joie et de prospérité, loin des armes et des violences.

Aujourd’hui, les partenaires régionaux et internationaux de la Centrafrique sont unis derrière la RCA et ses institutions légitimes pour rappeler que le message des urnes, du dialogue et de la démocratie est plus fort que celui des armes et de la violence. Dans cette perspective, nous rappelons que nous restons attentifs à la nécessité de poursuivre la tenue des élections législatives, qui doivent représenter un objectif commun de l’ensemble des acteurs locaux et internationaux.

Aujourd’hui, comme vous l’avez rappelé, M. le Président, la Centrafrique a besoin de tous ses partenaires sans exclusive, dans la coordination et la transparence, pour l’aider à traverser cette période sensible et délicate. Dans ce contexte, l’action des partenaires internationaux ne doit pas faire l’objet de désinformations et de manipulations systématiques de la part de certains acteurs médiatiques, associatifs ou autres, peu nombreux mais actifs, qui ne visent qu’à la division des partenaires internationaux dans le pays. Cet objectif apparait inutile et inapproprié. En tout état de cause, il ne sert nullement les intérêts de la Centrafrique. La RCA a besoin, je le répète, de tous ses partenaires internationaux qui sont engagés aujourd’hui, certes à des degrés divers, mais pour les mêmes objectifs de sécurité, de paix, de stabilité, de gouvernance et de développement économique.

Il convient de féliciter aujourd’hui la MINUSCA pour son action déterminante en faveur de la sécurité du pays, de l’action humanitaire et du processus électoral mené avec détermination et abnégation malgré les multiples contraintes sécuritaires, logistiques et humaines. Une pensée émue et un hommage appuyé doit être rendu aux 7 soldats de la paix, ces 7 casques bleus, victimes des violences aveugles des groupes armés depuis décembre. Les partenaires devront aussi rapidement examiner la question du renforcement des effectifs de la MINUSCA comme le RSSGNU en a fait part lors des récentes réunions du CSNU. En outre, la question de la sécurisation de la MSR1 et du déblocage du corridor Beloko-Bangui, axe économique de première importance pour le pays, constitue sans doute la priorité immédiate afin d’assurer le réapprovisionnement des marchés et commerces de la capitale et de reconstituer les recettes douanières indispensables à l’action de l’Etat.

Par ailleurs, il est important d’encourager les FACA, formés notamment par l’EUTM, à poursuivre leur mission de défense et de protection du pays. Reconstruire une armée prend toujours du temps, nécessite énergie, efforts, financements, encadrement, entrainement, diffusion d’un esprit patriotique, considération, moyens logistiques et armements. Il faudra sans aucun doute examiner, avec l’ensemble des partenaires, en particulier ceux du conseil de sécurité des Nations-Unies, les moyens de répondre aux besoins des forces armées centrafricaines et tirer les leçons des derniers évènements pour que les FACA puissent jouer le rôle noble de défense de la Nation qui leur est dévolu. Enfin, les autres forces bilatérales déployées dans le cadre d’accords bilatéraux jouent, dans le contexte actuel, un rôle déterminant d’appui et de soutien aux FACA. Leur coordination avec les forces onusiennes est essentielle pour conserver une opérationnalité optimale sur le terrain.

Monsieur le Président, la crise que traverse actuellement la Centrafrique ne prendra pas fin sans l’action efficace des acteurs régionaux et africains, notamment la CEEAC et l’UA, « garants » de l’accord de paix, pour régler les causes profondes de l’insécurité. Plus que jamais, la RCA a besoin d’une sous-région unie, attentive et active pour accompagner le pays dans un processus adapté et réaliste de sortie de crise en favorisant dialogue, ouverture et garanties politiques entre les acteurs centrafricains. Pour sa part, la sous-région a besoin d’une Centrafrique pacifique, apaisée et développée afin de trouver, à terme, des synergies socio-économiques et saisir l’occasion de la position géographique avantageuse du pays, non comme pays enclavé, mais au contraire, comme pays carrefour et « hub » potentiel.

Dans cette perspective, les appels au dialogue et à la réconciliation nationale, les appels à tourner le dos aux haines partisanes et aux vengeances, comme ceux que vous avez lancés, M. le Président, notamment dans votre discours du 18 janvier, sont parfaitement justifiés et pertinents. Ainsi, formons-nous des vœux pour que ces appels soient entendus et mis en œuvre concrètement car ils apparaissent aujourd’hui comme la condition sine qua non d’une sortie de crise rapide et véritable. Le 18 janvier, après la proclamation de votre élection par la Cour constitutionnelle, vous avez tenu à préciser à juste titre que vous étiez « le Président de tous les Centrafricains » et que votre victoire « n’était pas la victoire d’un parti politique sur les autres » mais celle « de la démocratie sur la dictature des armes ».

De même, nous ne pouvons que nous associer aux mots que vous avez prononcé le 31 décembre dernier : « Le peuple centrafricain a trop souffert. Le sang des Centrafricains a trop coulé. Il est temps de mettre définitivement fin à cette spirale de violences aveugles ».

Le défi immédiat qui se pose aujourd’hui avec acuité est donc de mettre un terme à la crise post-électorale actuelle et de vous permettre d’initier un deuxième mandat dans une atmosphère de réconciliation nationale, de reconstruction socio-économique, d’ouverture et de dialogue politique.

Pour ce faire, le communiqué quadripartite récent (UE, UA, UN, CEEAC) peut constituer une feuille de route de référence en 1/ « condamnant les violences perpétrées par certains groupes armés » , 2/ en rappelant « l’importance du dialogue dans la recherche de solutions durables pour la paix et la stabilité » et 3/ « en encourageant les autorités nationales à promouvoir l’unité nationale, le respect des principes démocratiques, le dialogue politique et inclusif, la bonne gouvernance, ainsi que le renforcement des institutions nationales, la poursuite du processus de paix, la lutte contre l’impunité, et la mise en œuvre d’initiatives socio-économiques inclusives, y compris à travers des programmes de reconstruction et de développement post-conflit, pour faire bénéficier à la population centrafricaine les dividendes de la paix, et alléger ses souffrances ».

M. le Président,
Comme vous le constatez, les défis sont immenses mais passionnants. Tous les partenaires internationaux, amis de la Centrafrique, sont réunis ce matin pour cette cérémonie de vœux, symbolique mais essentielle pour marquer leur volonté d’accompagner le pays et poursuivre leurs efforts afin de favoriser la sortie de crise en faveur de la paix et de la stabilité et favoriser la reconstruction et la réconciliation nationales en faveur du développement et de la croissance économique.

Monsieur le Président,
L’ensemble du corps diplomatique est uni pour former à votre endroit les vœux les plus sincères pour conduire avec sagesse, détermination et engagement aux destinées de la Centrafrique et du peuple centrafricain.

Vive la République Centrafricaine et vive la coopération internationale en Centrafrique.

https://cf.ambafrance.org/

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