Centrafrique : Que retenir du mini-sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) ?

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LE MINI-SOMMET DE LUANDA DISTRIBUE LES CARTONS : ROUGE POUR TOUADERA (C’EST LA DOUCHE FROIDE) ET VERT POUR LA CPC (C’EST LE SURSIS)
1. Que retenir du mini-sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) ?
D’abord avant d’aller dans le détail de ce qui s’est dit et des décisions prises, il convient de revenir sur ce que le pouvoir de Bangui en retient. Sur la page Facebook officielle du Palais de la Renaissance, le pouvoir de Bangui retient quatre (4) points de cette rencontre de très haut niveau :
a. les félicitations pour la brillante (sic) réélection de TOUADERA à la tête de la RCA ;
b. la condamnation à l’unanimité de la tentative de coup d’Etat de la CPC ;
c. l’appel à la réconciliation tout en souhaitant « une implication forte de la justice pour mettre fin à l’impunité » ;
d. la mise en place d’une commission d’enquête internationale sur les sources d’approvisionnement des rebelles en armes.
2. D’emblée ce que l’on constate c’est que sur les quatre temps forts retenus par le pouvoir de Bangui lui-même les trois premiers ne sont que des déclarations diplomatiques formelles sans aucun effet, sans aucune conséquence. Ça ne coûte rien à la CIRGL de soutenir ces déclarations. Mais ça a l’avantage d’endormir le pouvoir de Bangui qui se contente de peu pour être dans l’euphorie. La seule décision de cette rencontre qu’ont retenu les « têtes pensantes du Palais de la Renaissance » (sic) c’est la mise en place d’une commission d’enquête internationale sur les sources d’approvisionnement de la CPC en armes. Là encore c’est de la poudre aux yeux du naïf TOUADERA, et cela pour deux (2) raisons.
La première c’est qu’à l’heure actuelle où son pouvoir est sérieusement menacé cette décision ne lui sert à rien, ne lui est d’aucun secours, n’est pas une urgence, ni une priorité. Et deuxièmement parce que les sources d’approvisionnement en armes de la CPC sont connues et aucun pays de la sous-région n’acceptera pour les beaux yeux de TOUADERA de donner les moyens à cette commission, c’est une chimère, une vue de l’esprit.
3. En conclusion, ce que l’on peut dire après analyse du contenu de la communication officielle du Palais de la Renaissance, c’est que ce mini-sommet est un échec cuisant pour Bangui. Rien de ce que TOUADERA demandait n’a eu de réponse favorable à part des déclarations formelles qui ne mangent pas de pain : félicitations pour lui et condamnation du bout des lèvres de la CPC.
4. En vérité, les communicants de TOUADERA ont tenté (en vain) de minimiser au maximum le désastre qu’a été le mini-sommet de Luanda. Si l’on se penche sur le contexte même de cette réunion les choses s’éclairent d’une lumière nouvelle. En effet, l’on se souvient du message de João LOURENÇO, Président de la République d’Angola et Président en exercice de la CIRGL, avant ce sommet où son ministre des affaires étrangères disait en substance que le monde avance en se développant alors que la RCA de TOUADERA reste bloquée sur le logiciel des guerres incessantes qui plombent l’intégration sous-régionale et le décollage économique de la sous-région. En clair le problème centrafricain impacte négativement sur la sous-région, il faut donc le résoudre de façon collective à l’échelle sous-régionale. On comprend alors le pourquoi de la présence sur ce même plateau du Président en exercice de la CIRGL, João LOURENÇO, du Président en exercice de la CEEAC, Denis SASSOU-NGUESSO, et du Président en exercice de la CENSAD, le Maréchal Idriss DEBY.
5. Du côté des absences remarquées citons le Général Paul KAGAME, Président du Rwanda, unique soutien de TOUADERA dans la sous-région. Il a préféré envoyé son ministre des affaires étrangères. Quant au Président Félix TSHISHEKEDI de la RDC, sur qui TOUADERA comptait tant, non seulement il n’est pas venu mais bien pire encore il n’a même pas daigné se faire représenter (un désaveu total pour TOUADERA). Le Conseil Souverain de Transition soudanais ayant, lui, envoyé un de ses membres en la personne du Général Ibrahim GABIR et en lieu et place du vrai patron, le Général, Abdel Fattah al-Burhane. Ce qui signifie que le TOUADERA qui avait pris la sale habitude de vilipender à longueur de journée ses cinq (5) autres pairs de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) s’est retrouvé à Luanda en terrain ennemi car deux barons de la CEMAC, SASSOU et DEBY, s’y trouvaient aussi et en plus en position de force. La configuration même du mini-sommet présageait un échec de la délégation centrafricaine qui n’est pas connue pour retourner à l’internationale les situations qui lui sont défavorables.
6. Maintenant si on se penche à proprement parler sur l’analyse critique du contenu du communiqué final surtout à partir du point 3 jusqu’au point 12, il en ressort que nos précédentes analyses sur les rapports de force des troupes en présence sont confirmées. Oui, la CPC est mieux équipée et outillée que les forces pro-TOUADERA. Le communiqué de la CIRGL parle d’«armes de plus en plus sophistiquées », ce qui fait échos à l’armement redoutable auquel nous faisions allusions dans nos différentes publications : SAM 7, Stinger, RPG 7, BGM-71, mitraillettes, explosifs et autres mortiers de 120mm. Oui, les forces pro-TOUADERA perdent pied sur tous les fronts militaires. Les points 3a et 3b du communiqué final de la CIRL sont limpides puisqu’il y est question d’« aggravation de la situation sécuritaire, consécutive à la persistance des actions militaires » menées par la CPC et des difficultés qu’éprouve TOUADERA à assurer la sécurité du pays.
7. Alors c’est vrai que les conférenciers ont lancé des appels (à un cessez-le-feu et à la levée du blocus du corridor Bangui/Garou-Boulaï), des invitations (au dialogue et à la concertation), des condamnations (de coup de force) mais les décisions prises indiquent très clairement que TOUADERA a été lâché par ses pairs. Ils ont pris deux (2) décisions :
a. « Le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement donnent mandat aux Présidents en exercice de la CEEAC et de la CIRGL, d’entreprendre les démarches nécessaires auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU pour la levée de l’embargo sur les armes » ;
b. « Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont décidé d’organiser un deuxième Mini-Sommet à Luanda, dans dix jours ».
8. La Président en exercice de la CEEAC c’est Denis SASSOU-NGUESSO. Et vu comment TOUADERA a conspué, vilipendé et conchié le Président de la CEEAC Denis SASSOU NGUESSO, je ne vois pas comment ce dernier pourrait aller défendre la cause de TOUADERA devant le Conseil de Sécurité qui lui-même vient de dire il y a une semaine qu’il n’examinera pas la question de la levée de l’embargo avant novembre 2021. Le Président LOURENÇO, homme de consensus, ne fera rien si le Président SASSOU ne fait rien. Donc cette décision n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux.
9. Mais dans ce cas, comment interpréter la décision des conférenciers de se revoir dans dix (10) jours autrement que comme un sursis accordé à la CPC ? En clair, la CIRGL dit ceci : « vous avez tous (CPC et TOUADERA) dix jours pour vous départager et après ça on désigne un Médiateur pour organiser de force le dialogue au nom de la nécessité de la paix dans la sous-région ». Le message est on ne peut plus clair. Douche froide pour TOUADERA qui ne s’attendait pas à ça mais plutôt à l’envoi de troupes et d’armes de la RDC et de l’Angola.
Sauf qu’il avait oublié que contrairement à lui, ses homologues de la sous-région ne décident pas d’entrer en guerre de façon non-réfléchie. Ils pèsent et soupèsent la question avant de prendre la décision ou non d’envoyer leurs hommes sur le terrain. Ce qui demande du temps, que TOUADERA n’a pas.
10. Deux (2) choses auront joué contre TOUADERA lors de ce mini-sommet de Luanda : son dédain, son mépris, sa condescendance et son arrogance à l’égard de ses pairs de la CEMAC ainsi que le recours massif aux mercenaires russes de WAGNER.
En toisant ostensiblement ses pairs, en criant partout qu’il n’a pas besoin de l’implication des SASSOU, DEBY, BIYA, OBIANG et autre BONGO dans la résolution de la crise centrafricaine, il s’est tiré cinq balles dans les deux pieds. En effet, la RCA appartient à un espace communautaire dans lequel se joue des inter-dépendances entre Etats. C’est la géopolitique, nul ne peut se soustraire ou faire fi de cette réalité diplomatique. Le petit jeu que TOUADERA joue à l’échelle nationale avec les représentants de la communauté internationale à Bangui qu’il a mis dans sa poche ne prend pas à un si haut niveau ; surtout avec les barons de la sous-région.
Et deuxièmement le fait qu’il fasse recours massif aux mercenaires russes de WAGNER inquiète ses pairs à cause de l’équilibre des forces que cela risquerait de bouleverser. La sous-région se bat pour devenir un espace de paix et de prospérité pour presque 200 millions de personnes qui pourront ainsi travailler, se déplacer, se former, commercer depuis le nord du Tchad jusqu’au sud de l’Angola, donc elle a besoin de stabilité. Et le rythme imprimé par les mercenaires WAGNER en RCA n’est pas de nature à rassurer ni à permettre à la sous-région d’atteindre son objectif principal d’intégration d’une zone de libre échange en Afrique centrale.
11. En conclusion, la messe est dite pour TOUADERA. Il a dix jours pour s’entendre avec les forces vives de la Nation ou alors pour déclencher le feu contre la CPC. Mais le connaissant, il est évident qu’il choisira la deuxième option puisque le slogan guerrier de son idéologue et doctrinaire officiel, le ministre-conseiller spécial Fidèle GOUANDJIKA, nous dit « Ï bata ködrö na win » (« C’est par les armes que nous devons gérer le pays »). Wait and see.
Fari Tahéruka SHABAZZ

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