Centrafrique : que Mijotent les Français et les Russes ?

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UNE TROISIÈME TRANSITION, AVEC UN POUVOIR QU’IL FAUDRAIT PARTAGER AVEC LES REBELLES ?

L’intrusion puissante et massive des Russes en Centrafrique, jusqu’alors pré carré français, a bouleversé l’approche géopolitique et géostratégique du pays des Bantous. Tout se passe maintenant comme si la mauvaise humeur de la France, manifeste lorsque les Russes commençaient à revenir en Centrafrique, avait laissé place à une réal diplomatie.

Les deux puissances, qui poursuivent les mêmes buts mercantiles, n’auraient-elles pas intérêt à mutualiser leurs visées stratégiques pour mieux se partager les matières premières ? Après tout, elles en ont autant besoin l’une que l’autre pour faire tourner leurs usines.

Ajoutez à cela la position géostratégique de la Centrafrique : elle se situe au milieu même du continent africain, pratiquement à équidistance d’Alger et du Cap. Position qui attise les visées stratégiques des puissances internationales. Beaucoup de prédateurs rôdent ainsi autour du pays des Bantous, dont les élites sont tout, sauf patriotes. Pour l’heure, ce sont les Français et les Russes qui tiennent le haut du pavé, jouent de leurs influences et font pression dans l’ombre.

Avec la bénédiction des dirigeants, les Russes ont investi les lieux du pouvoir. Ils sont conseillers au gouvernement et à la Présidence de la République. Ils assurent, en outre, la protection rapprochée du Président Faustin-Archange Touadera. Il faut ajouter à cette présence massive la venue des oligarques, que Moscou n’a pas oublié d’emmener dans ses bagages.

Ces derniers ont souvent des accointances avec la pègre internationale. Corrupteurs à souhait, ils sauront transformer les dirigeants centrafricains, minés par leur appétence à l’argent, en sujets dociles, mis à leur service, laissant leurs populations croupir dans une insolente pauvreté. Les richesses du sous-sol, qui devaient être un atout pour le développement et le bien-être des citoyens, deviennent un véritable handicap.

LA FRANCE OBLIGÉE DE COMPOSER POUR ÉVITER DE PERDRE SON INFLUENCE EN CENTRAFRIQUE ?

Partout, dans les anciennes possessions françaises, souffle un vent nouveau. Une défiance à l’égard de la France surgit de toutes parts. Le pré carré de l’ex-puissance coloniale, sa chasse gardée, tangue dangereusement. L’Hexagone n’a plus les moyens de faire et défaire les présidents. Certes, la France reste le principal bailleur de fonds du pays. Les forces armées françaises, même réduites, assurent encore d’importantes missions de logistique auprès des forces internationales et de la MINUSCA.

Mais le président Touadera, ligoté par un injuste embargo sur les armes et cerné par des rebelles armés, eux, jusqu’aux dents, a été déçu par l’incapacité de la force Sangaris et de la MINUSCA à ramener la paix. Il s’est donc tourné vers la Russie pour solliciter une aide. Vladimir Poutine, soucieux d’accroître son influence sur le continent, a débarqué sans tarder, avec hommes et armes, en Centrafrique. La nouvelle donne n’a pu que précariser fortement l’influence de la France.

Beaucoup de Centrafricains pensent- injustement- que, si leur pays gesticule au-dessus d’un volcan en éruption, c’est à cause de l’ancienne puissance coloniale, qui n’a pas su développer le territoire, le laissant exsangue avec une population réduite à quémander l’aumône internationale et une élite incompétente, dépourvue de tout sens de l’État et manquant de patriotisme.

Les Français, les Russes et les Chinois en embuscade ne vont-ils pas, maintenant, transformer la République Centrafricaine en un champ de bataille dont les victimes collatérales seront encore et toujours les Centrafricains ? Déjà, les Russes se posent en intermédiaires entre l’État et les séditieux. Ils vont jusqu’à céder aux désidératas de ces derniers, c’est-à-dire l’impunité générale et le partage du pouvoir ou la partition, afin de pouvoir exploiter les matières premières dans les provinces qu’administrent les rebelles.

C’est intolérable ! Comment concevoir que, demain, les bourreaux en liberté, côtoieront leurs victimes ? Peut-être même en les narguant ?

La réconciliation nationale ne se fera pas en négligeant les crimes de guerre des rebelles et leurs victimes. Les Centrafricains, exilés par milliers, ne doivent pas non plus être oubliés.

Le DDRR, qui semblait être un espoir de désarmement des bandes armées, paraît être relégué dans les poubelles de l’histoire. Vu la situation désastreuse qui prévaut, vu le raidissement des rebelles, il est à craindre que l’issue du chaos ne passe par un affrontement total.

Pour arrêter cette descente aux enfers du pays qui n’en finit pas, il faudrait des dirigeants patriotes, agissant avec abnégation et sachant faire le don de soi au pays. Sinon, il faudra attendre le surgissement d’une nouvelle génération de jeunes Centrafricains, décidés à mettre fin aux gabegies et à extraire leur patrie des griffes des rapaces internationaux.

JOSEPH AKOUISSONNE DE KITIKI
ANI

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