Centrafrique : quand l’archevêque émerite de Bangui Joachim Ndayen interpellait le nouvel archevêque Paulin Pomodimo

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Message de Monseigneur Joachim Ndayen, Archevêque émérite de Bangui

A l’occasion de l’Installation de Mgr Paulin Pomodimo,

Nouvel Archevêque de Bangui

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Monseigneur la Nonce Apostolique,

Chères Confrères Archevêque et Evêques du Centrafrique,

Chers Confrères Evêque de l’ACERAC,

Chers Abbés et Pères de l’Archidiocèse de Bangui,

Chers Frères et sœurs des congrégations religieuses,

Chers Paroissiens et Paroissiennes,

Je commence par vous saluer tous, de tout mon cœur, avec la charge de toute l’affection que requiert l’heureux évènement de ce jour.

Enfin, mon successeur, votre nouveau Père  va être installé et présenté officiellement par la Nonce Apostolique, au nom du Saint Père le Pape Jean Paul II.

On ne peut pas vraiment dire que vous avez un nouveau Père, car on ne change pas de « papa ». En réalité, c’est toujours Dieu qui reste votre Père, notre Père, et qui prend le visage de ceux qui, à tour de rôle, le représentent dans l’Eglise. Ce fut un moment le visage de Monseigneur Joseph Cucherousset (de 1948 à 1970) à qui j’avais demandé d’entrer au séminaire il y a 55 ans. Puis, ce fut le noir visage à cicatrices d’un certain Joachim Ndayen. Maintenant, c’est celui de Paulin Pomodimo dont la fraîcheur augure d’un long et fructueux épiscopat. De tout cela nous rendons grâce à Dieu.

Une autre raison qui ranime mon affection, c’est l’heureuse opportunité de l’après guerre. Cette période de calme relatif est un don de Dieu à ses fils : c’est un cadeau qu’il ne faut absolument galvauder. Il faut le faire fructifier en lui faisant produire l’amour, la justice, la fraternité, l’unité et le travail. C’est ce travail qui, à son tour, produira un certain nombre de « choses » qui « tomberont », comme vous aimez le dire, « à terme échu ».

Mais surtout, cette paix facilitera … des paroisses et des écoles, la reprise de la catéchèse dans les villes et dans les campagnes. De tout cela, nous rendons à nouveau grâce à Dieu.

J’aurais bien voulu être parmi vous aujourd’hui, pour conduire moi-même mon cadet Paulin Pomodimo, par la main, de mes propres mains calleuses et rugueuses, pour le faire asseoir, au siège épiscopal, symbole de la présence de l’Archevêque de Bangui. Je ne serai cependant pas malheureusement présent. Mais j’ai rencontré Monseigneur par deux fois à Paris, malheureusement trop rapidement. Je crois qu’il amplifiera, dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, ce que le Seigneur m’a aidé à faire de bien, il rectifiera mes erreurs et apportera du sang neuf dans la pastorale des jours du nouveau siècle. La vie c’est bien cela. L’essentiel, c’est que le nom du Seigneur soit sanctifié et que son règne vienne. Mais non pas notre règne à nous. D’ailleurs, à Bangui, les règnes ne durent pas longtemps ! Car le Seigneur n’aime pas les orgueilleux…

Au début de ce mois-ci, les 7 et 9 Octobre, on pouvait lire au bréviaire, à l’office des lectures, ce que je vais transcrire ci-après, en partie. C’est extrait de la lettre de Saint Ignace d’Antioche aux Tralliens. Ces  textes remontent au premier siècle de l’Eglise. En les lisant, j’ai pensé à vous tous : « Il est nécessaire, comme vous le faites, de ne jamais agir sans l’évêque, mais d’être soumis au presbyterium (l’ensemble des prêtres) comme aux Apôtres de Jésus-Christ, notre espérance … que tous respectent les diacres comme Jésus-Christ, et aussi l’évêque qui est l’image du Père, et les presbytres (les prêtres) comme le Sénat de Dieu et l’assemblée des Apôtres ! Sans eux, on ne peut pas parler d’Eglise. Je suis persuadé que vous êtes disposés envers eux… il convient que chacun de vous, et particulièrement les presbytres, vous réconfortiez votre évêque en l’honneur du père de Jésus Christ et des Apôtres… aimez-vous les uns les autres d’un cœur sans partage ». (27ème semaine du temps ordinaire. Mardi et mercredi. Office des lectures).

Quant à mon frère cadet, Monseigneur Paulin Pomodimo, je lui ai souhaite tout le courage nécessaire à ses nouvelles responsabilités. Je ne vais pas le détailler pour éviter les redites ennuyeuses. Mais, j’insisterai à nouveau et très fortement, sur une seule chose : l’unité de l’Eglise qui lui est confiée. Cette Eglise lui est confiée, elle n’est pas à lui. Lui-même n’est pas à l’extérieur de cette Eglise, il est dedans. Toutes choses, il les a lui-même enseignées lorsqu’il était professeur au grand séminaire ; comme Evêque de Bossangoa, il en a pris une vive conscience. Comme Archevêque de Bangui, Dieu fasse qu’il en ait une très vive conscience.

Je passe ensuite à l’unité des prêtres du diocèse : les diocésains et les missionnaires religieux. L’unité des fidèles entre-eux, car les fidèles de l’Archidiocèse viennent de l’horizon très divers. Que l’Archevêque en soit le lien. L’unité des prêtres et des fidèles : là encore, il en est le ciment. Si l’Evêque fait le jeu des ethnies, il met tout par terre. Il faut être rassembleur et je crois que le Pape ne s’est pas trompé en choisissant Pomodimo. Quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas choisir tous les candidats à la fois, même si tous avaient bien la qualité de venir veiller sur cette unité plus délicate à Bangui.

Et enfin, en corollaire à ce qui vient d’être dit, que mon cadet veille aux relations fraternelles avec les autres églises, à respecter les nouveaux groupes religieux et les musulmans. L’heure n’a jamais été au Centrafrique, à des attitudes belliqueuses d’importation. Je salue à cette occasion, toutes les communautés de foi et de croyances de notre pays. Que le Seigneur les achemine à son Père.

Que le Seigneur aide mon successeur à rester en éveil dans les relations entre les gouvernants et la population. Qu’il soit prêt à faire parvenir aux oreilles de nos chefs, non pas les renseignements, mais les cris et les complaintes du peuple : en le faisant avec beaucoup de doigté, de prudence et quelquefois avec fermeté. Toutefois, il est normal de garder de bonnes relations avec les dirigeants du pays, non pour en tirer quelque profit que ce soit, mais parce qu’ils représentent eux-aussi, le pouvoir de Dieu et le représentent encore mieux par la justice et le droit.

Monseigneur le Nonce Apostolique,

Chers Confrères Evêques du Centrafrique,

Je sais que vous entourez notre jeune archevêque de tout votre savoir faire. Vous avez déjà commencé à le faire dès son premier mandat de président de la Conférence Episcopale Centrafricaine. Continuez à le faire  maintenant qu’il prend, statutairement, la tête de la circonscription ecclésiastique et que son influence s’en épaississe d’autant. Dieu fasse que pendant qu’il prend du poids comme archevêque, il puisse rapidement en perdre physiquement pour une meilleure santé.

Je remercie Monseigneur Edouard Mathos qui a dirigé le diocèse durant tout le temps de mon absence. Qu’il persiste à donner sa contribution au nouvel élu qu’il éveillera à la réalité concrète de la capitale et de sa province de la préfecture de Bimbo.

Merci à tous ceux qui me réconfortent par leur visite à Paris. Si Dieu le veut, on se retrouvera un jour à Bangui.

Puisque c’est le mois du Rosaire, priez la Vierge pour moi, pendant qu’en ce dimanche de l’intronisation de Monseigneur Pomodimo, je joins également ma prière à la votre, pour un long et fructueux épiscopat du nouvel Archevêque de Bangui.

Paris, le 18 octobre 2003

Joachim Ndayen

Archevêque Emérite de Bangui

 

 

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