Centrafrique : quand l’Apôtre du Christ Nzapalaïnga adule les mercenaires russes et rwandais et ferme les yeux sur leurs graves violations des droits humains !

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Cardinal Nzapalainga : « Ma mission est toujours dʼengager résolument le dialogue »

Le cardinal centrafricain Dieudonné Nzapalainga a fait partie des 464 participants au Synode sur la synodalité, qui sʼest tenu à Rome en octobre 2023. Il revient pour La Vie sur ces trois semaines de discussions et décrit la situation en République centrafricaine.

Par Laurence Desjoyaux

Publié le 21/11/2023

 

Archevêque de Bangui, en République centrafricaine, le cardinal Dieudonné Nzapalainga lutte inlassablement pour la paix dans un pays miné depuis des années par la guerre et la
pauvreté. Son courage et sa capacité à ouvrir le dialogue en font lʼune des voix qui comptent sur le continent africain et un relais de ces « périphéries » chères au pape François.

Vous étiez à Rome pour le Synode sur la synodalité. Que retenez-vous de cette grande conversation sur lʼavenir de lʼÉglise ?

Pour moi cela a été une expérience unique et je dirais même inattendue ! Lors de précédents synodes nous arrivions et commencions directement les travaux. Là, la dimension spirituelle a vraiment été intégrée au processus. Nous avons débuté par une prière œcuménique suivie par trois jours de retraite. Je peux témoigner que cela a fait baisser la tension, nous a permis de nous remettre en question et de regarder en
vérité le visage de ceux avec qui nous allions vivre cette expérience. Cela nous a rassemblés et mis dans de meilleures dispositions.

Comment se sont déroulés les échanges ?

Nous étions organisés en tables de 10 à 12 personnes par langue et nous commencions toujours par un temps de silence pour laisser place à lʼEsprit saint. Il nous a été
demandé de beaucoup écouter et dʼêtre attentif à ce que nous trouvions positif dans la prise de parole des autres. Il nous fallait ensuite passer du « je » au « nous, Église » avant de partager nos réflexions avec le reste de lʼassemblée.

Cette recherche de consensus ne risquait-elle pas de lisser les positions, voire de faire disparaître des thèmes importants ?

Lʼintérêt de cette méthode est quʼelle nous a obligés à nous décentrer alors que nous avons naturellement tendance à nous croire le centre du monde. Or lʼÉglise est plus que nous-
mêmes ! Ce fonctionnement nous a permis de ne pas attendre notre tour, comme des syndicalistes avec une liste de revendications et une obligation de revenir vers notre « base » avec des avancées ! Cela dit, si nous avions lʼimpression de ne pas être assez entendus au sein de notre groupe, il était possible de prendre à nouveau la parole lors de lʼAssemblée plénière.

Quel regard portez-vous sur la synthèse dʼétape publiée à la suite des travaux, à mi-parcours du processus synodal ?

Jʼen retiens la dynamique positive. Il nʼy a pas eu de tabou, nous avons eu la franchise et lʼhonnêteté de discuter en Église. La synthèse fait le constat quʼil peut y avoir des
divergences mais que lʼon peut construire ensemble. Il y a encore à approfondir sur la place des laïcs, notamment des femmes, dans tous les services qui ne sont pas liés au
sacerdoce et qui ne doivent pas être automatiquement confiés à des prêtres. De même sur les questions de lʼautonomie des conférences épiscopales locales ou de lʼinculturation.

Comment les catholiques ont-ils pris part au processus synodal en République centrafricaine ?

Ils ont beaucoup participé, et les discussions sont vraiment parties de la base. Chez nous, les fidèles sont presque tous rattachés à une fraternité au sein de leur paroisse, et cʼest à ce niveau quʼont eu lieu les premières rencontres, puis en paroisse, en diocèse jusquʼà la rédaction dʼune synthèse nationale. Nous avons aussi cherché à élargir la perspective
en demandant à 15 pasteurs puis à 15 imams de venir une journée nous expliquer quels étaient leurs principes de gouvernance, de quels espaces disposait leur communauté
pour se retrouver ou encore comment leurs fidèles étaient formés et participaient aux décisions.

Sur la base de ces remontées, de quelles préoccupations ont fait part les participants venus dʼAfrique ?

Il a été beaucoup question de la guerre, présente dans tant dʼendroits, de la migration et de la pauvreté. Nous avons aussi mis sur la table le sujet de la polygamie, très enracinée chez nous, même chez certains pratiquants. Ce thème est dʼailleurs mentionné dans la synthèse de cette première session générale du synode.

Vous rentrez à Bangui, quelle est la situation sur place ?

La situation est plus calme quʼau plus fort de la guerre de 2012-2013, ou après la réélection de Faustin-Archange Touadéra à lʼélection présidentielle, en 2021, quand une
coalition de groupes armés a tenté de prendre Bangui, la capitale. Le Président sʼest appuyé sur les Russes et les Rwandais pour reprendre le contrôle du territoire, et cela a plutôt bien fonctionné. Lʼautorité de lʼÉtat se déploie à nouveau dans des zones anciennement tenues par les rebelles, et ceux-ci sont repoussés en brousse. Les Russes ont réarmé les Forces armées centrafricaines (Faca), qui manquaient cruellement de matériel, ce qui leur a permis de reprendre pied sur le terrain. Mais nous ne sommes pas dupes, ils bénéficient en échange de concessions minières. La situation a changé mais les ingérences étrangères demeurent. Il reste par ailleurs des poches de résistance à certains endroits du pays.

LʼÉglise catholique et la plateforme des confessions religieuses de République centrafricaine se sont opposées à la réforme constitutionnelle qui permettra au Président de briguer un troisième mandat. La Cour constitutionnelle a validé ce projet approuvé par référendum à plus de 95 %. Quel rapport lʼÉglise entretient-elle avec les autorités ?

En République centrafricaine, le Sénat nʼest pas encore mis en place, et la Cour constitutionnelle a connu des turbulences, sa présidente ayant été limogée il y a un an. Compte tenu aussi des didcultés socio-économiques de la population, nous avons estimé quʼune réforme de la Constitution nʼétait pas la priorité. Depuis, nous sommes la cible de critiques de la part du pouvoir, mais nous continuons notre mission.

Votre mission, justement, vous emmène plusieurs fois par an dans les endroit les plus reculés du pays, souvent tenus par des rebelles. Quel est le sens de cette action ?

Je me rends, au nom du Seigneur et avec une petite équipe, là où les autorités ne sont plus présentes, dans des régions oubliées et traversée par des conflits, pour consoler les
habitants, les rassurer, leur dire que Dieu ne les a pas abandonnés et pour porter leurs doléances aux autorités. Je me suis rendu ainsi rendu en mars 2023 dans la ville de
Ouadda, dans le nord-est du pays, tenue depuis plusieurs mois par des rebelles qui ont imposé un couvre-feu. La population y vit dans des conditions difficiles et manque de
tout. Nous sommes arrivés en pleine nuit car le trajet, sur une route défoncée, a pris plus longtemps que prévu. Quand nous sommes entrés dans la ville, ça a été une explosion de joie des habitants, le couvre-feu nʼexistait plus !

Votre mission a failli mal tourner : les médias centrafricains ont même un temps annoncé votre enlèvement…

Lors dʼune réunion, le chef rebelle me dit : « Surtout, ne parlez pas de politique ! » Mais quand jʼentends des enseignants qui me disent quʼils nʼont pas de craies pour donner leur cours ou des soignants qui me racontent quʼils nʼont plus de médicaments, je fais de la politique en parlant dʼéducation et de santé !

Le chef nʼa pas supporté cette libération de la parole, et la remise en cause de son pouvoir, et il nous a arrêtés alors que nous voulions poursuivre notre tournée. Nous étions coincés
à Ouadda, attendant une décision de sa part. Allions-nous pouvoir repartir ? Un curé sʼest rendu chez les rebelles pour plaider notre cause et à découvert que lʼimam et le pasteur
ainsi que divers représentants y étaient déjà pour demander que nous puissions continuer. La mobilisation était générale ! Le chef refusait toujours… La journée passant, nous avons
décidé de décharger tout ce que nous avions apporté pour les villages suivants et de rentrer à Bangui, chargeant les responsables locaux de nous relayer. Mais les chrétiens de la ville ont prié toute la nuit pour que le chef change dʼavis, et le lendemain, dix minutes avant notre départ, le colonel mʼa convoqué et mʼa dit que nous pouvions continuer. Pour moi, cʼest la puissance de la prière et de la persévérance qui désarme les cœurs. Cela nous a permis de nous rendre à Yalinga, une localité où aucun véhicule nʼétait entré depuis deux ans, pas même ceux des Nations unies. En nous voyant, le pasteur sʼest mis à genoux de soulagement et à lancé : « Dieu existe ! »

Comment faites-vous le lien entre ce que vous vivez au synode et vos missions en République centrafricaine dans des conditions souvent difficiles ?

Dans les deux cas, il sʼagit toujours dʼengager résolument le dialogue. Et puis cette expérience du synode et de lʼécoute de lʼautre, je la vis aussi dans la plateforme des confessions religieuses de République centrafricaine que nous partageons avec les protestants et les musulmans. Quant à moi, je vis ces missions dans le même état dʼesprit. Je me mets toujours en tête que la personne que je rencontre, quelle quʼelle soit, est
une créature de Dieu.

Pour aller plus loin
« Je suis venu vous apporter la paix », le combat dʼun cardinal
au cœur de la guerre, Dieudonné Nzapalainga, Mediaspaul,
2021.

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