Centrafrique : quand la démission de feu Hugues Dobozendji de ses fonctions ministérielles déclencha la mobilisation de toutes les forces vives contre la dictature du général André Kolingba

0
83

 

Parcours de la chute de Bokassa jusqu’à la prise du pouvoir en 1993

1. Retour à Bangui et combat contre Dacko.
a) Retour à Bangui et lutte contre les nouvelles autorités jusqu’ à l’emprisonnement.
b) L’élection de mars 1981 vécue comme une injustice.
c) Une pression constante qui entrainera la capitulation de Dacko.

2. L’opposition au régime Kolingba jusqu’aux élections de 1993.
a) Patassé comprend que Kolingba ne rendra pas le pouvoir aux civils.
b) Les évènements de mars 1982 et leurs conséquences.
c) Exil au Togo et répression du MLPC
d) Retour au pays et victoire aux élections en Septembre 1993

1. Retour à Bangui et combat contre Dacko.

a) Retour à Bangui et lutte contre les nouvelles autorités jusqu’ à l’emprisonnement.

Le 4 octobre 1979, Patassé arrive à l’aéroport Bangui via Tripoli où l’attendent plusieurs centaines de personnes massées à l’aéroport. Dès le lendemain, il déclare dans une déclaration faite à la presse que « le climat est favorable aux négociations. » Il indique qu’il est passé par la Libye pour son retour au pays pour des raisons uniquement technique techniques soulignant que N’Djamena lui étant interdit, Tripoli était la seule ville de laquelle il y avait un vol direct pour Bangui. Il remercie la France pour avoir chassé Bokassa mais demande désormais le retrait des troupes françaises de Centrafrique. Patassé s’attache à structurer le MLPC sur le terrain et commence un travail de sape de l’autorité de David Dacko. Il dénonce son retour orchestré par les forces françaises dans la cadre de l’opération Barracuda et appelle la jeunesse à ne pas le reconnaître comme Président légitime. Le gouvernement Centrafricain évoluera ainsi dans un contexte de manifestations estudiantines et syndicalistes portant différentes revendications et protestant surtout contre l’occupation française.
Le 9 octobre 1979, trois personnes de l’entourage de Patassé sont arrêtées (Constant Levaudi, ancien légionnaire, garde du corps de Patassé, Philippe Girard, journaliste, ainsi que de Mme Andrée Blouin). Le 13 Octobre 1979, lepersonnel de direction et les agents de maîtrise de l’Agence Centrafricaine de la Navigation Aérienne (ACESNA) décident d’arrêter le travail pour protester contre la décision du gouvernement d’intégrer l’Agence pour la sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique (ASECNA) ce qui entrainerait une diminution des effectifs. Cette grève qui provoque la fermeture de l’aéroport de Bangui à tout trafic civil débouche sur une crise politique dans la mesure où une épreuve de force s’engage entre le gouvernement et le DG de l’ACESNA, Jean Mete-Yapende, qui déclare publiquement son appartenance au MLPC avant d’être arrêté puis relaxé jusqu’à ce que le gouvernement revienne sur ses mesure pour tenter de mettre fin au mouvement de grève. Des mouvements similaires de grève affectent aussi en ce temps-là l’Office National des Postes et de Télécommunications et le personnel de la société Centra-Hydro, ancêtre de la Société de Distribution d’Eau de Centrafrique (SODECA).
Le 15 Octobre 1979, se tient une « réunion des forces vives de la nation ». Après avoir été annoncée comme un évènement capital de la République fraîchement rétablie, cette table ronde rassemble l’exécutif et les représentants des mouvements d’opposition (FLO, FPO, MLPC), des organisations syndicales et professionnelles, des associations d’enseignants, d’étudiants (ANECA) et de jeunes. La première séance se déroule dans une atmosphère houleuse, les partis d’opposition ne manquant pas de faire connaître au cours de cette rencontre leurs revendications. Patassé réclame au cours de cette « table ronde » des négociations avec la France pour « un retrait immédiat de ses troupes et leur remplacement par des forces de l’OUA. » Tout en préconisant une coopération dynamisée et renforcée sur une base égalitaire avec Paris, il déclare « si le gouvernement français croit placer dans les organes dirigeants de notre pays ses administrateurs de colonies qui doivent faire la loi à la coloniale, il se trompe. » Il exige par ailleurs des élections présidentielles et législatives dans un délai de six mois.
Le 19 Octobre 1979, une ordonnance présidentielle est publiée pour interdire toutes les manifestations, réunions ou marches « à caractère subversif et clandestin » sont interdites. Le 21 octobre 1979, Patassé est placé en résidence surveillée à son domicile et il dénonce le fait que sa concession soit fouillée par des militaires français et centrafricains. Le leader du MLPC demande de l’organisation d’une table ronde entre tous les partis et mouvements, soulignant qu’il est prêt à entrer en contact avec le président Dacko et réaffirmant vouloir le départ des troupes françaises, ainsi que le demande le peuple. Le 25 Octobre, une centaine de personnes manifestent devant le domicile de Patassé pour protester contre son assignation en résidence surveillée.
La rentrée scolaire initialement fixée au 1er Octobre sera finalement repoussée au 5 Novembre étant donné l’absence de nombreux enseignants au moment de la reprise des cours. Au secondaire, une deuxième session du baccalauréat décidée par Bokassa en Juin 1979 est repoussée au 24 Octobre. Sur 1300 candidats, 237 seront reçus et de nombreux étudiants réclameront une troisième session du baccalauréat. Une frange de l’Association nationale des étudiants centrafricains (ANECA) menée par Albert Ndodé prend une part de plus en plus active à la vie politique du pays grossie par de nombreux jeunes gens, des quartiers Miskine, Fou, Boyrabe et Gobongo affiche ostensiblement sont soutien du MLPC. Le 27 Octobre 1979, un mot d’ordre de grève lancé par les enseignants réunis en Assemblée générale pour protester contre la rupture de la réunion des forces vives de la nation et exiger une troisième session du baccalauréat. L’opinion publique se mobilise à travers des grèves revendicatrices et un mécontentement qui s’affiche lors d’importantes manifestations.
Le 29 Octobre 1979, malgré l’interdiction de manifester, une importante manifestation dans les quartiers périphériques de Bangui se frotte à l’armée en tentant de gagner le centre-ville. Les manifestants réclament la reprise de la table-ronde. En marge de cette manifestation, le domicile du Premier Ministre Bernard Christian Ayandho est pillé et brûlé ce qui déclenchera la colère du président Dacko. La réaction du gouvernement est alors vive, Dacko adresse dans une déclaration radiodiffusée une mise en garde aux « agitateurs » et averti que « toute personne prise dans une attitude belliqueuse serait désormais passible de poursuites judiciaires en procédures de flagrant délit. » Le couvre-feu levé est rétabli de 18h à 6h du matin. Cet évènement entraîne par ailleurs une vingtaine d’arrestation dont l’épouse et les enfants de Patassé dont la maison est incendiée par l’armée. Patassé est alors recherché et reste quelques jours en cavale se réfugiant au siège du Programme des nations Unies pour le Développement (PNUD).
Le 2 novembre 1979, Patassé est arrêté à Kabo alors qu’il tentait de sortir pour le Tchad. Accusé de « délits de droit commun », il est incarcéré à Ngaragba. En Avril 1980, Amnesty International publie un communique disposant que 7 personnes membres ou sympathisants du MLPC et parmi lesquelles figurent notamment MM. Ange Patassé, Andre Magale et Joseph Tchendo, sont tenues par les autorités centrafricaines pour responsables d’une manifestation qui a eu lieu à Bangui le 29 octobre 1979 sans même avoir été jugées. Le 22 Mars 1980, Jean Mete-Yapende DG de l’ACESNA et deux de ses principaux collaborateurs partisans déclarés de Patassé et ouvertement opposés à Dacko sont évincés. Début novembre 1980, l’état de santé de Patassé s’aggrave brusquement. Il est admis au Centre hospitalier de Bangui en urgences dans un état comateux, puis après plusieurs semaines de soin en convalescence à résidence recouvre ses facultés physiques. Patassé aura ainsi été incarcéré plus d’un an sans que ne lui soit jamais clairement notifié ce qu’on lui reprochait. Il sera officiellement remis en liberté provisoire le 20 novembre 1980, date à laquelle ils ont lieu remet une attestation de « non-lieu » levant toutes charges à son encontre.

b) L’élection de mars 1981 vécue comme une injustice.

A la fin de l’année 1980, l’on observe une décrispation de la situation politique en vue d’échéances électorales censées mettre en place les institutions nécessaires au bon fonctionnement du pays. Le 17 novembre 1980, un nouveau gouvernement est formé intégrant au poste de Ministre d’Etat chargé du plan et des finances François Farra-Frond, en qualité de Ministre des Postes et des communications Dieudonné Padoundji-Yadjoua et surtout au poste de Ministre des Affaires étrangères, Simon Bedaya-Ngaro, proche de Patassé. Le 29 novembre, le juge d’instruction du Tribunal de Grande Instance de Bangui rend une ordonnance de non-lieu en faveur de Patassé levant ainsi toute charge à son encontre.
Le 19 Décembre 1980, Patassé est entendu dans le cadre du procès Bokassa mené par la Cour Criminelle présidée par Honoré Willickond au même titre que d’autres personnalités de l’ancien régime comme Henri Maïdou Ambroise Assombélé, Elisabeth Domitien ou encore Joseph Potolot. Patassé accable notamment la gestion de l’Etat à des fins personnelles de l’Empereur déchu qui est alors absent des réquisitoires.
Le 1er Février 1981, Dacko reçoit Patassé et les deux hommes conviennent de décrisper le climat politique en vigueur en RCA. Ils appellent les Centrafricains à voter dans le calme pour aller voter pour la Constitution qui est adoptée à 97,43% des voix. Cette Constitution pose les bases institutionnelles de la nouvelle République avec notamment un Président de la République élu au suffrage universel, un Premier ministre responsable devant le Parlement élu, un Conseil constitutionnel.
Cinq candidats inscrits auprès de la Cour Suprême sont autorisés à concourir à l’élection du 15 mars 1981 : Francois Pehoua (indépendant), Henri Maïdou (Parti Républicain pour le Progrès), David Dacko (Union Démocratique Centrafricaine), Abel Goumba (Front Patriotique Oubanguien-Parti du Travail) et Ange-Félix Patassé (MLPC).
Goumba, Maïdou, Patassé, Pehoua publient un communiqué commun dénonçant avec « la plus vive protestation contre la politique giscardienne en Centrafrique », qui tend selon eux à « imposer M. David Dacko au peuple centrafricain par tous les moyens, y compris la force ». « Pour soutenir la campagne de M. Dacko, poursuit le communique, les autorités françaises ont récemment mis à la disposition de l’Union démocratique centrafricaine une soixantaine de véhicules tout terrain et d’importants moyens financiers. » « Les forces militaires françaises basées en Centrafrique ont reçu mission de prêter main forte à M. Dacko en intervenant directement dans la campagne présidentielle et en intimidant les populations des villes et villages qu’elles ne cessent de sillonner », affirme encore le communiqué.
Dans un climat électrique, Dacko est finalement proclamé vainqueur le 19 mars 1981 au premier tour des élections à la majorité des suffrages avec 50,23% des voix contre 38,11% pour Patassé qui s’estime lésé de sa victoire, considérant que « la France a tout fait tout pour que Dacko soit élu. »

f) Une pression constante qui entraine la capitulation de Dacko.

Le lendemain matin, environ 3000 manifestants, encadrés par des militants du MLPC se dirigent depuis l’avenue des martyrs vers le centre-ville. Ils sont stoppés en fin de matinée à 500 mètres de la Présidence refoulés par des tirs de grenades lacrymogènes des forces de l’ordre, les affrontements faisant deux morts et plusieurs dizaines de blessés. Finalement, une intervention à la radio en milieu de journée d’un représentant du MLPC ne lance un appel au calme et invite les militants à regagner leurs foyers. Dans la foulée, l’état de siège est décrété sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Le général Sana, ministre de la Défense indique à la radio que l’autorité militaire, sous le commandement du chef d’Etat-major le général Kolingba, est investie des pouvoirs de police et de maintien de l’ordre. Il a précisé que « si besoin est, l’armée fera usage de ses armes contre tous les fauteurs de troubles ou qu’ils soient ». Le 20 mars, quelques centaines de manifestants qui protestent toujours dans les quartiers périphériques de Bangui se dispersent après un appel au calme lancé par Patassé. Le 21 mars, près de 400 étudiants se rassemblent l’université et des troubles ont lieu à Bossangoa.
Le 26 mars, Patassé dépose une plainte commune avec les quatre autres candidats malheureux aux élections présidentielles, Henri Maïdou, Francois Pehoua, et Abel Goumba devant la Cour suprême de RCA contestant le déroulement de ces élections. Le 3 avril, David Dacko est investi Président de RCA. Invités à la cérémonie les quatre concurrents du président, Patassé, Pehoua, Maïdou et Goumba, s’abstiennent d’y paraître. Le 5 avril, ils se coalisent dans un « Conseil Politique Provisoire » qui dénonce vivement l’ingérence française dans la politique intérieur de la République centrafricaine et entend « définir une stratégie commune pour défendre les principes démocratiques. »
Patassé effectue aussi de longues tournées en Province durant lesquelles il appelle notamment les populations à l’abandon de la culture du coton non rentable pour les paysans au profit d’une culture d’arachides, de sésame et de mil et au non-paiement de l’impôt par capitation.
Le 4 avril, M. Bozanga forme son gouvernement avec une équipe ministérielle recrutée presque exclusivement dans les rangs de l’UDC avec l’éviction remarquée de tous les proches de Patassé : Bedaya-Ngaro, Farra-Frond et Padoundji-Yadjoua.
Au lendemain même de la célébration de la fête du 1er mai empreinte d’une certaine morosité, l’UGTC rompt une trêve sociale de plusieurs mois. En conflit ouvert avec l’exécutif, le bureau exécutif de la centrale sous l’impulsion de Théophile Sonny-Cole appelle ainsi le 14 à une grève générale du secteur privé qui ne fut que partiellement suivie. Dénonçant le fait que le combat de l’UGTC est en réalité plus politique que social, le gouvernement riposta avec vigueur en dénonçant tout d’abord le caractère illégal de la grève, en menaçant les grévistes de sanctions pénales et en annonçant la dissolution de la centrale syndicale le 16 mai et en décrétant la possibilité pour les centrafricains de désormais choisir pour le syndicat de leur choix. C’est ainsi que la Confédération Nationale des Travailleurs Centrafricains (CNTC) fut créé et que l’UGTC perdit le monopole syndical qu’elle détenait depuis 1964. Le 19 mai, cinq partis d’opposition au président David Dacko protestent contre la censure des correspondants de presse à Bangui, et demandent le rétablissement de l’Union Générale des Travailleurs Centrafricains (UGTC) dans une lettre adressée dernier au président centrafricain. Goumba (FPO-PT), Pehoua (GIRA), Guéret (MDI), Patassé (MPLC) et Maïdou (PRP) s’insurgeant contre le fait que Dacko a instauré la censure sur les dépêches des correspondants d’agences de presse à Bangui en les obligeant à faire viser leurs articles par le ministère centrafricain des Postes et Télécommunications. C’est dans ce climat tendu que Dacko décide de reporter sine die les élections législatives prévues, selon la constitution pour le mois de Juin. Pour ne rien arranger, un climat de défiance règne au sein des forces armées centrafricaines lorsque Dacko remplace le lieutenant-colonel Ndayen commandant de la gendarmerie par le lieutenant-colonel Diallo, proche du chef d’Etat-major Kolingba.
Le 9 juillet 1981, un communiqué signé par Goumba, Maïdou, Patassé et Pehoua évoquant l’actuel séjour à Paris du Premier Ministre Simon Narcisse Bozanga dénonçant « les manœuvres du régime en place et du gouvernement impopulaire, qui tente d’engager (…) des négociations importantes affectant l’avenir du pays (…) alors que la situation politique, économique et sociale reste bloquée, du fait de l’absence de crédibilité du régime ».
Le 14 juillet 1981, une bombe éclate dans le cinéma « Club » à Bangui, faisant trois morts, une soixantaine de blessés et d’importants dégâts matériels. Trois jours plus tard, alors que l’opposition crie au complot politique, une lettre du Mouvement Centrafricain de Libération Nationale (MCLN) du Dr Idi Lala revendiquait l’attentat précisant que cela n’était qu’ « un coup d’envoi. » Sur base de ces révélations, un mandat d’arrêt international est lancé contre le Dr Iddi Lala et le professeur Abel Goumba (FPO-PT) accusés d’être les auteurs de cet attentats. Leurs partis mais aussi MLPC pour cause de « sympathie avec les auteurs de l’attentat » sont interdits et dissouts. Il est créé un tribunal spécial présidé par Marcel Mbaye Vice-Président de la Cour Suprême pour juger les auteurs de cet attentat. Cet évènement du 14 Juillet 1981 entraînera donc un durcissement du pouvoir en place et une tentative de briser l’opposition y compris le MLPC qui n’avait rien à voir avec cet attentat. Quoi qu’il en soit, l’état de siège est décrété, la loi martiale imposée, la constitution suspendue. Des investigations menées par des éléments des forces de sécurité proches du MLPC mettront en cause les conclusions officielles soulignant le rôle joué par Jean Willybiro-Sako, Ministre de la Sécurité Publique assisté par des éléments des services français dans la création d’une situation qui aurait dû permettre de briser une bonne fois l’opposition…
Mais au final, ces mesures ont peu d’effets sur le mouvement de contestation de fond qui ne cesse de prendre de l’ampleur au sein de la population. Patassé continue de crier haut et fort que « la démission du président Dacko et de son équipe est l’aboutissement logique d’une situation née de la politique néocolonialiste Giscardienne, qui a imposé au peuple centrafricain un régime anti-démocratique et impopulaire ». Depuis sa propriété du kilomètre 10, protégé par des centaines de partisans, Patassé exerce un véritable contre-pouvoir mettant une pression constante sur les autorités en place. David Dacko plus que jamais sous pression décide alors de céder le pouvoir à l’armée. Il lâche dans un premier temps du lest en levant l’interdiction qui frappait le FPO-PT et le MLPC le 10 Août 1981.
Malgré la nomination du recteur de l’Université de Bangui Simon Bedaya-Ngaro, proche de Patassé comme un signe d’apaisement donné par le pouvoir en place, la situation politique semble à la fin de l’été 1981 sans issue. Dans son édition du 26 Août, le journal du MLPC « Kongo Wara » indiquait que l’ouverture ne pourrait se faire que par la « chute de Dacko » et la « mise en place d’un gouvernement d’union nationale sous la responsabilité Conseil National Politique Provisoire (CNPP). »
Alors que Patassé est en déplacement à Brazzaville, Dacko expose en détails à Mokinda son plan de cession du pouvoir jusqu’à obtenir un « oui de principe » de Kolingba. Les deux hommes débattent du processus à adopter pour mener leur plan à bonne fin jusqu’au lundi 31 Août 1981, Dacko demandant à Kolingba d’organiser des élections dans un délai de six mois ou deux ans au plus tard si les circonstances l’exigent. Cette « solution Kolingba » est alors soutenue en coulisses par Bernard Christian Ayandho qui avait favorisé le retour Kolingba en Centrafrique alors qu’il était militaire-ambassadeur à Bonn, pour que celui-ci reçoive une étoile supplémentaire et qu’il soit nommé chef d’état-major de l’armée centrafricaine fin 1979…

5. L’opposition au régime Kolingba.

a) Patassé comprend que Kolingba ne rendra pas le pouvoir aux civils.

Le 1er septembre 1981, la radio centrafricaine annonce le « renversement » du président Dacko et la mise en place un Comité militaire de redressement national (CMRN). Les militaires au pouvoir suspendent la Constitution adoptée par référendum en Février 1981 et interdisent toute activité des partis politiques. Ils devront toutefois compter avec la popularité de Patassé dont compte bien jouer le leader du MLPC qui se considère désormais comme le plus légitime pour commander aux destinées du pays. Kolingba affirme alors que « le pouvoir sera remis aux civils dès que la situation le permettra dans un délai de 6 mois à un an ».
Patassé envoie une lettre au général Kolingba cosignée par Maïdou et Goumba dans laquelle il est écrit que l’action de l’armée, tout en épargnant au pays d’inutiles pertes en vies humaines, l’a sorti de l’impasse où l’a conduit le régime irresponsable, anti-démocratique et impopulaire de David Dacko et son parti, l’UDC. Ils félicitent ainsi Kolingba pour son accession au pouvoir mais estiment néanmoins que l’œuvre de l’armée ne pourra qu’être transitoire et brève car, précisent-ils la véritable décrispation de la vie politique nationale n’interviendra qu’à la suite de la restauration des institutions. Ils indiquent dans cette lettre leur disponibilité « pour participer à l’œuvre de redressement, national dès, qu’on nous le demandera… » Cette lettre insiste bien au passage, sur le caractère provisoire de l’existence du comité.
Le 29 Septembre 1981, Patassé quitte Bangui pour Paris. Au cours d’une conférence de presse tenue le 6 octobre à Paris, Patassé souligne que « la victoire électorale de M. Mitterrand a été ressentie par le peuple centrafricain comme sa propre victoire » et se prononce pour le maintien de « relations privilégiées » entre Bangui et Paris. Il demande au Président Kolingba d’organiser des élections présidentielles en Janvier et législatives en février 1982. Enfin, pour faciliter un retour rapide à la démocratie au Centrafrique, Patassé se prononce en faveur d’une table ronde entre les formations politiques du pays.
Au début du mois de novembre 1981, Patassé rencontre Iddi Lalla à Bonn en République Fédérale d’Allemagne et signe avec lui un accord pour harmoniser leur lutte sur le plan politique via la création d’un organe de coordination de leurs activités.
Le 9 décembre 1981, Patassé annonce depuis Paris qu’il vient de déposer une plainte contre le général Kolingba et de l’ancien Président Dacko pour « haute trahison » auprès du président de la Cour suprême à Bangui. Pour le président du MLPC, la situation juridique actuellement créée en Centrafrique est « illégale, et contraire à la Constitution votée a plus de 97 % par le peuple, qui entend retourner le plus tôt possible à la démocratie. » Au cours du mois de Décembre, des tracts du MLPC circulent dans Bangui critiquant le tribalisme, l’incompétence et le prochain recours à la force du régime en place.
A la fin de l’année, la tension monte nettement entre les officiers Mbaïkoua comme les commandants Alam (Intérieur), Marboua (Economie et Finances) et encore Bozizé (Information) à cause de leur proximité avec Patassé. Rapidement, le courant ne passe plus entre Kolingba et le « numéro 2 » du gouvernement Mbaïkoua. Certains réclament avec insistance un remaniement et l’éviction du clan Mbaïkoua et plusieurs scénarii sont échafaudés au cours de réunions secrètes rassemblant entre autres David Dacko, Christian Ayandho, Michel Gallin-Douathé, Alphonse Koyamba, Christophe Grélombé, Alphonse Konzi, François Pehoua ou encore Jacob Gbéti.

b) Les évènements de mars 1982et leurs conséquences

Résolu à mettre un terme à la tenue de réunion politiques clandestines du MLPC devenues de plus en plus fréquentes en dépit de l’interdiction d’activités politiques qui frappe théoriquement tous les partis depuis le 1er Septembre 1981 ainsi qu’à la circulation de tracts hostiles, Kolingba passe à l’offensive. Dans la nuit du 3 au 4 Janvier 1982, 13 militants du MLPC sont arrêtées à Bangui sous l’accusation d’avoir assisté à des réunions politiques interdites et d’avoir diffusé des tracts favorables au MLPC. Ces arrestations accroissent la tension entre le MLPC et le nouveau régime en place. Il faut aussi noter le 4 Janvier 1981 le remplacement de Simon Bedaya-Ngaro au poste de recteur de l’Université par Abel Goumba.
Le 27 février 1982, Ange-Félix Patassé débarque à Bangui après cinq mois passés en Europe accueilli par une foule en liesse, entre 7.000 et 10.000 personnes sympathisants massés devant l’aéroport et tout le long du parcours jusqu’à sa résidence du km 10.
Le 3 mars 1982, juste avant la fin des émissions programmée à minuit, le général Bozizé se rend à la radio, pour y lire une déclaration à 23h30 dénonçant le « projet du colonel Diallo », la « présence de mercenaires zaïrois » et la « trahison du général Kolingba ». Il affirme qu’il a été informé d’un plan visant à l’élimination physique des officiers et des cadres de l’administration, ressortissants des régions du nord du pays et qu’il dénonce ce complot qui se tramerait avec l’intervention attendue de troupes zaïroises massées de l’autre côté du fleuve Oubangui : « Notre chef actuel, le général André Kolingba a trahi et vendu l’armée et la nation toutes entières. En effet, une nouvelle force étrangère se trouve basée sur le sol centrafricain. Il s’agit d’éléments de l’armée zaïroise installés à Bangui au quartier Ouango. Un coup d’Etat fantoche est préparé en ce moment par le commandant de la gendarmerie nationale. Je vous demande de sauver la République Centrafricaine. »
Pour expliquer cette prise de position, Bozizé indiquera dans l’édition du 3 mai 1983 du n°295 du magazine Afrique-Asie les faits suivants qui auraient selon lui précédés cet épisode:
– 27 février 1982 : dans la matinée, 450 militaires zaïrois arrivent à Zongo. Dans l’après-midi, un important dispositif militaire de sécurité, commandé par le lieutenant-colonel Diallo est mis en place à l’aéroport de Bangui sans que cela ait été discuté auparavant en Conseil des Ministres.
– 28 février 1982 : dans la matinée, une séance secrète du gouvernement parallèle (car les grandes décisions se prennent ailleurs qu’au CMRN réduisant ce dernier au rôle de figurant) a lieu à Zongo. Etaient présents à cette séance les chefs d’Etat zaïrois et centrafricains ainsi que certaines autorités civiles et militaires : Ayandho, Pehoua, Gbeti, Diallo, Miango, Grelombe et Mokalo.
– 1er et 2 mars 1982 : 75 soldats zaïrois traversent de nuit en amont le fleuve Oubangui et s’organisent en cantonnement dans des pâturages à bœufs situes a Mboko dont Kolingba est propriétaire.
– 3 Mars : tôt le matin, 75 éléments militaires zaïrois sont rassemblés dans la concession privée du général Kolingba au quartier Ouango où stationnent 12 véhicules militaires et 6 hors-bords. Vers 10h30, 4 officiers supérieurs zaïrois traversent discrètement le fleuve pour venir inspecter leurs éléments lesquels ont été vêtus de vieilles tenues centrafricaines. Vers 19h, une dernière réunion du gouvernement parallèle se tient dans le verger privé de Kolingba dans le quartier de Gbagouma à Bangui pour transmettre les dernières consignes avant l’opération (83 personnes étaient présentes à cette séance). Le chef de l’Etat centrafricain, Ministre de la Défense nationale et chef d’Etat-major avait consigné tous les quartiers militaires à l’exception du régiment d’intervention parachutiste du camp Kassaï qui, appuyé par un important contingent zaïrois arrivé cinq jours plus tôt à Zongo et par d’autres éléments zaïrois basés dans la concession privé du général Kolingba dans le quartier Ouango à Bangui devait procéder dans la nuit du 3 au 4 mars 1982 à l’arrestation et à l’élimination physique immédiate de responsables politiques gênants pour le régime.
Selon Bozizé, la déclaration du 3 mars de Bozizé à la radio avait « un but informationnel » et « un caractère de dénonciation, bien que le Président du CMRN se soit évertué à la présenter à l’opinion publique et aux milieux politiques étrangers comme constituant une tentative de coup d’Etat des généraux Bozizé et Mbaïkoua au profit d’un leader politique de l’opposition. » Cette version de Bozizé qui bat en brèche la version officielle sera reprise dans la livre de Roger Delpey paru en 1985 « Affaire Centrafricaines. » Celle-ci soutient que cette histoire de « coup d’Etat radiophonique » a été montée de toute pièce pour démanteler l’opposition et en particulier du MLPC.
On ne peut certes pas naïvement prendre pour argent comptant les affirmations de Bozizé et penser qu’aucun plan pour prendre le pouvoir par la force n’ait jamais été échafaudé par l’opposition. Mais, comment sérieusement penser que Patassé ait voulu prendre le pouvoir sans arme ni réelle logistique militaire au moyen d’un simple appel à l’insurrection formulé en nuit par Bozizé ? Comment penser que ce scénario ait été envisagé à la barbe de Jean-Claude Mantion, cet agent de la DGSE qui assurait alors non seulement la sécurité Présidentielle de Kolingba et aussi veillait à la « stabilité de la Centrafrique » ? Il faut souligner que la République Centrafricaine avait en ce temps-là une importance stratégique car elle constituait une sortie de « base arrière » pour la France alors que la guerre faisait rage au Tchad. La DGSE soutenait alors activement la rébellion d’Hissène Habré qui prendra le pouvoir à Goukouni Oueddeï début Juin 1982. C’est d’ailleurs à partir de la RCA que seront déployées, en Août 1983, les forces françaises de l’ « opération Manta ». Cette volonté de conserver une « stabilité » en RCA se retrouve alors aussi chez autres pays frontaliers comme le Zaïre et le Gabon qui redoutent alors de voir s’instaurer à leurs frontières un quelconque système multipartiste. Cet appel radiophonique précipité de Bozizé donnera en tout cas un fabuleux prétexte à Kolingba pour démanteler l’opposition et renforcer pour longtemps son pouvoir en République Centrafricaine…
Dès le lendemain matin (4 mars 1982), alors que l’ordre avait été rétabli dans le reste de Bangui, une unité d’une centaine d’hommes se rend à la résidence du général Mbaïkoua dans le quartier Galabadja et fait usage des armes. Au cours de la fusillade, l’épouse du général Mbaïkoua, Agnès Mbaïkoua, son jeune fils Jérôme, Jean Mete-Yapendé et aussi le journaliste français de l’agence gamma Jérôme Chatin sont blessés par balles. Rotoloum, le frère de Mbaïkoua et chef du quartier sera tué au cours de cette intervention qui fera deux morts et une trentaine de blessés. Bozizé qui se cachait entre le plafond et le toit de la maison ne sera pas retrouvés lors de cette intervention. Il se refugiera après l’intervention au cantonnement de l’Elément Français de l’Assistance Opérationnelle (EFAO). Patassé et Mbaïkoua ont eux trouvé refuge à la maison de formation des petites sœurs du cœur et par l’intermédiaire de la sœur supérieure, ils demandent asile et protection à la France. Au même moment, un conseil des Ministres est réuni par Kolingba au siège de l’état-major des armées. Les généraux Bozizé et Mbaïkoua introuvables font l’objet de mandats d’arrêts. Dans l’après-midi, des militants MLPC conduisent Lucienne Patassé à l’ambassade de France avec une vingtaine d’enfants dont 7 lui appartenant afin de demander la protection de la France. Dans la soirée, l’éviction des conjurés du gouvernement militaire est présentée à la radio, comme un « léger remaniement ministériel ». Le nouveau cabinet, présidé par le général André Kolingba, comprend vingt et un membres, dont quinze ministres et cinq secrétaires d’État. Outre les généraux Alphonse Mbaïkoua et François Bozizé, considérés comme les principaux investigateurs du coup d’État manqué, deux ministres, l’intendant militaire Timothée Marboua (économie et finances) et le lieutenant-colonel Martin Dokossi (commerce et industrie) quittent le gouvernement. Aucune référence aux évènements de la nuit n’est faite pendant vingt-quatre heures. L’aéroport n’a pas été fermé, en dépit du fait qu’il est resté coupé quelques heures de Bangui. Ce remaniement s’accompagne parallèlement de nombreuses arrestations (une centaine au total) de militants MLPC dont un certain nombre sont déférés devant le Tribunal Spécial, juridiction d’exception permanente compétente en matière de crimes et délits de nature politique. Sont aussi évincés de l’armée, de la gendarmerie et des administrations certaines personnes soupçonnées d’appartenir au MLPC et leur remplacement.
Le 5 mars 1982, la demande d’asile présentée par Patassé et Mbaïkoua est refusée. Madame Patassé et les enfants qui l’accompagnaient quittent l’ambassade de France.
Le 6 mars 1982, les forces de sécurité lance l’assaut et détruisent la concession du km 10 de Patassé recherché pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État. » Patassé qui est resté jusque-là introuvable parviendra à se réfugier sur une mobylette à l’ambassade de France déguisé en commerçant musulman, le boubou flottant en compagnie de deux militants du MLPC : Bernard Seremalet, son aide de camp, Moïse Mandaba, médecin ainsi que du sergent David Madji, aide de camp du général Mbaïkoua. Dans le même temps, Madame Lucienne Patassé et ses enfants (notamment Valentine alors âgée de 17 ans, Patrice, 16 ans, Valérie, 15 ans, Marie-José, 15 ans, Sylvain, 11 ans, Jean-Christian, 11 ans), de même que Madame Bozizé et son fils (Jean-Francis alors âgé de 12 ans) et Madame Agnès Mbaïkoua et ses fils Jérôme et Jean-Baptiste sont finalement faits prisonniers au camp Kassaï où ils resteront prisonniers pendant quasiment un an (ils seront libérés le 28 Février 1983). Les autorités décident par ailleurs de la dissolution du MLPC ainsi que la fermeture de bars et lieux publics qui servaient de lieux de rassemblement au mouvement. Déjà, de septembre 1981 à mars 1982, les activités des partis politiques avaient été interdites, mais le fait d’être membre d’un parti ne constituait pas en soi une infraction. Cette fois-ci, le MLPC est interdit et dissout. L’appartenance à ce mouvement désormais considérée comme un délit.
Le 7 mars 1982, à l’instigation du lieutenant-colonel François Diallo, commandant de la gendarmerie, du lieutenant-colonel Guillaume Djengbot, sous-chef d’état-major de l’armée centrafricaine, chef du cabinet militaire du Président, du lieutenant-colonel Christophe Grélombé, Ministre et Secrétaire Général du Gouvernement et de Martin Yando, chef du cabinet civil du Président, les forces armées et la gendarmerie procèdent à de nombreuses arrestations de membres ou sympathisants du MLPC. Seront ainsi arrêtés tous les membres du bureau politique du MLPC y compris Hugues Dobozendi, Vice-Président du MLPC (dont la concession sera brûlée) mais aussi José-Christian Londoumon procureur général de la République, le capitaine Luc Nganafei contrôleur général des armées, le professeur Simon Bedaya-Ngaro, précédent recteur de l’Université, Philémon Lakoué, Directeur général de l’agence de presse de RCA, le Docteur Jean-Luc Mandaba ainsi qu’un grand nombre de fonctionnaires, d’enseignants, d’avocats, de membres des forces armées etc.
Finalement, à la suite de longues tractations entre la France et l’exécutif centrafricain, Patassé est finalement transféré au Togo le 13 avril 1982 où les autorités locales lui ont accordé l’asile politique à condition qu’il s’abstienne de toute activité politique. Bénéficient de la même mesure Bernard Seremalet, aide de camp de Patassé, le docteur Moïse Mandaba, membre du bureau politique du MLPC et le Sergent David Madji, aide de camp du général Mbaïkoua. L’on dénombrait alors 117 personnes incarcérées pour la plupart au camp Kassaï, 18 ayant été transférées à Sibut et 3 autres à Bambari, la quasi-totalité étant soupçonnés d’être des militants ou sympathisants du MLPC. Certains détenus sont déférés devant un Tribunal Spécial. En marge de ces incarcérations, une épuration a lieu dans les administrations et au sein des forces armées évincées de personnes soupçonnées d’appartenir au MLPC. Dans les rangs des FACA, près d’une centaine d’officiers, sous-officiers et hommes de troupes sont rayés des contrôles pour atteinte ou complicité d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.

c) Exil au Togo puis en France et répression du MLPC.

Le 1er Septembre 1983, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’avènement du CMRN au pouvoir, une mesure de grâce permet la libération de 70 prisonniers dont 40 détenus pour délit d’opinion. Cependant, il subsiste encore de nombreuses personnes incarcérées pour leur opinion politique et notamment leur liens réels ou supposés avec le MLPC.
Du 14 au 18 Septembre 1983, un « congrès extraordinaire » du MLPC qui se tient dans la clandestinité écarte Patassé de la Présidence du Mouvement en supprimant son poste de président du bureau politique du fait de son exil au Togo par une majorité qui cherche alliance avec le Front patriotique pour le progrès (FPP). Un nouveau comité exécutif du MLPC constitué des personnes suivantes :
– Francis Albert Ouakanga est nommé secrétaire général ;
– Jacques Boniba, secrétaire général adjoint qui représente le MLPC en France ;
– Raphaël Nambele, secrétaire général, chargé des relations extérieures
Le MLPC est alors affaibli du fait de l’exil de Patassé au Togo.
Entre le 24 Octobre et le 10 Décembre 1983, se déroule par intermittence le procès des détenus politiques devant le Tribunal Spécial. Les dossiers sont bien légers et l’accusation peine à fournir les preuves des griefs retenus contre les inculpés. Le tribunal spécial qui doit statuer sur le cas de 18 personnes se retrouvé quelque peu embarrassé et se voit contraint de prononcer l’acquittement de 6 inculpés (Victor Dimbo, Marc Boro, François Betoubam, Jean-François Demaras-Damanguere, Joseph G. Nazim, François Bedaya-Ndjadder). Hugues Dobozendi (Vice-Président du MLPC) et Dieudonné Padoundji-Yadjoua (membre du bureau politique du MLPC) ainsi que Michel Ngoni sont condamnés à deux ans de prison, pour avoir été co-auteurs d’un communiqué de presse, diffusé le 4 Janvier 1982, demandant la démission du CMRN, le rétablissement de la Constitution de Février 1981 et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Il faudra attendre le 5 avril 1984 pour voir la libération des membres du bureau politique du MLPC Hugues Dobozendi et Dieudonné Padounji-Yadjoua après deux années passées en prison.
Signalons aussi les cas de Théodore Bagua-Yambo (accusé d’avoir eu une conversation téléphonique avec Patassé et d’avoir prêté sa maison comme lieu de réunion du MLPC alors que les activités politiques étaient interdites) et Jean Mete-Yapende (accusé avoir incité les gens à s’opposer aux soldats et aux membres de la gendarmerie nationale qui encerclaient la concession lors de l’assaut mené contre la concession de Mbaïkoua) condamnés à trois de prison le 17 Juillet 1984.
Le 28 juillet 1984, le colonel Gaston Ouedane et le commandant Jérôme Allam arrêtés en Juin 1982 sont condamnés par le Tribunal Special de Bangui à 10 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Cette peine sera finalement réduite à 5 ans le 31 Décembre 1984 avant d’être finalement graciés respectivement le 1er Septembre 1985 et 1er Septembre 1986 après avoir été détenus respectivement plus de 3 ans et 4 ans.
Du 4 au 14 avril 1985, une opération de ratissage devait être menée conjointement par les FACA menés par le colonel Guillaume Djengbot et les Forces armées nationales du Tchad (FANT) menés par le Comchef Idriss Deby dans les zones de Gore, Markounda, Paoua, Bebinguéré contre le mouvement rebelle commando Mbakara. Les responsables centrafricains souhaitent lors infliger une sévère leçon à la population d’une région qui ne cache pas ses sympathies pour le général Alphonse Mbaïkoua et pour Ange-Félix Patassé. Cette opération se solde par un échec car la coordination entre les forces armées des deux pays se révèle inexistantes et que les rebelles trouvent refuge au Cameroun. Cependant, un certain nombre de villages sont pillés et brulés (Bébenguéré, Bégouladjé 1, Bégouladjé 2 et Bégouladjé 3, Bédam, Bemaïdé – village de naissance de Mbaïkoua-, Bembéré et Bedoua 3, Paoua..). Plusieurs centaines d’habitations sont brûlées par les FACA et les habitants de ces villages lorsqu’ils n’ont pas le temps de se réfugier dans la brousse, sont tués ou battus et/ou entassés dans des camions et transportés soit à Bozoum ou à Bangui où plusieurs dizaines d’entre eux seront enfermées à Ngaragba. Dans un communiqué, la population de Paoua lance un appel « aux organisations humanitaires du monde entier, à l’opinion publique internationale et à tous les peuples épris de paix et de justice ». Malgré ce communiqué qui relate les tragiques évènements survenus dans la région de Paoua et demande l’envoi d’urgence d’une mission d’enquête afin de constater sur place les faits dénoncés, personne ne réagira…
Le 22 Juillet 1986, le FPO-PT et le MLPC annoncent depuis Paris la création d’un front commun contre Kolingba affirmant qu’en Centrafrique « les atteintes aux libertés individuelles que politiques ne se comptent plus » et qu’ils décident de joindre leurs forces pour dénoncer toute atteinte à la démocratie et aux droits de l’homme en Centrafrique » récusant « l’actuel gouvernement centrafricain, complice de l’impérialisme français d’avoir bafoué la constitution du 1er février 1981 (suspendue par le général Kolingba après son arrivée au pouvoir) en instaurant un régime de parti unique. »
Au Togo, où il vit en exil Patassé suit l’évolution de la situation politique en Centrafrique grâce à des visiteurs amis mais il ne prend position publiquement sur la situation politique du Centrafrique étant astreint au silence dans le cadre de son exil.

d) Retour au pays et victoire aux élections en Septembre 1993

Le 5 Janvier 1989, Hugues Dobozendi est nommé Ministre des postes et des télécommunications puis le 5 Juin 1990, Ministre de la Justice mais il démissionne en Août 1990 lorsque le pouvoir lui impose de radier du Bureau Centrafricain, Maître Nicolas Tiangaye avocat à la Cour, à cause de ses prises de positions contre des pratiques anti démocratiques du régime de l’époque. Alors que Goumba et d’autres opposants sont arrêtés en septembre 1990, les syndicats déclenchent une grève en octobre 1990 sous l’impulsion de l’Union Syndicale des Travailleurs Centrafricains (USTC) animée par Théophile Sonny Colée et Jackson Mazette pour protester contre les arriérés de salaire dans la fonction publique. Ce mouvement deviendra grève générale au premier trimestre 1991 relayée notamment par les étudiants de l’Université à Bangui et ne cessera pas jusqu’aux élections de 1993. C’est dans un contexte social et politique très compliqué que Kolingba concéde le multipartisme en avril 1991, réforme entérinée constitutionnellement en juillet. Les prisonniers politiques sont libérés et l’opposition se rassemble au sein de la Concertation des forces démocratiques (CFD), sous la houlette du professeur Abel Goumba.
En Septembre 1991, un bureau politique du MLPC est officiellement constitué avec Hugues Dobozendi comme Président et Jean-Luc Mandaba comme vice-Président. Ce sont eux qui mettront le MLPC en ordre de marche en attendant le retour de Patassé.
A la fin de l’année 1991, Patassé obtient un visa pour venir se soigner en France, puis obtient l’asile politique en France où il peut résider à Paris avec sa famille qui le rejoint. Lors d’une Assemble Générale du MLPC, les militants décident de quitter la CFD et de désigner Patassé candidat du MLPC à l’élection présidentielle. Kolingba appelle à un grand « débat national » qui est organisé en entre le 1er et le 20 août 1992 pour apurer les comptes du passé mais il est boycotté par l’opposition qui organise une marche de protestation au cours de laquelle le Docteur Claude Conjugo, cadre de l’Alliance pour la Démocratie et le progrès (ADP) perdra la vie. La tension politique monte encore d’un cran : l’oppositition politique et la grève généralisée dans le secteur public se durcisent à l’approche des élections initialement prévues en Octobre 1992. Le 15 octobre 1992, Patassé fait son retour à Bangui, où il est accueilli triomphalement après plus de dix ans d’exil pour participer aux élections législatives et présidentielles. Ces élections seront organisées mais finalement annulées pour « irrégularités ». Et pour cause : dans la nuit du 24 octobre 1992, les urnes destinées aux bureaux de la capitale avaient disparues… Les principaux prétendants à la magistrature suprême (outre Kolingba) sont David Dacko, Abel Goumba, Ange-Félix Patassé ou encore François Bozizé. Le 26 octobre 1992, Dacko, Patassé et Derand Lekoué réclament l’annulation des scrutins (présidentiel et législatif) dans l’ensemble du pays.
Pour éviter le vide constitutionnel créé par la fin du mandat de Kolingba (22 octobre 1992), un Conseil National Politique Provisoire (CNPPR) est créé en remplacement du Parlement. Ce Conseil qui prorogea d’une année le mandat de Kolingba et légiféra ainsi par ordonnance en l’absence d’Assemblée Nationale. Dans ce contexte, un gouvernement de transition est créé. Le Président du Parti Social-Démocrate, Enoch Dérand Lakoué est chargé le 26 février 1993 de conduire le pays vers de nouvelles échéances électorales. Patassé siège au CNPPR de Février à Avril 1993 avant de se retirer dudit Conseil, arguant de son mauvais fonctionnement et du manque de confiance réciproque entre ses membres.
Les Centrafricains se rendent finalement aux urnes les 22 août 1993 et Patassé arrive en tête des suffrages (37,3%) suivi de Goumba (21,7%) et de Dacko (20,1%) tandis que Kolingba arrive loin derrière (10,1%) et n’accède donc pas au second tour. Conscient de l’imminence de sa défaite, Kolingba contre-attaque le 28 Août. Il signe deux ordonnances, l’une concernant la recomposition de la Cour suprême et le changement, a posteriori, du Code Electoral, ce qui aboutit purement et simplement à l’annulation des élections. Un bras de fer avec la France commence alors, la diplomatie française décidant de suspendre toute coopération avec le régime. Le 29 Août, Kolingba fait machine arrière et retire ses deux ordonnances.
Le 19 septembre 1993 est organisé le second tour des élections présidentielles. Le 27 septembre 1993, Patassé est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle avec selon les chiffres officiels, 52,45 % des suffrages devant Goumba qui recueille 45,62 % des voix.

Lu Pour Vous

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici