Centrafrique : quand des voyous au sommet de l’Etat se règlent des comptes  

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En juin 2010, le député des Verts Noël Mamère avait estimé que des « voyous » organisant leur impunité se trouvaient « au sommet de l’Etat, (…) pas dans les cités », faisant ainsi apparemment allusion aux démêlés du ministre du Travail Eric Woerth. Noël Mamère s’exprimait sur Radio J alors que l’ancien ministre du Budget, également trésorier national de l’UMP, était soupçonné d’avoir épargné un contrôle fiscal à Liliane Bettencourt, héritière de L’Oréal OREP.PA, pour laquelle travaillait son épouse.

« Les voyous, c’est pas dans les cités qu’ils se trouvent, c’est au sommet de l’Etat et dans les élites, ce sont les gens qui prennent des libertés avec l’argent public, qui prennent des libertés avec les principes démocratiques », avait-il dit. « Au sein du gouvernement, il y a des gens qui n’arrêtent pas d’expliquer qu’il faut se serrer la ceinture, qui sont les chantres de la tolérance zéro et qui s’appliquent à eux-mêmes le principe de l’impunité », avait-il ajouté. Le député des Verts avait, par ailleurs, dit demander officiellement la dissolution d’une association de donateurs de l’UMP appelée « Premier Cerle » et qu’Eric Woerth réunit régulièrement en sa qualité de trésorier du parti majoritaire.

Noël Mamère avait souligné que Liliane Bettencourt figurait parmi les donateurs du l’UMP, selon des déclarations de ses avocats dans la presse, qui confirment ce qui ressort d’enregistrements « pirates » de l’héritière réalisés en 2009 par un employé de maison. Le député écologiste avait, par ailleurs, accusé Florence Woerth, épouse du ministre, d’avoir été en situation de conflit d’intérêt en créant avec d’autres en 2008 « Dam’s », une écurie de chevaux de course, alors que son mari préparait au Budget une loi libéralisant les paris en ligne, finalement entrée en vigueur juste avant le Mondial de football.

« On est dans la confusion la plus totale. Il faut sortir de cette confusion si on veut rétablir la vérité », avait dit Noël Mamère.

Pour tous les observateurs de la vie politique en République centrafricaine, le rappel de cette information fait directement allusion à cette bagarre qui a opposé, le dimanche 30 juillet 2023, au Lycée Barthélémy Boganda, le ministre – conseiller en communication Wilfried Sébiro et le feyman camerounais Jules Njawé, un autre communicant de l’Imposteur de Bangui. Partageant les deux vidéos y relatives, nous avons mis en titraille ce qui suit : «Centrafrique : « Référendum constitutionnel du 30 juillet 2023 » : et les voyous se livrent en spectacle ! » Si « des Centrafricains bien civilisés et souvent proches du pouvoir de Bangui », trouvent ces mots « insultants pour nos dignes et valeureuses autorités », pour notre part, leur usage se justifie et ne saurait donc soulever de débats insensés. Car, depuis le 30 mars 2016 à ce jour, le mode de gouvernance a le « mérite » de rappeler aux Centrafricaines et aux Centrafricains devenus « amnésiques » que leur pays est livré bientôt huit années entre les mains d’une bande de voyous. Des voyous déguisés en hommes d’Etat. Alors, un voyou, c’est qui ?

C’est un individu peu scrupuleux, qui ne respecte pas les lois. En anglais, cela s’appelle « Hooligan » ça vous rappelle quelque chose ? bien sûr, le football ! Mais rassurez-vous, le voyou va bien au-delà du désordre dans et autour des stades. On compte plusieurs synonymes comme aigrefin, bandit, canaille, chenapan, crapule, galapiat, garnement, gouape, gredin, truand, etc.  Un voyou c’est tout cela à la fois. C’est vraiment, quelqu’un de marginal.  Vous en connaissez ? Certainement. Vous connaissez ces adeptes du Voyoutisme. Pour nous et une majorité de nos compatriotes, c’est l’ensemble de ces hommes et de ces femmes qui, sans éducation, sans diplôme spécifique, sans maîtrise réelle de la technicité et ignorant tout de l’Etat, des entités qui le composent, de ses buts et de son organisation et son fonctionnement, occupent de hautes fonctions, émargent sur le budget de l’Etat, roulent avec de grosses cylindrées et prennent de grandes décisions au non de l’Etat. Leur seul pedigree, c’est leur relation trop particulière avec le Grand Voyou « démocratiquement élu » et leur appartenance au parti – Etat. M. Wilfried Sébiro qui vivait en France à Montargis et qui tenait un journal en ligne dénommé « Centrafrique Libre », appartient à cette catégorie d’individus. Il en est de même pour un certain Jules Njawé qui se présente comme un panafricaniste, de nationalité camerounaise et centrafricaine pour y avoir vécu à bas âge, est une figure de proue dans le dispositif de communication de l’Imposteur de Bangui, étant journaliste comme son feu Père Pius Njawé et intervenant régulièrement sur le plateau de Africa Média.

C’est donc l’ensemble de ces critères qui ont fondé leurs nominations à la présidence de la République, comme « Hors – statut » et grevant au passage les charges de personnels de cette institution. De facto, n’ayant pas le statut de fonctionnaire, ces deux lascars ne peuvent pas comprendre qu’à ce niveau de responsabilité, ils sont tenus à un comportement irréprochable, courtois, intègre, respectueux de l’institution de laquelle ils relèvent désormais, d’une part, et de la personne du président de la République, garant de la République, de son honneur et de sa dignité dont elle est le reflet au regard de la constitution vis – à – vis du peuple centrafricain, détenteur du pouvoir souverain, d’autre part. Du coup, n’étant pas assujettis aux dispositions du statut général de la fonction, comme leurs collègues fonctionnaires ou agents de l’Etat, ils ne peuvent qu’en faire à leur tête. Du fait de leur proximité, in dies singulos, avec l’Imposteur de Bangui, ils croient jouir à satiété des mêmes prérogatives de puissance publique que ce dernier et peuvent s’en abuser, puisque n’ayant de compte à rendre à personne, si ce n’est à la plus haute autorité.

C’est ainsi que ce dimanche 30 juillet 2023, alors que leur patron, après avoir voté, voulait s’adresser à la presse pour donner son avis sur le déroulement du processus, ils vont se battre, à la grande surprise de tous, dans la cour du Lycée Barthélémy Boganda, devant de nombreux badauds qui étaient là. Tout simplement parce que, sur instructions de l’Imposteur de Bangui qui a dorénavant remis en cause la qualité de l’expertise de son neveu qui profitait chaque fois de ces opportunités pour lui soutirer d’importantes espèces sonnantes et trébuchantes, le feyman camerounais a discrètement fait appel à cinq ou sept journalistes étrangers, ivoiriens, camerounais, rwandais et togolais. Au moment où Jules Njawé, selon les aides de camp qui ont vécu les faits en live, a donné le top à une journaliste togolaise pour tendre son micro à M. Faustin Archange Touadéra et poser des questions, le Gbakamandja s’en est aperçu ; tout naturellement, il s’est levé et promptement s’est érigé en homme de tenue et agent de protocole d’état, pour signifier son refus à son collaborateur, tout en donnant un violent coup de pied dans le bas ventre de la journaliste.

Gêné, le camerounais a attendu que le président de la République s’éloignât, pour réagir et donner un violent et lourd coup de massue sur le crâne et le visage de M. Wilfried Sébiro. De véritables voyous au sommet de l’Etat qui se règlent des comptes en public et couvrent leur patron, et par ricochet le peuple centrafricain, du sceau du déshonneur, d’indignité et de honte ! A qui la faute ? A l’Imposteur de Bangui. Car s’il avait fait comme Jean – Bedel Bokassa et Autres qui avaient confié la gestion de l’information et de la communication à des professionnels que furent Jean-Max Anezot, Bernard Rekian et plusieurs autres professionnels des médias, aujourd’hui disparus, en l’occurrence Igor Follot, Jean-Pierre Massamba-Ngolio, Eugène Mbaga, Yabouet-Bazoli, Joseph Vermond Tchendo, Alexandre Casanova, Basile Mabidi, Albert WillyBiro Passi, Florence Ediath, Raymond Nzengou et Autres, il aurait évité à la République toute abominable déconvenue, œuvre du voyoutisme d’état !

Si vous ne le savez pas, le voyoutisme est un comportement, une manière de vivre des voyous et, par extension, de ceux qui se comportent comme des voyous. Pour comprendre ce qu’est le voyoutisme, lisons un peu cet extrait de Jean-Yves HUVEY, (Journal d’un Psy de l’urgence, Société des Ecrivains, 2008) : « Enveloppé de mon immuable blouson noir, je glissais gentiment dans le petit voyoutisme. En temps de bagarres, de règlement de nos comptes, le champion de notre bande, que je savais envoyer au charbon, revenait le plus souvent victorieux ». Alors si l’auteur parle petit voyoutisme, moi je voudrais que l’on s’attarde au Grand Voyoutisme, celui qui s’appelle la Voyoucratie.

Voyoucratie, c’est d’abord le titre d’un film réalisé en 2013 par FGKO, de nationalité française. Mais ce qui m’intéresse, in hoc casu, c’est la définition même du mot : Forme de gouvernement fondée sur des méthodes de voyous. Connaissez-vous un tel gouvernement ou de tels gouvernements ? Il parait que plusieurs pays francophones sont des voyoucraties. Il parait que dans ces voyoucraties, il y a des gangsters modernes, selon l’expression du rappeur Mc Solaar. Il parait que là-bas, rien n’est clair dans les passations de marchés, rien n’est transparent dans les élections, rien n’est visible dans la gestion des comptes, rien n’est possible sans passer par des lobbies, des réseaux, et des clans. Ce sont les mêmes qui dirigent ou leurs enfants. Dans ces voyoucraties, on change les  constitutions chaque jour. Dans ces voyoucraties, l’Etat est à la fois policier et bandit. Là-bas, c’est le règne du charivari, l’un des dix mots de la Francophonie en 2014.

Le charivari est un vacarme, un bruit assourdissant, un tintamarre,  un grabuge, et surtout une cacophonie. La voyoucratie, c’est le grand désordre : désordre dans les décisions, désordre dans l’organisation de l’Etat, désordre dans la construction des infrastructures, désordre dans l’administration, désordre dans le climat des affaires.  Alors, pour régler le problème de la voyoucratie, lisons cet extrait du Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie Abdou Diouf : « C’est vouloir accompagner l’ancrage de l’Etat de droit, de la démocratie et des droits de l’Homme, tant à l’échelle nationale qu’internationale. C’est vouloir, dans l’urgence comme dans le long terme, dans la prévention structurelle et l’alerte précoce comme dans la consolidation, œuvrer à la résolution politique, judiciaire, voire militaire de toutes les crises et de tous les conflits qui déchirent nombre de nos pays »

La rédaction

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