CENTRAFRIQUE: PRÉSIDENTIELLE DE 2020: CES CHALLENGERS ET OUTSIDERS QUI SONT SUR LA LIGNE DE DÉPART ET DONT CERTAINS RISQUENT DE FAIRE MAL

0
531

A un an et demi du premier tour de la présidentielle de 2020, les commentaires et pronostics vont bon train tant dans l’opinion publique centrafricaine que dans les couloirs des chancelleries les plus en vue de la capitale. Qui sont les favoris, les challengers et les outsiders? Quel homme providentiel pour succéder au Pr Faustin Archange Touadéra au palais de la Renaissance? Le débat est sur toutes les lèvres, dans les débits de boisson, et bien sûr dans tous les états-majors politiques voire politico-militaires. Et ce n’est pas la dernière enquête politique dans les plus influentes préfectures en termes de réservoir électoral (Lobaye, Ouham, Ouham-Pendé, Ouaka, Nana-Mambéré, Ombella-M’Poko) qui va démentir cet état de fait.
De cette étude fouillée se dégagent deux grandes tendances qui dominent la scène politique dans la course à la présidentielle.
Tout d’abord, un premier groupe constitué des partis politiques à très fort potentiel et capables de se hisser au second tour de la prochaine élection présidentielle. Parmi tous les futurs candidats devant briguer la magistrature suprême, ils sont les prétendants les plus sérieux à surveiller comme du lait sur le feu, car ils sont en bonne position dans tous les sondages d’opinion.
Pour ce 1er groupe, on compte dans le désordre: le Rassemblement démocratique centrafricain (RDC), le Kwa Na Kwa (KNK), le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), le Rassemblement pour la République (RPR), l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) et le Mouvement des cœurs unis (MCU), soit six (6) poids lourds de la scène politique dans les starting-blocks.
Ensuite, une seconde tendance qui comprend les partis et les personnalités politiques dont les candidats bénéficient d’un capital de sympathie certain et jouissent d’une audience nationale et internationale, mais non suffisants pour pouvoir se qualifier au second tour. Ils forment le cercle des faiseurs de roi. Egalement cités dans le désordre: Mme Catherine Samba-Panza, Jean-Serge Bokassa, Charles Armel Doubane, Crépin Mboli-Goumba, Nicolas Tiangaye et Abdou Karim Méckassoua.
Une présentation sommaire, avec les forces et faiblesses de ces têtes d’affiche, s’impose.
LES CHALLENGERS EN TÊTE DE PELOTON
1-Le RDC de Désiré Bilhal Zanga Kolingba est un parti traditionnellement bien assis dans le paysage politique centrafricain mais influent seulement dans certaines régions et localités du pays. Malgré son implantation nationale, le parti qui a 32 ans souffre de deux déficits: des problèmes de trésorerie qui minent les activités du parti et le caractère très effacé de son leader qui continue de rêver d’être nommé Premier ministre par Touadéra. Néanmoins, si le RDC parvient à mobiliser les ressources financières nécessaires et à réorienter sa stratégie politique actuelle, il sera un redoutable adversaire.
2-Le KNK de l’ancien président François Bozizé Yangouvonda, dont la fidélité des ouvriers est sans faille, lui permet de se mettre en ordre de bataille ces derniers temps, avec un succès remarqué aussi bien à Bangui qu’à l’intérieur du pays à travers une tournée politique. Et si le KNK qui a 10 ans parvenait effectivement à obtenir des autorités de Bangui le retour en RCA de son président-fondateur sans une poursuite judiciaire, il est évident que la bataille électorale de 2020 risquera d’être extrêmement rude pour les autres candidats. Mais jusqu’à ce jour, le parti souffre d’une sérieuse crise de leadership qui devrait se résoudre au plus tard fin 2019 afin de pouvoir encore rester dans la course dans le peloton de tête.
3-Le MLPC de Martin Ziguélé, parti qui a fêté ses quarante (40) ans sur la scène politique en février dernier, est un mastodonte sur lequel il faut compter, d’autant plus qu’il s’est positionné quatrième lors de la dernière élection présidentielle en 2016. Mais le parti pâtit d’une piètre image, ternie par l’accusation portée contre lui d’avoir soutenu le coup d’Etat de la séléka, accusation qu’il a toujours démentie, et les options politiques du bureau politique de soutien indéfectible au pouvoir de Bangui, options politiques qui créent des tensions avec la base du MLPC qui désavoue le leadership de son président et risque de l’abandonner en pleine course pour un autre horizon.
4-Le RPR de Ferdinand Alexandre N’Guendet est un jeune parti qui a vu le jour en début 2013 dans l’opposition au régime finissant du président Bozizé, avant de faire une percée remarquée à l’Assemblée nationale en 2016 avec son propre groupe parlementaire. Les deux semaines du président du parti passées à la tête de l’Etat durant la transition sont un atout majeur que les Centrafricains ne cessent de rappeler à chaque poussée de fièvre de troubles sécuritaires dans le pays. Son appartenance ethnique à deux viviers électoraux que sont la Ouaka et l’Ouham joue également en sa faveur, même s’il observe, depuis un certain temps, un silence radio médiatique (stratégique?). Cependant, le RPR semble souffrir de deux grands défauts. Depuis son départ en fanfare et sur les chapeaux de roue après la fin de transition, on dirait que le RPR présente des signes d’essoufflement. De plus, le soutien à la marche à Michel Djotodia l’ex patron de la séléka, malgré le contrepoids qu’a été N’Guendet à ce dernier et à la présidente Samba-Panza durant la transition, est une casserole qui plombe l’image du parti. Les démêlées judiciaires de N’Guendet qui ressemblent à un règlement de compte politique, donnent des soucis au parti RPR.
5-L’URCA d’Anicet Georges Dologuélé, chef de file de l’opposition démocratique, est aussi un jeune parti qui a de bonnes raisons de croire au Grand Soir, car il est sorti en tête du 1er tour de la dernière élection présidentielle de 2016 devant l’actuel président de la République, mais ayant perdu sur le fil à la dernière minute à cause d’une coalition, d’une union sacrée en faveur de Touadéra. Toutefois, à l’approche des prochaines élections, deux gros handicaps plombent l’appareil de l’URCA âgée de 5 ans: la difficulté de mobiliser les finances et les troupes, à l’image du congrès ordinaire annoncé depuis 2017 mais qui ne voit toujours pas le jour; enfin, l’absence prolongée et répétée à l’extérieur du président du parti est un gros point noir qui pèse lourd.
6-Le MCU du Pr Faustin Archange Touadéra dont le feu sacré s’est éteint avec une côte de popularité de tendance baissière, ne peut pas être écarté de la liste des grands challengers de la prochaine élection. Car, en dépit d’un bilan très négatif, le MCU, âgé de 6 mois seulement mais rempli de vieux politiciens venus de tous les horizons politiques et surtout du KNK, est au pouvoir, et c’est là une donnée d’importance. « On doit compter avec eux », disent les partis et personnalités politiques poids légers.
LES « OUTSIDERS » OU « FAISEURS DE ROI »
Jean-Serge Bokassa, qui a réussi à se classer dans les six (6) premiers de la dernière élection grâce au plein des voix fait dans son fief qu’est la Lobaye, ne disposait cependant pas des moyens nécessaires pour franchir le premier tour. Mais sa mainmise sur le bassin électoral qu’est la Lobaye fait de lui un acteur majeur pour l’élection du successeur de Touadéra.
Charles Armel Doubane fait partie de ceux avec qui il faut compter, même s’il est très discret, voire trop effacé. L’éclatement de son association politique AFB-CAD est un véritable coup dur pour lui qui a très tôt tourné le dos à ceux qui l’ont accompagné à la présidentielle de 2015 dès sa nomination au poste de ministre des Affaires étrangères en avril 2016.
Me Crépin Mboli-Goumba, président du parti PATRIE, classé parmi les personnages ambigus de la scène politique centrafricaine, peut jouer un rôle d’importance malgré son déficit de charisme populaire et l’accusation portée contre lui d’avoir soutenu le coup d’Etat de la séléka, accusation qu’il a toujours démentie, comme les autres « co-accusés ».
Me Nicolas Tiangaye dont la renommée nationale et internationale est incontestable, est un acteur non négligeable dont la voix porte encore, en dépit de l’accusation portée contre lui et d’autres leaders politiques d’avoir soutenu le coup d’Etat de la séléka, accusation qu’il a toujours démentie, mettant ses accusateurs au défi de lui fournir la moindre preuve. Son parti, la CRPS, né en 2008, a perdu tous ses députés qui ont rejoint le président Touadéra.
Abdou Karim Méckassoua de l’association politique dénommée Chemin de l’espérance, qui a été très affaibli par sa destitution du perchoir de l’Assemblée nationale en octobre 2018, garde une certaine influence au niveau national, même s’il a perdu beaucoup de ses soutiens à l’international. Des accusations portées contre lui par des partisans de Touadéra d’être de connivence avec des groupes armés dont l’UPC d’Ali Darass et des mercenaires étrangers, continuent de faire tache d’huile. La justice pourtant saisie par les deux parties ne s’est pas encore prononcée sur cette affaire.
Mme Catherine Samba-Panza pourrait jouer les trouble-fêtes, du fait de sa stature d’ancienne cheffe de l’Etat de transition qui cultive des réseaux importants aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Ces intentions restent inconnues mais sa candidature à la présidentielle risquerait de faire très mal à Touadéra, sinon retourner contre elle-même. Notamment, les paroles sorties de sa bouche à l’aéroport de Bangui tendant à remettre en cause l’élection de Touadéra à la régulière en 2015-2016. Elle aura certainement des choses à dire le moment venu.
LES JEUX RESTENT OUVERTS
Sauf coup de théâtre dont nous ont habitués les hommes politiques centrafricains, challengers et outsiders vont se coaliser pour lancer une croisade, faire barrage à Touadéra et lui barrer le chemin du 2nd tour en 2021. Néanmoins, les positions ne sont pas figées. A quelques dix-huit mois du 1er tour, tout reste possible.
Wait and see.
Cyrus-Emmanuel Sandy
Source: MEDIAS+

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here