Centrafrique : Pourquoi l’UE doit relever Mme Samuela Isopi de ses fonctions d’ambassadeur et revoir sa coopération avec le régime de Touadéra

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Dans l’une de nos précédentes publications, nous avions tenté de mettre en exergue et dénoncer la proximité désormais immédiate de Son Excellence Samuela ISOPI, ambassadrice cheffe de délégation de l’Union européenne en Centrafrique, avec l’association des malfaiteurs au pouvoir, d’une part, et tout particulièrement de rappeler le rôle de celle-ci face à celui du ministre de l’économie, du plan et de la coopération internationale, ordonnateur national du Fonds Européen de Développement dans la mise en oeuvre des actions de coopération UE/RCA, d’autre part.
Aujourd’hui encore et plus que jamais, notre « Samuela nationale » nous fait revenir sur le sujet, obligeant l’opinion nationale et internationale à s’interroger sur le « style et l’approche » ISOPI dans l’accompagnement et l’appui de la noble Institution qu’elle représente, aux noms des Etats membres, auprès de l’Etat centrafricain. S’il est dorénavant admis que, par la force des engagements pris, l’Union européenne se placerait primo comme premier bailleur de fonds multilatéral de la Centrafrique et que secondo son poids pèserait de plus en plus dans les grandes décisions qui engagent le devenir de ce pays bénéficiaire, on peut cependant s’interroger sur la manière avec laquelle cette coopération est conduite et mise en œuvre par cette ambassadrice.
En effet, une énième Convention de financement vient d’être signée à Bangui par l’ambassadrice de l’Union européenne et le tristement célèbre et désormais incompétent ministre de l’économie, du plan et de la coopération, un certain Félix Moloua ; selon les experts en la matière,  c’est un exercice banal et de pure tradition, lorsqu’on sait que les appuis multiformes de l’Union européenne rentrent dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de partenariat dit de Cotonou au titre du Programme Indicatif National du 11eme Fonds Européen de Développement. Pour rappel et afin d’éclairer l’opinion nationale, le Programme Indicatif National du 11eme FED a prévu de consacrer un appui financier très substantiel à la gouvernance des secteurs sociaux, la société civile et le processus électoral à venir (2020/2021); par conséquent une telle signature de convention n’a fait qu’obéir à un tel engagement des deux parties.
Cependant, lorsque l’on doit se féliciter de l’excellence des relations de coopération UE/RCA, on est également en droit de s’étonner et de voir avec fort étonnement  que la signature de ladite convention de financement s’est faite, non pas à la primature où se trouvent les services du chef du gouvernement dont l’une des activités en cette année consiste à gérer les affaires normales de la cité et à organiser les prochaines élections, mais plutôt au palais de la Renaissance, en présence du Chef de l’Etat lui-même. Les dix sept millions d’euros ainsi consacrés par l’Union européenne sont censés contribuer au basket-fund du programme d’appui au processus électoral, avec une mise en œuvre assurée par le PNUD, certainement.
Mais aussi curieux et frappant que cela puisse paraître, au regard du choix du cadre, c’est – à – dire la présidence centrafricaine, où cette convention a été signée et de l’appréciation que l’on peut faire aisément de l’analyse de l’une des images y relatives dans laquelle l’on voit Mme Samuela Isopi et M. Félix Moloua tous les deux assis, et derrière un certain Touadéra dans la posture d’un « miles romanus »,  assurant la garde et veillant au grain, il est évident et clairement établi que le gangster de l’association des malfaiteurs au pouvoir, depuis mars 2016, déterminé plus que jamais  à organiser les futures élections, malgré un contexte social et sécuritaire suffisamment dégradé sur un peu plus de  85% du territoire national, avec la reprise des hostilités et des violences meurtrières et sanglantes à Birao, Ndélé, et Bria, et l’invasion des préfectures de la Lobaye, de la Mambéré – Kadéi, de la Sangha – Mbaéré, de l’Ouham – Pendé, de l’Ouham et de l’Ombella – Mpoko par des hommes lourdement armés,  sera le seul à bénéficier de la visibilité d’un tel partenariat.
Sans aucune gêne et ignorant superbement les valeurs de respect des droits de l’homme, de la liberté d’expression et des libertés individuelles et collectives, dont elle est tenue d’être porteuse en Centrafrique à l’instar de certains de ses prédécesseurs dans leurs indéfectibles soutiens  aux luttes des démocrates centrafricains, lesquelles valeurs sont aujourd’hui mises à rudes épreuves par le régime de Bangui,  Mme ISOPI, comme à son habitude, n’hésite plus à s’afficher quasi-quotidiennement aux côtés de l’homme fort de Bangui, encore plus lorsque qu’une négociation devra s’ouvrir avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus électoral qui s’annonce. Flanqué de part et d’autre part de Mme Danielle DARLAN et Mme Samuela ISOPI, lors de la cérémonie de signature de cette convention, et  à chacune de ses apparitions officielles, il va de soi que  le chef de bande des malfaiteurs au pouvoir depuis mars 2016, désormais plus sûr de lui que jamais, ne cesse de se dire intérieurement et de lancer à l’endroit du peuple centrafricain et de toutes les forces vives de la nation que « les dés sont désormais jetés, « alea jacta est »,  sur financement européen et grâce à l’onction constitutionnelle; circulez, donc, il n’y a rien à dire, je serai réélu et vous donne déjà rendez-vous en 2026… »
Ce qui précède nous oblige à revenir un peu à notre ISOPI nationale pour lui demander quelques pertinentes et embarrassantes questions : Quand va-t-elle enfin rencontrer l’opposition démocratique (COD 2020) pour un dialogue politique équilibré ? Quand va-t-elle enfin rencontrer les autorités de l’Agence Nationale des Élections (ANE) dont la loi portant organisation et fonctionnement a été retirée de l’assemblée nationale en catimini par le gouvernement,  pour faire un point d’étape du processus et annoncer l’appui financier de l’Union européenne ? Quand va-t-elle enfin rencontrer les représentants des organisations de la société civile, y compris les syndicats et la plate forme religieuse pour une action concertée ? L’Union européenne va-t-elle continuer de vouloir faire le bonheur de nos populations malgré elles et sans la prise en compte de leurs besoins prioritaires et  leur implication réelle dans le processus en cours engageant leur avenir, en privilégiant un dialogue de sourds et à sens unique avec le régime aux allures dictatoriales de Bangui? Les Etats membres de l’Union européenne savent-ils vraiment à quoi sert désormais l’argent de leurs pauvres contribuables nationaux respectifs en Centrafrique ? Les Etats membres de l’UE peuvent – ils seulement accepter d’injecter leurs appuis multiples et multiformes  dans un pays avec  un régime liberticide qui jette en prison des syndicalistes et des activistes politiques, contraint des lanceurs d’alerte, des journalistes et des blogueurs à l’exil, interdit des meetings des partis politiques, et confisque les médias d’Etat pour des propagandes et des campagnes de dénigrements à longueur de journée contre certains partenaires de la République et les opposants politiques ? Il sera sans doute très difficile à Mme Samuela Isopi de répondre à toutes ces inquiétudes.
Dans le même ordre d’idées, il est important de souligner que les conventions de financement sont conçues et préparées par des technocrates depuis Bruxelles sans concertation approfondie avec les départements sectoriels concernés, des fonds fiduciaires de plusieurs millions d’euros (Fonds Bekou)  créés et justifiés par les malheurs des populations centrafricaines mais dont  la gestion de la mise en oeuvre échappe totalement à ces mêmes populations qui peinent à voir l’impact réel de ces fonds, et  l’UE continue de soutenir à bout de bras un régime dictatorial et de  financer des processus électoraux bâclés et dont on sait à l’avance le résultat final, c’est-à-dire la réélection future de TOUADERA en 2021.
Comme il fallait s’y attendre,  il a été signalé à notre rédaction que nulle part ailleurs et dans aucun État ACP, on a pu assister à une telle proximité entre le Président de la République et un chef de délégation de l’Union européenne, même en temps de crise. De mémoire d’anciens partenaires habitués desdites relations de coopération, seule la présentation des lettres de créances ainsi que le dialogue politique de haut niveau constituent les rares occasions où l’on peut apercevoir ensemble le Président de la République et l’Ambassadeur Chef de Délégation de l’Union européenne. Fort de tout ce qui précède,  il est formellement établi que Mme ISOPI est désormais sortie de sa réserve diplomatique, une réserve qui a toujours caractérisé les relations UE/ACP et qui vise à préserver de toute dérive clientéliste le célèbre partenariat pour le développement, lequel partenariat est totalement orienté, en l’espèce,  au service exclusif d’une  bande de malfaiteurs au pouvoir en Centrafrique.  Cerise sur le gâteau,  l’on apprend ça et là, et c’est honteux de le dire, que le mathématicien de Boy-Rabé qui est notoirement reconnu pour sa propension à enrichir la liste de ses conquêtes féminines tant dans son propre pays qu’à l’étranger, aurait jeté son dévolu sentimental sur la belle brune de l’UE. Le renouvellement du mandat de notre Samuela nationale comme ambassadrice, cheffe de délégation de l’UE pour trois ans encore trouverait ici une explication: faire réélire Touadéra grâce à l’argent de l’UE.
Si elle devrait nous lire, plus encore si la hiérarchie de notre Samuela nationale à Bruxelles devrait être informée d’une telle dérive et des manquements graves à son devoir de réserve et de neutralité depuis Bangui, il ne leur reste plus qu’à tenter de répondre à ces multiples questions que se pose tout centrafricain épris d’une certaine éthique politique, une exigence de clarté et de cohérence dans la conduite de bonnes relations de coopération qui lient la RCA avec l’Union européenne, surtout en tirer toutes les conséquences, au nom des valeurs de la démocratie, de l’Etat de droit, du respect des droits de l’homme, de la liberté et de la justice.
Mais en attendant,
Vive la coopération UE/RCA pour que vive la proximité agissante Touadera/Isopi au service d’une réélection assurée.
La rédaction

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